Black Panther [Critique] En majesté

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Dix-huitième et dernier film du MCU (Marvel Cinematic Universe pour les retardataires )avant le mastodonte Avengers Infinity War , Black Panther marque une date  pour la compagnie car  il s’agit de son premier film mettant en vedette un héros noir (Blade l’ayant précédé adapté d’un comics Marvel mais dans une production New Line)  mais aussi pour l’ensemble de l’industrie cinématographique puisque jamais un film d’une telle envergure n’avait été confié à un réalisateur afro-américain : Ryan Coogler dont les deux précédents films Fruitvale station mais surtout bien sur  Creed ont ouvert les portes de Marvel.

Pour la première fois le studio se retrouve avec un film dont la sortie (si ce n’est le contenu) dépasse le cadre strict du divertissement et  porte un message culturel voir politique fort (surtout dans le contexte de la présidence de Donald Trump). La distribution menée par Chadwick Boseman est un véritable who’s who des meilleurs acteurs afro-américains en activité les oscarisés Lupita Nyong’o  et  Forest Whitaker côtoient le  fraîchement nommé aux Oscars Daniel Kaluuya (Get out) ,   Angela Bassett (Tina) ,  Sterling K. Brown (This is us) et l’acteur fétiche de Coogler Michael B.Jordan (qui rejoint Chris Evans dans le club très très très fermé des interprètes de la Torche Humaine qui ont trouvé un rôle dans le MCU).  Dans un renversement assez réjouissant seuls deux comédiens blancs ont des rôles notables Martin Freeman et Andy Serkis qui reprennent  leurs rôles respectifs d’ Avengers l’Ère d’Ultron et Captain America Civil War . Une révolution qui ne se limite pas à son réalisateur ou à son casting car Coogler a pu s’entourer  de l’équipe technique de ses films précédents là où le studio avait l’habitude de faire appel aux mêmes techniciens : sa directrice de la photo Rachel Morrison , qui vient d’être nommé aux Oscars, une première pour une femme (rares aussi à ce  poste dans des blockbusters) , sa conceptrice des décors Hannah Beachler et  son monteur  Michael P. Shawver.

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Le film s’ouvre par une séquence animée, où sous la  forme d’un conte transmis d’un père à son fils  nous sont raconté  l’histoire du royaume du Wakanda , les origines de sa richesse , de son organisation politique et de ses relations (ou plutôt son absence de relations) avec le monde extérieur. Un flashback nous transporte loin de l’Afrique dans les  « projects » d’Oakland (ville natale de Ryan Coogler) où se déroulent des événements dont les conséquences résonneront tout au long du film. C’est seulement à l’issue de ce prologue que nous retrouvons notre héros en mission contre des analogues du groupe terroriste Boko Haram juste avant de rentrer au palais suivre le rituel qui fera de lui officiellement le successeur de son père  T’chaka (John Kani) mort dans Captain America Civil War . Ces séquences  permettent d’établir l’origin-story du héros de manière fluide ainsi que les principaux personnages qui l’entourent sa mère Ramonda (Angela Bassett) sa sœur Shuri  (Leticia Wright) , son ami d’enfance W’Kabi (Daniel Kaluuya).  Comme la plupart des films du studio Black Panther mêle les codes du super-héros à ceux d’un genre bien identifié par le public, ici  la formule  Bondienne qui sert de modèle aux premiers chapitres du film qui  voient  T’Challah   se lancer dans une mission secrète , après un passage par le laboratoire de Shuri  qui l’équipe des derniers gadgets de son invention à la manière de Q dans les aventures de 007. Accompagné de la chef de sa garde rapprochée les Dora Milaje la féroce Okoye et de Nakia (Lupita Nyong’o) ancienne membre de cette garde devenue agent du Wakanda, Tchallah se rend en Corée  afin appréhender Ulysses Klaue (Andy Serkis) qui se livre à un trafic de vibranium le métal précieux source de la richesse de son royaume.  Il croise  l’agent Ross (Martin Freeman) de la CIA ( qui pour poursuivre l’analogie Bondienne   tient le rôle dévolu à Felix Leiter) lors de cette mission qui aboutit à la capture de Klaue.  Mais ce dernier est bientôt  libéré par un mystérieux allié Erik Killmonger (Michael B.Jordan) bien décidé à s’emparer du trône de Wakanda et du titre de Black Panther . Le scénario abandonne alors le motif Bondien pour utiliser l’inusable trame de Rocky III mêlée d’intrigues de cour et de drame shakespearien sous le soleil africain.

