Le Pont des Espions [Critique] L’ami américain

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Le Pont des Espions est inspiré d’une histoire vraie, celle de James B Donovan , avocat spécialisé dans les assurances, qui en 1957 assura la  défense de Rudolf Abel, espion russe arrêté après 9 ans de vie clandestine sur le sol américain, puis négocia, en 1962, avec l’appui de la CIA, l’échange d’Abel contre le pilote américain de U2 Gary Powers.

Le récit, les enjeux et le contexte historique de Bridge of  Spies me faisaient craindre de lui trouver les mêmes défauts que le magnifiquement filmé mais peu inspirant Lincoln.

Je craignais un récit « écrasé » par la volonté de Spielberg de rentrer dans le détail du procès de 1957 puis des négociations de 1962.

Ne me posant en revanche, j’allais dire évidemment, aucune question sur son talent de metteur en scène et de conteur d’histoire ainsi que sur celui de son fidèle directeur photo Janusz Kaminski, j’attendais donc de Bridge of spies qu’il ait du cœur, qu’il arrive à s’affranchir du contexte historique, pour se concentrer sur ses personnages, m’impliquer dans cette histoire et ne pas se contenter d’être formellement brillant et remarquablement documenté.

A quelques réserves près sur la deuxième  partie, Bridge of spies a comblé mes attentes et m’a même très agréablement surpris.

Extrêmement plaisant, rythmé, drôle et même touchant dans sa première partie lorsqu’il s’attache à ses personnages, leurs motivations, leurs faiblesses , Bridge of spies perd malheureusement un peu de son « efficacité » dans une seconde partie plus linéaire, un peu bavarde, pliant quelque peu sous le poids du récit historique.

Une constante toutefois, c’est de bout en bout formellement magnifique : la photo de Kaminski est sublime, jamais « figée », passant de couleurs chaudes pour les scènes aux USA, à des teintes froides, grisées pour les scènes à Berlin ; la mise en scène de Spielberg est fluide et d’une précision incroyable (subtils mouvements de caméra aux termes desquels est saisi le plus petit détail).

L’enthousiasme de Spielberg pour son sujet et ses personnages est palpable et « contagieux » . Il arrive parfaitement à nous faire ressentir la foi inébranlable qui habite Donovan, magnifiquement interprété par un Tom Hanks qui plus que jamais m’a fait penser à James Stewart (certes avec un bon demi-quintal de plus) .

« L’homme debout »

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Steven Spielberg dirige Tom Hanks

 

Spielberg a eu raison je trouve de « simplifier » le personnage de Donovan, en ne nous racontant pas par le menu son passé auprès de l’OSS (ancêtre de la CIA) et en évoquant en une réplique son rôle dans le procès de Nuremberg. Il en fait un avocat d’assurances, passionné mais cartésien, patriote mais pas nationaliste, profondément humain et attaché aux valeurs de l’Amérique.

Donovan reste imperméable à cette peur des soviétiques qui contamine alors la société américaine, l’amenant à trahir les idéaux qui l’ont fondée et sa propre constitution.

Il doit faire face à tous les obstacles (le premier d’entre eux étant un juge complètement partial, décidé à mener une parodie de procès), à l’incompréhension (toutefois bienveillante) de sa famille et à la désapprobation générale de l’opinion.

Tout le capital sympathie  et le charisme de Tom Hanks est exploité à plein et son personnage d’idéaliste, seul défenseur des valeurs fondatrices de l’Amérique, dans une période où celle-ci est aveuglée par la peur des soviétiques, est passionnant.

Comme lui dit Abel, il incarne « l’homme debout » prêt à se sacrifier pour faire triompher ses valeurs  et qui se réfère toujours à la constitution.

« Together we’ll be fine »

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La relation de Donovan avec Abel est justement, à mon sens, le point fort du film et ce fut même une grande surprise. J’ai été touché par le lien qui les unit, lequel dépasse largement la simple relation « fonctionnelle » client/avocat. Ils ont un profond respect l’un pour l’autre, ce sont au fond deux hommes profondément semblables bien que venant de deux «mondes» que tout oppose.

On ressent et comprend le respect mutuel entre lui et Abel. Deux hommes de valeurs,  deux hommes au service de leur pays mais avant tout de leurs idéaux.

Abel ne se départi jamais de son flegme qui devient un ressort comique et c’est à travers lui que j’ai le plus senti la patte des frères Coen dans le scénario. « Would it help? » répond il à Donovan alors que celui-ci  s’étonne de le voir si calme pendant le procès puis au moment de l’échange.  Mark Rylance est tellement bon dans ce registre que j’étais même persuadé, à tort,  de l’avoir déjà vu dans un petit rôle chez les frères Coen. Même si j’accorde très peu de crédit à cette chasse aux prix d’interprétation, j’avoue que je serais ravi qu’il puisse en décrocher un ou tout du moins une nomination, tant sa performance est remarquable. Cet espion bohème, cultivé, plus artiste que nationaliste est un des personnages les plus formidables de cette année ciné. Sa première apparition à l’écran est d’ailleurs peut-être, la plus belle scène du film.

Le négociateur

A partir du moment où ce duo n’est plus le cœur du film, où Donovan part à Berlin pour entrer en négociation avec les soviétiques, je me suis senti moins impliqué, tout en étant subjugué par le travail sur les décors et la photo (la reconstitution de Berlin justifie à elle seule la vision du film).

Ceci étant, je ne me suis pas vraiment ennuyé mais disons que j’ai trouvé que le film était un peu rattrapé par la volonté de nous faire comprendre la mécanique de cet échange complexe, impliquant également Frederic Pryor, un étudiant américain arrêté à Berlin Est . Le fait est qu’Abel était devenu un pion pour servir les intérêts des USA et cela se ressent dans le film, son personnage étant absent et un peu sacrifié, tout du moins, jusqu’à la très belle scène de l’échange sur le Glieniecke Bridge.

Un dernier mot sur la conclusion du film que j’ai trouvé parfaite ce qui ne m’arrive que très rarement chez Spielberg (une de ses pires conclusions étant celle de la guerre des mondes). Elle ressemble à une fin d’épisode de série et donne encore un peu plus d’épaisseur au personnage de Donovan.

Conclusion : Porté par un duo d’acteurs exceptionnel et une première partie au niveau des plus grands films de Spielberg, Bridge of Spies excelle quand il reste à hauteur de ses personnages et s’essouffle un peu dans une 2ème partie, rattrapée par ses enjeux dramatiques et historique . 

Ma note :B

Le pont des espions de Steven Spielberg (sortie le 02/12/2015)

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Une réflexion sur “Le Pont des Espions [Critique] L’ami américain

  1. moviestories1 9 décembre 2015 / 12 h 58 min

    A reblogué ceci sur MOVIESTORIESet a ajouté:

    Ma critique de « Bridge Of Spies » sur l’excellent blog CINEMADROIDE

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