
Dans la continuité de mon article sur les suites, voici un classement consacré aux troisièmes opus. Souvent considérés comme le point de rupture artistique ou commercial d’une franchise, les numéros trois font face à des enjeux toujours plus importants. Maintenir, voire renouveler, l’intérêt du public pour ces films est un exercice particulièrement délicat. Voici les œuvres qui, à mes yeux, ont brillamment transcendé cet exercice.
1- GOLDFINGER de Guy Hamilton (1964)
Plus qu’un simple épisode, Goldfinger s’impose comme le film fondateur de la franchise James Bond, celui où se posent définitivement toutes les bases de son succès planétaire. Le réalisateur Guy Hamilton signe l’étalon-or de la série, cristallisant la fameuse « formule » Bond. Cette « formule » prend forme dès le pré-générique, qui clôt une mission précédente de 007 dans un mini-film à part entière. S’ensuit le générique emblématique de Maurice Binder, accompagné de sa légendaire chanson. Mais c’est surtout dans la structure narrative et les éléments cultes que Goldfinger impose sa marque : la présentation savoureuse par Q des gadgets, l’émergence de l’Aston Martin DB5 et la présence d’un vilain mégalomane charismatique. Ce dernier, Goldfinger, est secondé par le redoutable homme de main Oddjob et son chapeau mortel. Le film condense tout ce qui fera le succès durable de la série : la meilleure chanson Bond, l’image culte de la « fille en or », la voiture légendaire, et la réplique mémorable : « You expect me to talk, Goldfinger? No, Mr. Bond, I expect you to die! ». On y retrouve aussi deux Bond-girls, dont l’une connaîtra une fin tragique. Véritable matrice du mythe, Goldfinger impose un modèle narratif et esthétique qui deviendra la référence absolue, transformant James Bond en icône culturelle mondiale et inscrivant ce film au panthéon du cinéma populaire. A mes yeux, il représente le meilleur de la série, une fusion parfaite entre action, suspense et style inimitable.
2- LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND de Sergio Leone (1966)
Sergio Leone clôt sa légendaire Trilogie des Dollars de manière éclatante avec Le Bon, la Brute et le Truand. Ce film épique et picaresque, mêlant humour et cruauté, annonce la dimension opératique qui caractérisera le reste de son œuvre. C’est la dernière apparition du taciturne « Homme sans nom », interprété par Clint Eastwood, qui deviendra une figure mythique du western. Considéré comme un chef-d’œuvre absolu du genre, Le Bon, la Brute et le Truand transcende ses propres limites pour atteindre une dimension quasi mythologique. Ses personnages mémorables, sa mise en scène virtuose et sa bande-son inoubliable continuent d’exercer une fascination indélébile sur les spectateurs, plus d’un demi-siècle après sa sortie. Avec l’avènement du cinéma de Sergio Leone, le western traditionnel a vécu ses dernières heures. Leone a repoussé ses limites, imposant un style inimitable qui continue d’inspirer les cinéastes du monde entier. Ce mythe cinématographique, à l’image de son héros muet, traverse les époques sans prendre une ride, affirmant sa place au panthéon du septième art.
3- DIE HARD WITH A VENGEANCE de John Mc Tiernan (1995)
Avec Die Hard with a Vengeance, la franchise prend un nouveau virage significatif. Andrew Vajna, ancien ponte de Carolco, reprend les droits et fait revenir le réalisateur visionnaire du premier opus, John McTiernan. L’histoire, adaptée d’un scénario initialement intitulé « Simon Says », propulse le désormais iconique John McClane dans une nouvelle mission périlleuse. McTiernan s’éloigne résolument du style dépouillé du film original, optant pour une approche plus viscérale et une mise en scène qui transforme New York en un gigantesque terrain de jeu pour des scènes d’action explosives. L’intégration de Samuel L. Jackson dans le rôle du complice réticent de McClane est un apport majeur, insufflant une dynamique captivante et particulièrement savoureuse à l’intrigue. Bruce Willis, de son côté, livre une interprétation plus nuancée et sombre de son personnage, apportant une nouvelle profondeur à John McClane. Bien qu’il ne puisse prétendre à la perfection absolue de son prédécesseur, Die Hard with a Vengeance s’impose indéniablement comme un incontournable du genre, un classique qui a su renouveler la formule de l’action.
