Fences [Critique] One Denzel Show – C

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Troy Maxston, le personnage central  de Fences, n’a pas été écrit pour Denzel Washington mais l’acteur, qui a joué le rôle à  Broadway (couronné d’un Tony Award)  dans une reprise de cette pièce d’August Wilson de 1983 l’habite complètement. Fences résume  les difficultés de la communauté noire à travers cette tranche de vie  d’un père afro-américain qui éleve sa famille dans les années 1950 tout en luttant pour accepter les événements de son passé.

À cheval sur son camion à ordures dans les années 1950 à Pittsburgh, Troy Maxston (Denzel Washington) est un beau-parleur  truculent qui domine les conversations, s’arrêtant seulement pour respirer et recueillir l’assentiment de ses interlocuteurs ne remarquant pas toujours quand il ne reçoit pas. Ancien joueur de baseball de la « Negro League » dont les meilleures années ont précédé le démantèlement de la ségrégation raciale par la ligue de  Baseball. Il garde le regret de n’avoir  jamais eu l’occasion de jouer au plus haut niveau et gagner plus d’argent. Il aspire à quitter l’arrière du camion, où il travaille avec son ami de longue date Bono (Stephen Henderson), pour une promotion qui ferait de lui le premier conducteur de camion à ordures noir de la ville. Il vit dans une petite maison avec Rose (Viola Davis) sa femme depuis 18 ans  et leur fils lycéen Cory (Jovan Adepo). Il a également un enfant adulte, Lyons (Russell Hornsby),  musicien issu d’une première union.  Il assène sa sagesse désabusée à base de métaphores  base-ballistique à ses fils.Fils d’un métayer violent Troy est très pessimiste  sur les chances que peut offrir l’Amérique à sa famille. Son frère, Gabriel (Mykelti Williamson),  blessé de guerre, a vécu avec lui jusqu’à un déménagement récent chez une logeuse.

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Malgré les objections de Rose, Troy s’oppose à leur fils qui veut poursuivre une carrière sportive, il insiste pour que l’adolescent l’aide à construire la clôture  (qui donne son titre au film) qui va devenir le symbole des divisions de la famille et refuse de signer sa bourse universitaire. Cette confrontation réveille les souvenirs d’un passé douloureux et ses actions passées reviennent le  hanter en particulier  la façon dont il a traité son frère Gabe (Mykelti Williamson), dont les indemnités qu’il a perçu pour ses  blessures de la Seconde Guerre mondiale  ont servi à payer sa maison. Se sentant marginalisé dans sa propre famille, il a une aventure qui se conclut par une grossesse non voulue.

Troy incarne l’archétype  bien connu du  patriarche dictatorial et hypocrite, Denzel Washington domine le film avec ce jeu  qui évoque des acteurs classiques, on pense à Raimu pour ce coté à la fois tonitruant et sensible (Il y a d’ailleurs en dehors du contexte quelque chose du théâtre de Pagnol dans ce drame intime). La performance de Denzel Washington comptera sans doute parmi ses meilleures avec  Glory,  Malcolm X ou Training Day et  illustre son  talent et sa polyvalence. L’un des plaisirs de Fences réside dans le  fait de voir  les techniques de domination de Troy   – sa posture arrogante, le durcissement de sa voix lorsqu’il est mis au défi – se heurter à la force viscérale de la performance de Viola Davis. L’actrice est  presque en retrait jusqu’à une scène pivot, l’une des plus fortes émotionnellement,  dans laquelle il confesse son infidélité à Rose. Là Viola Davis y fait une performance si féroce qu’on voit mal  l’Oscar du meilleur second rôle lui échapper.

Le film doit résonner particulièrement auprès de la communauté noire, évoquant ces pères défaillants et le ressentiment d’un génération confrontée au plafond de verre de la ségrégation. Meme si la mise en scène de Washington tente dans les premières séquences d’y échapper le film n’est pas assez cinématographique pour nous faire oublier son origine théâtrale sans paradoxalement  saisir  l’intensité de l’ expérience scénique. Le texte de Fences est magnifiquement écrit et  explore les nuances de son personnage mais si on ne s’y ennuie jamais le film apparaît néanmoins bavard et un peu long. Sans doute à cause du respect de Washington pour son auteur, décédé au cours du tournage et crédité comme seul scénariste, malgré l’intervention de Tony  (Lincoln , Munich).

On regrettera que le film se prolonge au-delà d’un dialogue de  Davis qui aurait pu être une conclusion parfaite au film , tentant d’offrir une rédemption à un personnage qui ne la méritait pas forcément.Ce dernier acte maladroit semble déconstruire le propos nuancé du film le repeignant aux couleurs d’un téléfilm de Noel.

Conclusion : Drame fleuve porté par la puissance de la performance de son acteur principal et de sa partenaire qui font oublier les lourdeurs du dispositif théâtral malgré une conclusion maladroite. 

Ma Note : C

Fences de Denzel Washington (sortie le 22/02/2017)

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Une réflexion sur “Fences [Critique] One Denzel Show – C

  1. le cinema avec un grand A 28 février 2017 / 19 h 28 min

    En dehors de la mise en scène trop clôturée, il s’agit d’un beau film avec de très bons acteurs.

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