
Après des résultats jugés insuffisants par Universal pour le spin-off Jason Bourne: L’Héritage, le duo Matt Damon / Paul Greengrass accepte de donner une suite aux aventures de l’espion le plus célèbre de l’écran, neuf ans après La Vengeance dans la peau. Ce retour, dans un contexte post-Snowden, est-il alors gagnant ? Admirateur de la trilogie Jason Bourne, j’étais impatient de découvrir ce qui avait convaincu le tandem Greengrass/ Damon de rempiler, eux qui avaient refusé à plusieurs reprises l’appel du studio. La déception est à la hauteur de l’attente : la motivation de ce retour se révèle être le besoin pour le réalisateur d’un succès au box-office et, sans doute, un beau paquet de dollars pour Matt Damon. Ce Jason Bourne formulaique au possible n’est qu’un tour de manège supplémentaire qui n’apporte rien de nouveau et invalide certains éléments qui distinguaient la série de la concurrence. Ce nouvel opus, scénarisé par Paul Greengrass lui-même et non plus par Tony Gilroy (qui fut fâché avec le tandem et dirigea le spin-off Bourne Legacy), n’est qu’un remake de La Vengeance dans la peau. Chaque personnage analogue à ceux du troisième volet remplit la même fonction narrative : un lanceur d’alerte menaçant d’exposer les programmes secrets de la CIA se tourne vers Bourne (Julia Stiles, succédant à Paddy Considine) ; un directeur de la CIA tente de faire disparaître toute trace de l’affaire (Tommy Lee Jones, dans les pas de David Strathairn ou Chris Cooper) en utilisant comme instrument un « asset » tueur de la CIA (Vincent Cassel, après Clive Owen, Karl Urban ou Edgar Ramírez) ; une analyste de la CIA participe à la traque mais n’est pas forcément hostile à Bourne (Alicia Vikander, pour Julia Stiles) ; et enfin, Bourne lui-même est à la recherche (encore) de toute la vérité (rien que la vérité) sur son passé. La seule trame nouvelle tourne autour d’un entrepreneur du net, Aaron Kalloor, interprété par Riz Ahmed (Night Call, et la série HBO The Night Of), qui doit protéger les données des utilisateurs de sa plateforme des visées de la CIA. Voulant honorer la tradition des Bourne comme thrillers « engagés » qui collent à l’actualité, cette intrigue s’avère en fait purement « utilitaire », son but étant de rassembler tous les personnages sur le lieu du climax. Alors que Tony Gilroy, quoi qu’on pense du résultat final, avait tenté d’insuffler de nouveaux concepts pour prolonger la série, Greengrass se contente de décalquer. Pire, au détour de « révélations » dignes d’une série B, il remet en cause des éléments qui donnaient une dimension tragique (et réaliste) au personnage de Jason Bourne. Alors qu’on pensait que Bourne s’était porté volontaire pour participer au programme Treadstone, il s’avère qu’il a été en fait manipulé pour y entrer, le programme ayant été créé par son propre père, assassiné par le personnage de Vincent Cassel ! Ce rebondissement de série B retire au personnage son ambiguïté et le remords qui le hante.
Côté technique, le remplacement de deux collaborateurs clés : le directeur de la photo Oliver Wood (remplacé par Barry Ackroyd, chef opérateur de Captain Phillips) et surtout celui du directeur de seconde équipe / responsable de l’action Dan Bradley, véritables co-auteurs du « style Bourne« , se fait sentir. La réalisation de Greengrass en devient impersonnelle. Simon Crane (vu sur Mr. & Mrs. Smith, Edge of Tomorrow) est un bon coordinateur d’action, mais si certains se réjouiront de la disparition de la « shaky-cam », force est de constater que l’action perd de son caractère viscéral. Le film est encadré par deux grandes scènes d’action : la première, une poursuite dans les rues d’Athènes au milieu de manifestations anti-austérité et d’affrontements entre police et black-blocks, est une réussite qui colle au feeling alter-mondialiste des Bourne. La seconde, un « démolition derby » dans les rues de Las Vegas, est certes spectaculaire mais illustre ce que la série a perdu : trop mécanique, trop réglée, elle perd l’aspect chaotique des climaxes précédents. Côté interprétation, Matt Damon est toujours juste dans le rôle. La froideur un peu antipathique d’Alicia Vikander sert son personnage d’ambitieuse spécialiste du cyber-espionnage qui s’avère la seule protagoniste à conserver une certaine ambiguïté. Vincent Cassel est aussi efficace que son personnage de tueur froid « anti-Bourne« . Mon bémol côté casting : Tommy Lee Jones, qui devrait vraiment abandonner ces rôles de vieilles badernes ; il apparaît ici tantôt lassé, tantôt à la limite de la parodie. Quel dommage quand on se remémore l’épaisseur qu’il donna jadis à son personnage du Fugitif. Riz Ahmed et Bill Camp, son partenaire de l’excellente série HBO The Night Of, n’ont pas assez à jouer pour être vraiment jugés, comme on dit dans les critiques sportives.
Conclusion : Thriller rythmé par le jeu du chat et de la souris entre le héros et ses poursuivants, Jason Bourne se laisse suivre sans déplaisir, mais sans passion. La faute à un scénario copie désincarnée du précédent, dont les révélations invalident les aspects qui distinguaient le personnage des autres espions cinématographiques. Comme le retour de Sean Connery après la parenthèse George Lazenby, le retour de Matt Damon est lui aussi une immense déception.
Ma Note : C
Jason Bourne de Paul Greengrass (sortie le 10/08/2016)
Bon bon… je vais le voir ce soir… verdict… en attente. 🙂