Sept ans après un Superman Returns qui n’avait pas su raviver la flamme, Warner confie à l’équipe de Zack Snyder, David Goyer et Christopher Nolan la tâche de donner vie à une véritable Justice League cinématographique. Parviendront ils à faire décoller le premier des super-héros ?
Previously on Superman …
Mon histoire avec Superman remonte à un samedi de janvier 1979, lorsque j’ai pénétré dans la salle projetant Superman: The Movie. Déjà lecteur de ses aventures, l’incarnation physique du personnage à l’écran fut l’une de mes expériences cinématographiques les plus marquantes.
Cette réussite s’est également révélée être une malédiction pour le personnage, tant l’ombre immense du film de Richard Donner l’a figé dans l’ambre cinématographique. La dernière adaptation de Bryan Singer, trop révérencieuse, n’a pas réussi à l’en extraire. Heureusement, lors des séances d’écriture de The Dark Knight Rises, David Goyer partage avec Christopher Nolan une idée pour relancer l’Homme d’Acier sur grand écran. Séduit, Nolan se propose de produire le script, à la grande satisfaction de Warner, ravie de voir l’homme qui a ressuscité Batman se pencher sur son berceau. Pour choisir le metteur en scène, Nolan se tourne rapidement vers Zack Snyder, un choix judicieux. De la génération des prodiges visuels issus de la publicité, Snyder est celui qui connaît le mieux le medium comic-book, ayant déjà déconstruit le mythe du surhomme avec Watchmen. Il est donc le candidat idéal pour le reconstruire.
Appetite for destruction…
L’ouverture sur Krypton, avec cette vision de Russell Crowe chevauchant une créature ailée sur fond de vaisseaux de guerre flottants, dénote une orientation qui s’éloigne du réalisme piloté par Nolan. Cet univers techno-médiéval nous ancre fermement dans la science-fantasy. Bien que Snyder adopte une nouvelle approche, abandonnant ses images très travaillées et ses fameuses distorsions temporelles, il ne renonce pas à son style. Sa caméra portée à l’épaule et son image texturée le rapprochent des personnages, rappelant la « vérisimilitude » introduite par Richard Donner pour le Superman de 1978. Nolan avait déjà cité cet exemple lors du tournage de Batman Begins, bouclant ainsi la boucle.
Ce nouveau style n’altère en rien l’impact de son cinéma. Son talent pour filmer des combats épiques entre surhommes est inégalé, avec une action menée à une vitesse supersonique. Les poses puissantes de ses personnages semblent tout droit sorties des meilleures planches de comics. Doté d’un budget pharaonique, Snyder ne s’impose aucune limite dans le traitement de scènes de destruction massives, s’y livrant avec abandon, allant même jusqu’à convoquer l’imagerie du 11 septembre. Le design sonore très agressif contribue à l’impact sensoriel du film, tandis que Snyder entame un crescendo d’action qui laissera le spectateur épuisé.
Il était une fois Krypton…
Le prologue kryptonien permet à David Goyer d’incorporer de nombreux éléments contemporains des comics Superman. La structure stérile de la société kryptonienne s’inspire des séries de John Byrne, et le dilemme auquel Kal-El doit faire face dans la dernière partie du film renvoie directement au Superman numéro 22 de 1988. En introduisant des colonies perdues de Krypton, il fait revivre la Forteresse de la Solitude et enrichit la mythologie du personnage.
Dès l’arrivée de la capsule de Kal-El sur Terre, l’action bascule de manière audacieuse dans le présent, son éducation par la famille Kent étant dévoilée par le biais de flashbacks. Cette structure éclatée évite la redite du film de 1978 et crée un équilibre intéressant entre scènes d’action et moments d’émotion. Le film sait être très touchant lorsqu’il évoque les deux figures paternelles du héros, symboles des cultures qu’il doit honorer.
Mes seules réserves concernant le scénario portent sur le déroulement du climax, qui peut parfois sembler confus, ainsi que sur le côté un peu désinvolte de Superman. En tant que protecteur, il est surprenant de constater qu’il semble se soucier peu des dommages collatéraux causés par ses affrontements. Il est même amené à ramener certains de ces combats vers des zones habitées, ce qui soulève des questions sur sa responsabilité en tant que héros.
Le grand méchant Zod…
Michael Shannon est tout simplement stupéfiant dans le rôle du général Zod. Il n’a pas besoin de surjouer, car l’intensité de son regard transmet toute la menace du personnage. Son jeu nous permet également d’entrevoir la détresse de ce guerrier perdu, dont l’attachement au souvenir de Krypton est inscrit dans ses gènes. Bien que ses actions soient répréhensibles, on comprend les raisons qui les motivent. C’est là la marque des grands vilains. L’actrice allemande Antje Traue fait forte impression dans le rôle de sa lieutenant Faora, une véritable machine à tuer, totalement dépourvue de conscience morale. On dit que Batman se définit par l’absence de parents, tandis que Superman se caractérise par une abondance de figures paternelles, d’où l’importance du casting de deux immenses acteurs pour ces rôles : Kevin Costner apporte toute sa gravitas au personnage de Jonathan Kent, un père tiraillé entre ses obligations morales et son désir de protéger son fils. Russell Crowe, quant à lui, incarne un Jor-El à la fois scientifique et aventurier, nous permettant de mieux comprendre d’où provient la fibre héroïque de Kal-El. À noter qu’une astuce de scénario, qui ne trahit pas le canon, lui permet d’être très présent tout au long du film.
Que dire de l’interprétation d’Henry Cavill, si ce n’est que, pour la première fois, on ne pense pas au regretté Christopher Reeve. Il dégage une honnêteté qui permet de l’accepter immédiatement dans le rôle. Cavill ne cherche pas à imiter l’approche de Reeve ; son Superman est plus tourmenté, plus inexpérimenté, mais également plus physique. Bien qu’il conserve certains aspects christiques (comme sa posture en croix lorsqu’il quitte le vaisseau des rénégats kryptoniens et son âge), ce messie ne tend que rarement l’autre joue ! Amy Adams s’acquitte bien de son rôle, et son alchimie avec Cavill fonctionne, mais son personnage est rapidement relégué au rang de demoiselle en détresse. Les percussions d’Hans Zimmer ont remplacé les cuivres emblématiques du thème de John Williams. Zimmer livre un score atmosphérique et propulsif qui marque l’entrée de l’Homme d’acier dans une nouvelle ère. Man of Steel redéfinit de manière explosive Superman pour une nouvelle génération et pose les bases d’une franchise digne du premier et du plus grand des super-héros.
En somme, Man of Steel réussit à redéfinir le personnage de Superman pour une nouvelle génération, grâce à une interprétation convaincante d’Henry Cavill, qui apporte une dimension tourmentée et physique au héros emblématique. Le film, porté par la vision audacieuse de Zack Snyder et accompagné d’un score atmosphérique d’Hans Zimmer, offre une combinaison efficace d’action spectaculaire et d’émotion. Bien que certaines réserves subsistent Man of Steel pose les fondations d’une franchise prometteuse, rendant hommage à l’héritage de Superman tout en l’inscrivant résolument dans l’ère moderne du cinéma.




Un seul mot pour le définir: stupéfiant!!