Avengers Infinity War [Critique] Le Début de la Fin et la Fin du Début

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Dix ans se sont écoulés depuis la sortie d’ Iron Man de Jon Favreau qui marquait le début de ce qui allait devenir presque par inadvertance (la scène où Nick Fury / Samuel L. Jackson apprenait l’existence d’une Initiative Avengers à Tony Stark fut un ajout de dernière minute) le Marvel Cinematic Universe : une série de films qui comme les comics se déroulent dans un univers commun où peuvent se rencontrer les différents héros de chaque film. La sortie du premier Avengers en 2012, premier film a rapporter 200 millions de dollars pour son premier week-end, marqua l’explosion au box-office de cette expérience narrative qui allait rapporter à ce jour plus de 14 milliards de dollars de recettes.  Six ans après, c’est aux réalisateurs des deux derniers Captain America, les frères Joe et Anthony Russo (et leurs scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely) que Kevin Feige a confié la tâche de réaliser ce qui se doit d’être l’aboutissement de ce premier cycle du studio, un film qui oppose enfin les héros au vilain suprême entraperçu pour la première fois dans la scène post-générique d’Avengers : le titan fou Thanos.  Infinity War doit adapter pour la première fois au cinéma une tradition du comic-book : le crossover event, une histoire exceptionnelle qui implique TOUS les héros de la firme, un concept que seul Marvel Studios est en capacité de porter à l’écran grâce à cette structure d’univers partagé et au pilotage d’une macro-histoire courant au  travers de plusieurs  films.

Infinity War pose deux défis principaux aux frères Joe et Anthony Russo et à leurs scénaristes. Le premier consiste à mettre en scène une trentaine de héros en leur donnant si ce n’est un rôle plein et entier en tout cas une utilité dans le récit au delà de la simple figuration. Pour y faire face Christopher Markus et Stephen McFeely adoptent un dispositif narratif propre aux comics qui consiste à les séparer en petits groupes devant remplir une mission spécifique sur des fronts différents revisitant des environnements emblématiques de l’univers Marvel pour leur laisser développer des interactions inédites. Les films de la Phase II ayant déconstruit la « trinité » Iron Man, Captain America et Thor dans leurs derniers films solos et fracturé l’équipe dans Captain America Civil War ces combinaisons trouvent une vraie cohérence. Le script maintient avec aisance l’équilibre entre les (très) nombreux protagonistes avec, de manière assez surprenante pour certains, des rôles assez étendus (Doctor Strange, Thor, Gamora ou Star-Lord). Le fossé qui les sépare au moment même où se présente leur plus grand adversaire contribue à rendre ces super-héros plus fragiles et les enjeux plus dramatiques.

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Deux séries servent d’inspiration au film : Infinity Gauntlet (1991) et Infinity (2013) deux histoires qui mettent en scène Thanos un vilain majeur qui a pris une importance finalement démesurée dans l’esprit des fans depuis son introduction dans Avengers au regard de ses sporadiques apparitions cinématographiques. Le second défi consiste donc pour Infinity War là où les autres personnages ont connu un développement sur plusieurs films, à donner à Thanos assez de substance pour en faire une menace mémorable qui justifie l’alliance des héros dans un domaine, celui des bad-guys, qui reste de l’avis de beaucoup un des points faibles des films Marvel Studios. Le défi est d’autant plus complexe que la morphologie du personnage nécessite l’emploi de la technologie de motion-capture à travers laquelle la performance de Josh Brolinest « filtrée ». Sur ce point les inquiétudes sont rapidement levées grâce à l’intensité de la présence de l’acteur, les inflexions menaçantes de sa voix grave et la qualités des effets numériques qui l’animent : Thanos « fonctionne » c’est un authentique personnage avec une épaisseur, des émotions contrastées tout en étant une implacable force de la nature. Point focal des différentes intrigues il est, de fait le personnage principal du film. Si il conserve le même objectif (l’annihilation de la moitié des êtres vivants de l’univers) ses motivations sont différentes de celles des comics où il est un nihiliste amoureux de la représentation de la Mort (la  scène post générique d’Avengers le montrant  sourire quand son sbire affirme qu’affronter les Avengers c’est « courtiser la mort » atteste que les projets du studio ont changé depuis le film de Joss Whedon) –   il est animé ici par une logique malthusienne :  préserver l’équilibre de l’univers du développement, supposé exponentiel, de sa population. Mais comme dans les comics qu’il adapte, Infinity War lui fait payer un prix émotionnel à sa conquête du pouvoir. La présence de l’Ordre Noir, les enfants de Thanos qui l’assistent dans sa quête des pierres de l’infinité sert le film assurant un emploi de super-vilains secondaires qui manquent souvent aux films du studio. Leur design est parfaitement adapté des pages des comics et si leur animation est plus grossière que celle de Thanos ils remplissent parfaitement leur fonction.

