HELLBOY (Critique)

Guillermo Del Toro avait trouvé dans les aventures du démon investigateur du paranormal créé par Mike Mignola un vecteur idéal à son amour du gothique , des monstres, des écrits de H.P Lovecraft et des mythes et légendes. Si bien qu’il avait porté ses adaptations dans deux majors différentes (Sony et Universal) sacrifiant un peu de budget sans transiger sur l’intégrité de sa vision. Son incapacité à mettre en place le troisième volet de sa saga et l’adoubement très public par  Mignola de ce reboot  sous l’égide de Lionsgate et Millenium Films (les Expendables)  laissent penser que le créateur s’était peut-être senti dépossédé de son œuvre par le cinéaste mexicain. D’ où un choix qui sacrifie toute ambition artistique au profit de ce qu’on pourrait appeler du « Creator Service ».

Le scénario de cette nouvelle version réalisée par l’anglais Neil Marshall (le très bon Descent et des épisodes mémorables de Game of Thrones)  reprend  les intrigues et les thématiques des deux précédents  : d’une part les tourments du héros tiraillé entre ses aspirations à une vie normale et la prophétie qui en fait l’instrument de l’Apocalypse , de l’autre l’éveil d’un mal ancien , ici Nimoue une sorcière de l’époque arthurienne incarnée par Milla Jovovitch qui veut réunir les créatures mythologiques elfes, fées et géants contre le monde des hommes  en y greffant  des concepts et des personnages directement issus des comics de Mignola. Bien sûr,  les lecteurs de Hellboy reconnaîtront probablement, du moins en partie,  ces ajouts, certes faits avec la générosité (et la finesse) d’un restaurant de routiers mais sans tenir compte d’une quelconque progression dramatique ou de leur  cohérence avec l’intrigue principale.  Hellboy se bat  à Tijuana contre un ancien collègue devenu un luchador vampire, on ne sait pas si cette séquence mexicaine (adaptée d’une histoire de Mignola et Richard Corben) qui introduit cette version d’Hellboy est un hommage ou un pied de nez à Del Toro  , se joint à une chasse aux géants en Angleterre menée par une société secrète britannique, déterre le cadavre de Merlin pour discuter avec lui d’ Excalibur et visite une sorcière russe mangeuse d’enfants du folklore russe la  Baba Yaga  (un très beau maquillage et une des séquences les plus réussies mais  qui semble appartenir à un autre film.

Neil Marshall pourtant solide technicien ne parvient à exercer aucun contrôle sur le timing de l’humour et de l’action ou à donner à l’ensemble une cohérence de  style. On passe de séquences dignes d’animatiques de jeux vidéos des années 2000 à des séquences horrifiques plus viscérales.  Les nombreuses scènes de baston généreusement gores ont un montage si chaotique qu’il devient impossible de suivre les mouvements des créatures qui s’y affrontent. La proximité de l’intrigue principale avec celle des  films précédents , amène Marshall a revisiter certaines  séquences comme la naissance d’ Hellboy à ses dépens puisque le fossé  entre sa version « marque de distributeur » (avec un SS qui porte des lunettes 3D) et celle de Del Toro  n’en apparaît que plus béante. La qualité de la production  est tout aussi aléatoire que son script :  filmé (en Bulgarie) dans des décors tantôt soignés ou bien dans des hangars vides éclairés aux néons, employant aussi bien des CGI grossiers ou des effets de maquillage spéciaux plutôt réussis. La conception des nombreuses créatures oscille entre des tests refusés pour le Bebop des Tortues Ninjas ( Gruagach ce personnage à tête de de phacochère semble échappé d’un épisode des Power Rangers)  et des concepts réussis comme celui des léviathans inspirés de l’esthétique de  Clive Barker qui jaillissent du sol et sèment la mort dans Londres lors d’une belle séquence apocalyptique. La bande-son qui inclut des morceaux de  Mötley Crüe, Alice Cooper  ou  Muse semble avoir été sélectionnée par des adolescents.

L’interprétation de David Harbour (derrière un maquillage hideux si on le compare avec celui réalisé par Mike Elizalde pour le film de Del Toro)  est une décalque braillarde de celle de Ron Perlman,   à sa décharge ses dialogues ne lui permettent pas de développer une personnalité vraiment distincte et il y met une belle énergie. Ian McShane offre au moins une  version du professeur Broom  très différente de celle que John Hurt , même si il se repose beaucoup sur ses tics d’interprétation de mentor graveleux mis en place sur la série American Gods le comédien se sort pas mal du piège. Hélas Harbour et McShane manque d’une vraie complicité  qui nuit à la dynamique père-fils qui est censée mener Broom et Hellboy dans leurs arcs respectifs. Le reste de la distribution se débat avec des personnages rarement définis au-delà de leur introduction. Le personnage de Ben Daimio incarné par Daniel Dae Kim (Lost)  aurait pu être intéressant si sa malédiction avait été mieux explorée. Milla  Jovovich incarne un vilain bien peu charismatique même si ses talents limités d’actrices sont moins en cause ici qu’une écriture famélique. Seul le personnage de Alice Monaghan (Sasha Lane) vue dans American Honey la jeune medium bénéficie d’un véritable contexte et la matérialisation assez originale et gore de ses pouvoirs fonctionnent plutôt bien à l’écran.

Le film de Neil Marshall ressemble à ce qu’auraient pu produire les rois du bis Charles Band et  Menahem Golan de Cannon films (ou Avi Lerner fondateur de Millenium débuta sur Allan Quatermain et la Cité de l’or perdu et American Ninja 2!) si ils avaient unis leurs forces. Cet esprit foutraque de série Z sauve (un peu) le film du naufrage  le rendant  au moins plus distrayant – même si il est trop long et pas assez bis pour prétendre  devenir un film culte – que d’autres ratages plus ternes.

Conclusion : Dépourvu du  style et de la grâce de l’interprétation de Del Toro, ce Hellboy version Millenium Films (anciennement baptisé Nu Image spécialiste du film d’exploitation de série Z) semble issu d’une réalité parallèle où les adaptations de comics n’auraient jamais atteint le niveau de respectabilité nécessaire et seraient restées reléguées au rayon exploitation dans les  vidéos-clubs.


Ma Note : D

Hellboy de Neil Marshall (sortie le 8 mai 2019)

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Un commentaire

  1. Eh bien, quelle description dantesque !
    Cela ressemble à un retour au sources pour Marshall, une sorte de zederie assez proche de son très bis « dog soldiers ». Le manque de moyens le rendait sympathique. Ce Hellboy semble lui ne pas trop en manquer ce qui déporte le film vers l’accident industriel qui nous renvoie au catastrophique « doomsday ».
    Il est vrai que dans le lot, le memorable « the Descent » fait figure d’anomalie.

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