4-Rocky III, l’oeil du tigre de Sylvester Stallone (1982)
Considéré comme mon film Rocky de prédilection et l’une de mes suites favorites, Rocky III se distingue par son arc narratif puissant. L’histoire, où le héros doit surmonter des épreuves personnelles pour retrouver sa force, résonne à travers d’autres franchises, comme en témoigne The Dark Knight Rises de Nolan. Mais Rocky III est également le reflet d’une transformation plus profonde : celle de Sylvester Stallone lui-même, et par extension, d’une Amérique en mutation. Stallone, que l’on peut voir comme l’incarnation cinématographique des États-Unis, utilise Rocky III pour illustrer cette dynamique complexe. Le film parvient ainsi à fusionner habilement la culture pop avec des enjeux sociopolitiques , offrant une œuvre qui va bien au-delà du simple drame sportif.
5- Indiana Jones et la dernière croisade de Steven Spielberg (1989)
Après une réception publique mitigée du second volet, malgré son succès commercial, Lucas et Spielberg reviennent aux fondamentaux avec Indiana Jones et la Dernière Croisade. Le film reprend la structure de l’original : une chasse au trésor à travers le monde d’un artefact lié aux traditions judéo-chrétiennes, avec les Nazis pour adversaires. La redite est habilement évitée grâce à une idée de génie : associer Indiana Jones à son père, dont le rôle est confié à l’incomparable Sean Connery. Cette dynamique père-fils ajoute une dimension nouvelle et réjouissante à l’aventure. Pour Spielberg, dont la série était née de la frustration de ne pouvoir réaliser un James Bond, cette collaboration avec Sean Connery boucle la boucle de manière particulièrement satisfaisante.
6- Iron Man Three de Shane Black (2013)
Après le succès des Avengers, Iron Man 3 lance la Phase 2 du Marvel Cinematic Universe, avec un Robert Downey Jr. inspiré par le retour de son complice Shane Black, scénariste et réalisateur reconnu pour sa maîtrise des buddy movies et ses dialogues percutants, qui insuffle sa patte distinctive au film, notamment par la narration en voix off et le cadre festif. Contrairement à Iron Man 2, dont le scénario improvisé servait de tremplin aux futurs héros, Iron Man 3 propose une intrigue dense et autonome, avec un rôle central pour Pepper Potts et des retournements de situation inattendus, y compris des idées iconoclastes pour un blockbuster Disney. S’il s’ancre fermement dans l’univers Marvel, intégrant des éléments comme Roxxon Oil, A.I.M., l’Extremis et les conséquences des Avengers sur Tony Stark, le film se démarque par son humour omniprésent, loin d’une approche sombre à la Nolan, grâce aux répliques ciselées de Black et à une distribution remarquable menée par Downey Jr., Don Cheadle mieux exploité, et Ben Kingsley dans un rôle de Mandarin inoubliable. Techniquement irréprochable, avec des scènes d’action spectaculaires et une photographie soignée, le film est porté par une bande-son entraînante, s’affirmant comme un épisode divertissant, intelligemment construit et marquant un retour en forme pour la franchise.