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La perspective du génocide de la moitié des habitants de l’univers n’empêche pas Infinity War d’être, au grand regret de certains, très drôle, l’humour est présent dans la veine des Gardiens de la Galaxie et Thor Ragnarok (ce qui est somme toute logique au regard de l’importance de leurs personnages dans l’intrigue) mais les frères parviennent néanmoins à faire émerger des moments d’émotions au milieu du chaos. Malgré une trentaine de super-héros et de nombreux personnages secondaires, le film n’est jamais pesant, les Russo lui injectent un rythme constant sans jamais paraître précipité et parviennent à conclure sur un  final authentiquement satisfaisant (veillez à rester évidemment jusqu’à la fin, la traditionnelle scène post-générique est une des plus réussies depuis longtemps). L’action y est quasi-constante à une échelle véritablement cosmique qui rend justice  aux planches les plus spectaculaires du comic-book. Si à titre personnel nous ressentons l’absence du coordinateur de l’action des deux précédents films des RussoSpiro Razatos (en particulier dans les combats au corps à corps qui manquent parfois d’un coté  viscéral) remplacé ici par un autre grand spécialiste Alexander Witt (Skyfall X-Men First Class ), la générosité et le gigantisme de l’action la font vite oublier. On assiste ici à  des scènes d’affrontements super-héroïques  où  les Russo utilisent autant la personnalité  des combattants que leurs pouvoirs. Les comédiens formidables parviennent à donner à ces personnages qu’ils connaissent si bien une vraie  texture même quand le scénario ne peut le faire.

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Paradoxalement le principal défaut d’Infinity War découle de sa principale force, son adhésion totale aux codes des crossovers massifs des comics , le film est  entièrement dédié à la mécanique de son intrigue qui doit organiser une série de « payof » toujours plus gigantesques aux dépens du développement des personnages, en dehors de celui de Thanos. Si MarkusMcFeely et les Russo exploitent au maximum la personnalité de chaque protagoniste telle qu’elle a été établie dans leurs propres films certains passent au second plan. En particulier et c’est inévitable, tous ceux qui, comme Captain America  et les personnages qui lui sont liés n’ont pas de lien direct avec l’aspect cosmique de l’univers Marvel . Sur le plan technique certains effets visuels sont inégaux en particulier quand ils sont dans des environnements réalistes, lors de la bataille du Wakanda par exemple (rien à redire en revanche sur les visuels cosmiques), la photographie de  Trent Opaloch (District 9Captain America Le Soldat de l’Hiver) parfois un peu trop terne pour une telle saga et la composition d’Alan Silvestri peu mémorable. L’action roborative est vraiment (mais vraiment) « comic-booky » – on s’y balance des planètes aux visages, on y rallume des étoiles et on se « fighte » pendant au moins la moitié du métrage.

Conclusion : Pure transposition à l’écran des « crossovers events »  des comics,  Avengers: Infinity War capitalise sur la dynamique et la continuité des 18 films précédents pour offrir un spectacle massif. Même si  le film  laissera sans doute à la porte une partie du public « généraliste »qui sortira  épuisée de ce déferlement d’action, c’est au regard de ses ambitions une réussite.

Ma Note : A

Avengers Infinity War de Joe et Anthony Russo (sortie le 25/04/2018)

 

 

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