EXPENDABLES 3 (2014)

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L’idée de Sylvester Stallone de réunir les grandes vedettes du cinéma d’action est née avec le premier Expendables. Ses anciens associés de Planet Hollywood avaient alors accepté d’apparaître à l’écran pour quelques caméos étendus. Le succès relatif du film a ensuite permis de réunir d’autres gloires du genre, comme Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris, dans un deuxième volet plus décomplexé. Pour ce troisième épisode, Stallone vise encore plus grand. Il retrouve ses adversaires des années 1990, Wesley Snipes (Demolition Man) et Antonio Banderas (Assassins), recrute Harrison Ford pour remplacer Bruce Willis dans le rôle du mystérieux donneur d’ordre et confie à Mel Gibson le rôle du méchant. Pour encadrer ces vieilles gloires, il choisit le jeune Patrick Hughes, dont c’est seulement le deuxième long métrage, avec l’espoir d’injecter un peu de sang neuf à la série. Le film s’ouvre sur un pré-générique très bondien, qui marque le retour de Wesley Snipes après sa peine de prison de trois ans pour fraude fiscale , une situation dont le scénario tire d’ailleurs une plaisanterie. Même si l’acteur semble légèrement rouillé, le plaisir de le revoir distribuer des coups de tatanes est immédiat. On découvre que son personnage était l’un des membres fondateurs des Expendables aux côtés de Barney Ross. C’est l’une des bonnes idées du film : explorer la succession des générations au sein de cette confrérie de mercenaires. Après une mission qui tourne mal, un autre membre historique de l’équipe, Conrad Stonebanks, présumé mort, réapparaît dans le camp adverse. Interprété par Mel Gibson, il entreprend de traquer son ancien ami Ross.

Pour le combattre, Ross recrute une équipe plus jeune, à laquelle il est moins attaché et qu’il considère donc comme sacrifiable. Le titre Expendables prend ici tout son sens. Le film reprend alors la structure classique du « men on a mission », avec la traditionnelle séquence de recrutement. Stallone et Kelsey Grammer la mènent avec suffisamment d’efficacité pour lui donner du rythme. Comme dans les épisodes précédents, le ton reste léger et repose largement sur un humour méta. Le scénario multiplie les rappels de répliques cultes – Arnold Schwarzenegger reprend par exemple son fameux « Let’s get to da choppa ! » de Predator et les clins d’œil aux coulisses du casting. À propos de Bruce Willis, Harrison Ford lance ainsi un « He’s out of the picture », manière élégante de commenter son remplacement. Ford, malgré un temps de présence limité, est très bien utilisé. Il semble s’amuser, notamment dans son running gag sur l’accent de Jason Statham. Et il est difficile de ne pas sourire en le voyant croiser Arnold Schwarzenegger ou Stallone, même brièvement. Pour ne pas apprécier ce genre de rencontre, il faut être mort ou né après 1999. À presque 70 ans, Stallone conserve un enthousiasme communicatif. Sa complicité avec Jason Statham paraît sincère et donne au film quelques-uns de ses moments les plus chaleureux. Antonio Banderas, lui, cabotine sans retenue. Son personnage est constamment en roue libre, mais son énergie finit par devenir attachante. Mel Gibson apporte une intensité bienvenue à l’ensemble. Il donne à Stonebanks une véritable présence de méchant et introduit une tension dramatique qui manquait parfois à la série. Sa confrontation finale avec Stallone est brève, mais suffisamment brutale pour etre satisfaisante.

Les scènes d’action, supervisées notamment par le directeur de la seconde équipe Dan Bradley, associé à la tétralogie Jason Bourne, ne révolutionnent pas le genre. Elles assument cependant un côté old school assez plaisant. La dernière demi-heure verse dans une escalade presque absurde, passant en revue plusieurs modes du cinéma d’action des trente dernières années : parkour, gros calibres, explosions et même motocross, directement importé des productions des années 1980. Cette conclusion, tournée en Europe de l’Est, évoque les productions Cannon de cette période, au moment même où disparaissait Menahem Golan, l’un des fondateurs de la société. Le film retrouve alors quelque chose de l’esprit des vidéoclubs : une action généreuse, un scénario secondaire et un plaisir assumé de la surenchère.Malheureusement, la bonne idée de la nouvelle génération est gâchée par le manque de notoriété et de charisme des acteurs chargés de l’incarner. On reste indifférent au sort du transparent Kellan Lutz, révélé par Twilight, et la présence de la combattante de MMA Ronda Rousey ne suffit pas à donner une véritable épaisseur à son personnage. Elle semble plus à sa place sur un ring que dans ce film. Avoir un thème ne suffit pas : encore faut-il l’exploiter dans un scénario solide. Celui d’Expendables 3 reste simpliste et multiplie les emprunts visibles notamment à Mission: Impossible III. Le récit s’étire, peine à équilibrer ses générations de héros et donne parfois l’impression de repousser artificiellement son affrontement final. La mise en scène de Patrick Hughes ne dépasse guère les standards télévisuels. Malgré la générosité des séquences d’action, l’abus d’effets numériques bon marché et l’utilisation répétée de terrains vagues bulgares comme décors donnent à l’ensemble une allure de direct-to-video plutôt que de production luxueuse à la Jerry Bruckheimer.

Conclusion : Expendables 3 assure donc à peine le minimum. Le film reste sympathique grâce à ses vieilles stars, que l’on retrouve comme de vieux amis, à son humour méta et à une dernière demi-heure réjouissante pour qui a déjà fréquenté les vidéoclubs. Mais son scénario paresseux, sa nouvelle génération transparente et sa mise en scène sans relief l’empêchent de dépasser le simple plaisir nostalgique.

Ma note: C-

Expendables 3 de Patrick Hughues  (sortie le 20/08/2014)

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