7- MI:III de JJ Abrams (2006)
Mission : Impossible III réussit le pari audacieux de réconcilier spectacle grandiose et densité dramatique. Ce film a posé les bases solides qui ont permis à la saga de se réinventer à chaque nouvel épisode, tout en conservant une identité forte et immédiatement reconnaissable. L’impact de MI:III fut double : non seulement il a relancé avec succès la franchise, mais il a aussi permis à Tom Cruise de regagner l’estime du public après une période personnelle mouvementée. MI:III a ainsi posé la matrice de tous les épisodes suivants de la saga.Cruise conquis par les deux premières saisons de la série télévisée Alias, il a confié les rênes de sa franchise au jeune réalisateur J.J. Abrams. Ce dernier, en retour, s’est entouré de sa propre équipe de spécialistes : Kurtzman et Orci au scénario, Michael Giacchino à la musique, et a appliqué les recettes qui avaient fait son succès sur le petit écran. Le résultat ? Un opus porté par un antagoniste mémorable, Philip Seymour Hoffman, qui incarne le méchant le plus marquant de la série, ajoutant une couche de menace et de complexité inédite.
8-Le Retour du Jedi de Richard Marquand (1983)
Malgré ma déception initiale après la perfection de L’Empire contre-attaque, il est indéniable que Le Retour du Jedi avait la tâche ingrate de conclure cette légendaire trilogie. Le style visuel, marqué par une approche plus terne de Richard Marquand et son directeur de la photographie John Hume, contraste avec les opus précédents. En dépit de la présence des Ewoks , bien que traités avec une relative gravité et d’une certaine dévaluation des personnages de Leia et Han Solo (Harrison Ford semblant visiblement détaché), le film apporte des éléments essentiels au mythe. L’introduction de Jabba le Hutt et de l’Empereur, ainsi que la monumentale bataille spatiale ponctuée du désormais culte « It’s a trap! », constituent des contributions majeures à la saga.
9- TOY STORY 3 de Lee Unkrich (2010)
Les suites de films d’animation sont souvent perçues comme des produits sans âme, conçus principalement pour maintenir l’intérêt des consommateurs pour les produits dérivés. L’exercice devient d’autant plus périlleux lorsqu’il s’agit de donner une suite à deux films unanimement acclamés. Pourtant, l’équipe de Pixar, avec la collaboration du scénariste Michael Arndt (connu pour Little Miss Sunshine), parvient à réaliser un épisode qui réussit à la fois à offrir une aventure trépidante et référencée, s’inspirant du modèle du film de prison, tout en poursuivant les thématiques des volets précédents, notamment l’entrée d’Andy dans l’âge adulte. L’ours Lotso, interprété par Ned Beatty, se révèle être l’un des méchants les plus cruels et les mieux développés que j’aie vu dans ce type de film.
10-The Dark Knight Rises de Christopher Nolan (2012)
Christopher Nolan achève sa trilogie Batman avec The Dark Knight Rises, une fresque épique qui transcende le genre du super-héros pour rivaliser avec les grandes épopées hollywoodiennes. Le film, une hybridation audacieuse mêlant psychodrame, action haletante, film catastrophe et épopée mythologique film catastrophe et épopée mythologique, rend un hommage respectueux au mythe tout en offrant une conclusion parfaite au personnage. Le scénario de Jonathan Nolan et David S. Goyer, inspiré de comics comme Knightfall et No Man’s Land offre une complexité narrative soutenue par la mise en image monumentale de Wally Pfister et la partition martiale de Hans Zimmer. Tom Hardy livre une performance marquante en Bane, un antagoniste implacable et destructeur, tandis que Christian Bale offre une dernière incarnation déchirante de Bruce Wayne, brisé mais en quête d’introspection. Anne Hathaway compose une Selina Kyle ambiguë, et Gary Oldman un James Gordon poignant. Le film explore avec acuité les fractures sociales contemporaines, la rhétorique populiste de Bane faisant écho à l’ère Trump, et questionne la fragilité des institutions et le poids du mensonge, le tout inspiré par la structure de Rocky III. Malgré quelques longueurs et des twists parfois prévisibles, la tension narrative, le magnétisme des acteurs et la conclusion poignante et héroïque font de The Dark Knight Rises une œuvre ambitieuse, profondément émouvante.









