Au coeur de l’océan [Critique] il va falloir un plus gros bateau

HEART OF THE SEA

Ron Howard retrouve sa star Chris Hemsworth et son directeur de la photographie Anthony Dod Mantle de Rush pour ce récit d’aventures et de survie en haute-mer qui retrace l’odyssée du baleinier Essex naufragé en 1820 par une baleine gigantesque  qui inspira à Herman Melville son célèbre Moby Dick. Comment le versatile réalisateur d’Apollo 13 se tire de l’exercice ?

En dépit de sa proximité avec les géants du « nouvel hollywood » (il fut un temps protégé de George Lucas) Ron Howard a toujours eu un rapport au cinéma  qui  renvoie à l’âge d’or des studios. Sa versatilité rappelle celle des vieux routiers d’Hollywood  abordant des genres très divers  du thriller au film de boxe, du western  à la comédie toujours avec une approche traditionnelle même si bien sûr comme tous les cinéastes de l’ « ère ILM » il maîtrise toutes les technologies  modernes d’effets visuels.

Au cœur de l’océan ne fait pas exception à cette règle, ce film d’aventures maritimes aurait pu être tourné à l’identique dans les années 50 ou 60 par un Henry Hathaway ou un John Huston, sa structure narrative reprend toutes les figures du genre : rivalités viriles, tempêtes, confrontation avec des baleines, naufrage puis survie.

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La croisière ne s’amuse pas – le capitaine Pollard (Benjamin Walker) et Chase (Chris Hemsworth)

Le film s’ouvre sur la visite du jeune Herman Melville ( Ben Whishaw ) à Nantucket pour un entretien avec  Nickerson ( Brendan Gleeson ) dernier survivant des naufragés de l’Essex afin d’en tirer la matiére d’un roman (le témoignage de Nickerson nous étant parvenu en 1980 cette rencontre est romancée mais on peut supposer que Melville a eu accès au récit du premier lieutenant Chase qui écrivit un livre  quatre mois seulement après son retour). Ces séquences malgré le jeu de  Brendan Gleeson tout en dignité et tristesse sont celles qui fonctionnent le moins , tranchant par leur aspect  théâtral sur l’aventure plus viscérale.

Un flash-back nous ramène en 1820 dans la ville portuaire – recréé minutieusement  dans une palette qui rappelle le styles des peintures de l’époque, Chase (Chris Hemsworth) embrasse une dernière  fois sa femme enceinte (Charlotte Riley) avant de prendre la mer . Mais les armateurs du baleinier qui lui avaient pourtant promis son propre bateau l’obligent à seconder un capitaine inexpérimenté  George Pollard (Benjamin Walker), issu d’une grande famille qui finance l’expédition.

Bien que  les deux personnages aient en réalité déjà navigué ensemble,  l’attrait d’une rivalité entre un capitaine inexpérimenté et un loup de mer aguerri sur fond de lutte des classes  sous le regard d’un mousse dont c’est le premier voyage (le futur Spider-Man Tom Holland) est trop fort pour Ron Howard dont on sait qu’il apprécie ces confrontations tendues dans des espaces confinés  ( Apollo 13 , Frost / Nixon , Rush ) .

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Ron Howard cherche ensuite comme il l’a fait avec l’exploration spatiale dans Apollo 13 et plus récemment avec la Formule 1 dans Rush à placer le   spectateur au cœur de l’expérience des marins de l’Essex que ce soit lors d’une tempête ou du clou du film une épique partie de chasse à la baleine ou les harponneurs partent à l’assaut des mastodontes sur de frêles canots. Howard est à son meilleur quand il utilise toute sa technique pour rendre ces séquences pleines de sang et de fureur, filmées à hauteur d’homme, les plus réalistes possible jusqu’à l’apparition de la grande baleine blanche qui va détruire le navire. A partir du naufrage les baleines passent au second plan  le film  devenant un survival qui décrit les extrémités auxquelles sont conduits les rescapés pour survivre.

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Richie Cunningham loup de mer – Ron Howard sur le tournage.

Ces dernières années Ron Howard s’est lancé dans des sujets plus difficiles, en tout cas moins commerciaux que par le  passé collaborant avec des techniciens qui ont une approche plus moderne ainsi « Au coeur de l’Océan » marque sa seconde collaboration avec Anthony Dod Mantle (après Rush) collaborateur historique de Danny Boyle ayant travaillé aussi avec Lars Von Trier. Même si j’ai un peu de mal avec les tonalités vert-bouteille qui baignent sa photographie ses expérimentations visuelles (placement de caméra au bout de mats, gros plan extrêmes) apportent une texture et un dynamisme à la mise en scène  d’Howard.

Chris Hemsworth tout en mâchoire carrée ressuscite une certain un héroïsme un peu surannée à la John Wayne,  Cillian Murphy apporte une belle présence dans le rôle  de son ami d’enfance et le jeune casting qui les entoure ou l’on retrouve le futur Spider-man Tom Holland et la révélation de la série « Fear the walking dead » Franckie Dillane s’en sort plutôt bien. Seul Benjamin Walker semble bien fade apportant bien peu de personnalité à son capitaine Pollard.

J’ai beaucoup aimé la partition épique du compositeur espagnol Roque Baños.

Conclusion : Avec Au coeur de l’Océan  ce vieux routier de Ron Howard livre un film d’aventures maritimes « à l’ancienne »  dont le classicisme un peu suranné n’entrave pas le dynamisme.

Ma Note : B

Au coeur de l’océan de Ron Howard (sortie le xx/12/2015)

 

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