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L’adaptation signée par Coogler – qui co-écrit  avec Joe Robert Cole (issu du programme interne de scénaristes de Marvel Studios et qui a participé à la première saison d’ American Crime Story) est remarquable dans la manière dont elle  intègre la plupart des éléments essentiels de la mythologie du comics (les Dora Milaje fantastiques !) y compris les plus « problématiques » comme le personnage de M’Baku (l' »Homme Singe » dans les comics). Ils s’appuient sur une arche narrative de Don McGregor scénariste du comic-book dans les années soixante dix qui  introduisit le personnage de Killmonger et s’était fait l’écho des troubles politiques et sociaux qui agitaient les Etats unis à cette époque qui semble si proche de la notre. Coogler et Cole s’inscrivent dans cette tradition pour injecter un contenu étonnamment politique pour un film Marvel/Disney . Ils évoquent au travers de la fiction de nombreux sujets qui touchent la condition de la communauté afro-américaine, les cicatrices du déracinement et de l’esclavage, la participation des communautés les plus pauvres comme chair à canon de toutes les guerres menées par les USA  mais aussi le pillage de la culture africaine ou au travers des rapports du Wakanda avec le monde extérieur la responsabilité des élites noires. Ce message politique se fait même explicite dans une des scènes post-génériques avec un appel à l’unité adressé directement à leur pays. Principal vecteur de ces messages l’alter-ego cinématographique du réalisateur : Michael B. Jordan véritable co-star du film au coté de Chadwick Boseman qui fait partie de ces  vilains dont on comprend les motivations et les fêlures même si on condamne leurs méthodes. A coté des thématiques politiques Black Panther s’inscrit parfaitement dans la filmographie du duo puisque la question de l’identité, de l’héritage et du rapport au père, comme dans Creed est au cœur des motivations de ses deux protagonistes.

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On sent l’attention portée par Ryan Coogler et  sa conceptrice des décors Hannah Beachler à bâtir un univers fictionnel qui honore et intègre à son esthétique des éléments issus des cultures africaines :  la coiffe du personnage d’Angela Bassett   évoque les coiffes féminines mangbetu (actuelle République Démocratique du  Congo et Ouganda), certains costumes de T’Challa rappelle les motifs des tissus kente ou éwé du Ghana, la forme de son vaisseau  évoque les masques africains Dan du Libéria ou les scarifications de Killmonger  librement inspirées de celles pratiquées dans l’Ouest de l’Afrique.  La majestueuse direction artistique , les  costumes aux  couleurs luxuriantes magnifiés par la photographie de Rachel Morrison , les danses , la musique – un énorme travail  de Ludwig Göransson – tout participe à nous immerger dans cet  univers « afro-futuriste ».  En présentant justement une société africaine technologiquement avancée le film va à l’encontre des clichés qui voient le continent comme une page vierge avant l’arrivée des colons blancs. En faisant entrer  ces cultures traditionnelles dans la pop-culture – au travers d’un blockbuster à 100 millions de $ qui s’inscrit dans la franchise la plus populaire de la planète  il envoie un vrai message d’affirmation. Black Panther  avec ses personnages noirs héroïques et flamboyants et ses blancs sidekicks ou vilain secondaires marque sans aucun doute une date dans la représentation de toute une communauté à l’écran.

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Les comédiens  semblent adhérer pleinement au projet de Coogler et on les perçoit très impliqués et heureux de participer au film. Autour de Chadwick Boseman qui confirme être le  choix idéal pour incarner le monarque du Wakanda par son  charisme tranquille et la sagesse qu’il dégage  et de sa nemesis Michael B. Jordan à la fois puissant et fragile on trouve un contingent  de personnages féminins forts : Nakia  incarné par Lupita Nyongo est une héroïne à part entière de même que la féroce Okoye incarnée par  Danai Gurira l’interprète de Michonne dans la série The Walking dead ou Shuri qu’incarne avec malice Leticia Wright. La vision d’Angela Bassett avec ses cheveux blancs nous fait regretter encore plus qu’elle ne fut pas castée en Storm dans les films X-Men comme il en fut question à une époque.  Même dans des petits rôles Sterling K. Brown et le vétéran Forrest Whitaker apportent une belle gravité à leurs  personnages. Nous avons particulièrement apprécié le massif Winston Duke qui dans le rôle de M’Baku rival de T’challa compose un personnage truculent qui alterne entre menace et humour. Dans le rôle de Klaue doté enfin d’une version de sa « griffe sonique » des comics (qui lui donne son nom de méchant Klaw) Andy Serkis , déchaîné peut-être trop heureux de jouer « à visage découvert »  compose une crapule « over the top » sans sombrer dans le ridicule. Autre vétéran de la terre du Milieu Martin Freeman est un « sidekick » parfait à l’image de son Watson dans la série de la BBC. Le film n’est pourtant pas sans défauts , en particulier dans son troisième acte qui, sans doute parce qu’il n’a pas les moyens d’être aussi épique que le voudrait Coogler (on sent son désir de faire un Zulu  super-héroïque) le voit recourir  trop systématiquement à des CGI parfois approximatifs qui parasitent le film. De même le duel final qui fait appel à des doublures numériques dans des décors numériques  le prive de « physicalité » et donc d’impact. Si il excelle dans  la composition sophistiquée de ses cadres  la gestion de l’action est trop confuse et « digitale » même si il retrouve à l’occasion des scènes de combat rituel l’élégance des combats de boxe de Creed. Le rythme du métrage est plus inégal si bien que Black Panther n’est peut-être pas aussi percutant que d’autres films du studio.

Conclusion : Si beaucoup d’éléments l’empêche d’entrer dans notre  Top 5 des Marvel Studios Black Panther surprend par la qualité de la construction de son univers,  l’étendue des sujets politiques et sociaux qu’il aborde ainsi que l’enthousiasme de son casting. Le meilleur compliment qu’on puisse lui faire c’est qu’on à affaire ici à une authentique film de Ryan Coogler.

Ma Note : B+

 

Black Panther sortie le: 14 février 2018

 

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