Bumblebee (Critique)

En pleine fièvre des univers partagé Hasbro et Paramount avaient décidé de lancer toute une série de films spin-of autour de Transformers engageant pour cela un groupe de scénaristes, le dernier opus de Michael Bay Transformers: The Last Knight devant servir de rampe de lancement. Mais le revers commercial du film (600 millions là ou le précédent dépassait le milliard) bouleverse les plans de la major. C’est à Travis Knight, pilier du studio d’animation Laika connu pour le brillant Kubo et l’Armure Magique a qui le studio à la montagne confie la tache de redonner du lustre à la saga en opérant un discret reboot à travers cette préquelle. Préquelle car le film, qui se situe dans les années 80, donne une explication à certains éléments des films de Bay mais parce qu’il contredit certains points de la continuité établie dans le dernier film mais surtout car son style est si éloigné des opus précédents qu’il marque un bien nouveau départ. L’approche choisie par Knight et sa scénariste Christina Hodson (le futur Birds of Prey And the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn) est familière, on pourrait la qualifier d’Amblinesque , car elle fut codifiée dans les films et les productions de Steven Spielberg . De manière ironique c’était aussi l’approche de Michael Bay pour le premier Transformers avant que la nature reprenne ses droits et qu’avec l’éloignement de son producteur (un certain Steven Spielberg) l’auteur de Bad boys II revienne à un style plus « heavy-metal ».

Si le scénario contient des éléments formulaiques, on y retrouve des composants de E.T , Short Circuit ou du Géant de Fer : l’absence du père , le petit frère agaçant, la rencontre avec un être extraordinaire qui permet de dépasser le deuil , la mort et la résurrection symbolique du héros , la séparation finale pour retrouver les siens c’est l’exécution de Travis Knight qui fait tout le charme du film. Il parvient à capter l’ambiance de l’époque mieux que bien d’autres films cherchant à reproduire cette âge aujourd’hui mythifiée parfois plus que de raison. En ramenant la franchise de jouets à l’époque qui l’a vu naître il lui redonne cinématographiquement sa raison d’être de film à destination d’un jeune public familial loin des spectacles d’apocalypse en mode panzer trempé dans un humour gras comme les frites d’un kebab, ultra violents, généralement très longs et au gigantisme pharaoniques qu’en avait fait Michael Bay.

Bumblebee fonctionne comme un quasi remake du premier film mais dans une version épurée sur une échelle plus modeste, le film commence par une bataille sur Cybertron entre les gentils Autobots et les méchants Decepticons – la première des nombreuses scènes qui prouvent que Knight sait parfaitement diriger des séquence d’actions efficaces mais dans un style moins furieux mais plus lisible que celui de Bay . Les Autobots se retrouvent du côté des perdants et se replient . Ainsi, Bumblebee, se retrouve sur la Terre de 1987, incapable de parler et amnésique. Knight reste concentré sur cette histoire d’amitié entre une fille et un robot extraterrestre pouvant se déguiser en Volkswagen sans y greffer une mythologie trop dense. Pendant une grande partie du film, Bumblebee est comme un nouvel animal de compagnie. Il ne sait pas exactement pourquoi il est sur Terre, ni ce qu’il est ou ce qu’il est censé faire. Knight abandonne l’humour graveleux de Bay , ici pas de boules qui s’entrechoquent entre les jambes des robots pour un humour burlesque, avec des séquences de slapstick purement visuelles bien adaptées à ce personnage muet et maladroit qui a toujours paru anachronique dans l’univers cruel du réalisateur de Bad-boys. La situation du robot trouvant écho dans la vie de Charlie qui a 18 ans ne sait pas quelle voie suivre. Bumblebee est le premier film live de Knight et dirige le scénario solide de Hodson avec une assurance qui lui permet de trouver le bon équilibre entre la nostalgie , les combats de robots et les relations humaines. Bien que le film dure moins de deux heures, la partie centrale où Bee (le surnom du robot) et Charlie multiplient les farces est mignonne mais devient un peu répétitive. Mais le décor des années 80 donne au film une saveur authentiquement nostalgique , ce qui atténue certains de ses autres problèmes. Knight et Hodson ont rempli Bumblebee de reliques des années 80, comme Alf, de références aux films de l’époque comme Breakfast Club et bien sûr de tonnes de musique , dont une grande partie est essentielle pour faire avancer l’histoire. Le film a un look rétro qui évoque les sensations des films Amblin , une photographie chaude et dorée , une image légèrement rugueuse signée du directeur de la photographie Enrique Chediak (127 heures mais aussi Le Labyrinthe) . Sans parler du design des Transformers, plus simple et proches des jouets originaux qui donne l’impression quand ils s’affrontent de regarder un dessin animé Transformers des années quatre-vingt. Tous ces éléments font que Bumblebee ressemble plus à un film de John Hughes avec des effets stylistiques de Michael Bay plutôt qu’un film de Michael Bay avec une histoire à la John Hughes.

Rien de cela fonctionnerait si Bumblebee et Charlie n’étaient pas des personnages intéressants mais, grâce aux effets visuels d’Industrial Light and Magic, Bumblebee est incroyablement expressif. Steinfeld de son coté est une jeune actrice mais elle a une capacité dramatique bien supérieure à de nombreuses autres de son age et un charisme suffisant pour entraîner le public. En partie parce Christina Hodson lui donne un rôle habituellement réservé aux garçons. L’ actrice de True Grit joue à la fois l’angoisse adolescente et l’héroïne d’action qui sauve la situation avec ses t-shirts punk rock et ses jeans déchirés. Jon Cena utilise son physique très particulier pour camper un personnage de militaire qui semble sortir d’un cartoon mais y insuffle assez d’ironie pour le rendre attachant sans être ridicule. Après cinq films de plus en plus gros mais dont la qualité a décru, la réduction d’échelle fonctionne bien il y a assez d’action, de robots pour satisfaire les fans de Transformers mais également assez de cœur pour rendre l’histoire accessible aux personnes qui ne connaissent pas Optimus Prime et qui seront curieux de voir un film plus conventionnel se déroulant dans cette continuité. 

Conclusion : Si la formule de ce prequel-reboot est archi-connue, c’est l’exécution de Travis Knight qui fait le charme de ce Bumblebee mélange bienveillant d’humour, d’ action pour toute la famille.

Ma Note : B

Bumblebee de Travis knight (sortie le 26/12/2018)

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