La La Land [Critique] Singing in the Sun

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Damien Chazelle le jeune prodige derrière l’excellent Whiplash reste dans le domaine musical avec son deuxième film, La-la-land qui fait renaître le musical sous l’influence de l’age d’or hollywoodien et de Jacques Demy avec en tête d’affiche un duo éprouvé Ryan Gosling – Emma Stone. Le film enflamme la critique, les spectateurs et fait un triomphe dans les cérémonies de début d’année qui l’amènera sans doute à une consécration aux Oscars. Alors chef d’oeuvre ou phénomène de mode ? Mon avis ci-dessous 

De tous les genres du cinéma la comédie-musicale est un de ceux auquel je suis hermétique. Si je suis bien sûr sensible a la précision du travail chorégraphique, a la grâce des Fred Astaire ou des Gene Kelly ou a la glorieuse photographie des musicals de l’âge d’or dès que les comédiens se mettent a chanter et danser les numéros musicaux me sortent du récit. La comédie musicale est un genre qui a ses conventions , pas plus idiotes que celles qui consistent a accepter les super-héros en collants, mais auquel je n’ai jamais pu adhérer.Cet introduction pour donner un contexte a l’avis qui va suivre. Circonstances aggravantes je suis encore plus allergique aux comédies musicales de Jacques Demy qui sont une des références assumées de La La Land.

Le film s’ouvre sur une séquence qui rend un hommage direct aux morceaux de bravoure des comédies musicales de l’Age d’or impliquant de nombreux banlieusards de Los Angeles qui sortent soudain de leurs voitures bloquées dans un immense embouteillage pour se lancer dans des numéros de champs et de danse qui débordent sur les passerelle de la toile autoroutière au son de la chanson « Another day of sun » (signées comme toutes celles du film par Justin Hurwitz,  camarade de Chazelle à Harvard avec des paroles de  Benj Pasek et Justin Paul) dont l’énergie intemporelle aurait pu tout aussi bien accompagner Gene Kelly ou Fred Astaire tout comme un clip moderne (on pense au clip de It’s Oh So Quiet de Bjork réalisé par Spike Jonze). C’est une séquence d’ouverture glorieuse, et le film n’atteindra plus de tels sommets en termes de  spectaculaire pur, le reste des numéros musicaux étant pour la plupart plus mélancoliques ou romantiques.

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La la land suit la relation de deux personnages aperçus dans cette ouverture Mia (Emma Stone) aspirante  actrice qui lutte pour percer dans le métier tout travaillant comme serveuse dans un café sur le lot des studios Warner Bros. entre deux auditions et d’autre part Sebastian (Ryan Gosling) un pianiste passionné de jazz qui joue dans des restaurants et ambitionne d’ouvrir son propre club de jazz. L’actrice et le pianiste de jazz, tous deux unis par la nostalgie, sont déterminés à poursuivre leurs rêves et nous suivons les étapes de leur romance jusqu’à ce que les réussites et les échecs de chaque partenaire menacent leur relation. Avec La la land,  Chazelle signe sous une forme qui rappelle la vision hollywoodienne classique de l’amour comme perfection spirituelle  une histoire contemporaine sur les difficultés de concilier ambition et relations amoureuses. Ironiquement Chazelle donne une forme suprêmement romantique à une ode au carriérisme. En cela La la land se situe dans la lignée de Whiplash qui prenait lui un aspect beaucoup plus sombre. Pour atteindre la plénitude de son ambition et pouvoir exprimer son talent il faut faire le sacrifice d’une partie des relations affectives. Il y a certes un prix à payer, ce pincement de regret qui nous saisi en imaginant un autre chemin mais pour autant la vision de Chazelle sur le sujet semble claire.

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Après Crazy Stupid love et Gangster Squad, La La Land marque la troisième collaboration du duo et cette familiarité entre les comédiens sert pleinement un film quasi-exclusivement centré sur eux, à l’exception de quelques personnages secondaires , on pourrait éclairer une métropole avec l’électricité que dégage leur entente. Ils rappellent les grands duos des comédies musicales (Judy Garland / Mickey Rooney, Cyd Charisse /Gene Kelly) mais  bien meilleurs comédiens ils font passer une palette d’émotions plus large tout en étant plus maladroits dans le chant et la danse. Ils  fonctionnent ainsi à l’inverse de leurs illustres aînés déjà danseurs accomplis avant d’être acteurs.Mais cette maladresse (toute relative) sert l’esprit naturaliste du film qui renvoie clairement aux films de Jacques Demy

Ryan Gosling se distingue à Hollywood par ses choix de exigeants, là ou son physique pourrait le cantonner aux rôles de leading-man. Comme Brad Pitt l’acteur canadien  est  un « character actor » prisonnier d’un corps de sex-symbol. Malgré sa voix fluette sa personnalité effacée il dégage un indéniable charisme un peu old-school que le film exploite à merveille. ce fut une surprise agréable. Il est plaisant de le voir continuer dans la veine de son jeu de The Nice Guys loin des personnages taciturnes et mutique, son personnage de Sébastian, malgré son intégrité artistique est un personnage un peu décalé, maladroit éminemment attachant.

Emma Stone, dans une performance lumineuse, est tour à tour courageuse, furieuse, pleine d’espoir, désemparée et dévouée, et quand elle chante la ballade mélancolique «Audition» , elle est illumine littéralement l’écran.Une performance incroyable et complète de la part d’une actrice si jeune.

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La La Land fonctionne comme exemple de récit purement visuel, même si les dialogues sont soignés, souvent drôles mais ce sont les mouvements de caméras et les compositions précises de Chazelle qui font le gros du travail narratif. Dans la première partie « boys meets girl »qui  raconte à travers leurs diverses rencontres ponctuées par les saisons entre les deux amoureux il injecte dans le réel la magie du technicolor de l’Age d’Or puis quand les nuages s’accumulent sur leur relation la palette devient plus sombre. Avec l’aisance d’un vieux routier il module le rythme de son film, n’hésitant pas dans cette seconde moitié à le ralentir pour mieux préparer un grand final virevoltant,spectaculaire mais intime, une conclusion inattendue mais thématiquement, formellement et émotionnellement si gratifiante qu’elle cimente à mes yeux la réussite du film.

La la land bénéficie de la lumière sublime de Linus Sandgren, directeur de la photo des deux derniers David O’Russell American Bluff et Joy, dont les  couleurs primaires, plutôt que de se fondre dans le paysage, semblent nous éclater au visage.Dans les moments dramatiques, sa palette change pour des teintes vert de gris qui évoquent les tourments des protagonistes, je ne vois pas comment son travail incroyable ne pourrait pas décrocher l’Oscar  Pour un film inextricablement lié à la ville qui lui donne son nom Damien Chazelle a fait appel à David Wasco chef décorateur attitré de Quentin Tarantino dont quasi-toutes les collaborations hors QT (Collateral, 7 Psychopaths) se déroulent à Los Angeles, ses décors en souligne l’aspect irréel : une cité ou la réalité et la fiction se mêle.  Mary Zophres, styliste attitré des frères Coen, eux aussi fascinés par l’Age d’Or d’Hollywood, signe des costumes dont les couleurs primaires  participent à la palette du film.

Conclusion : La la land est un film enchanteur mais mélancolique qui fonctionne à la fois comme comédie musicale hommage à l’age d’or d’Hollywood et comme romance contemporaine  portant un regard sur les sacrifices et les compromis nécessaires pour accomplir une vie d’artiste.

Ma note : A-

La-la-land de Damien Chazelle (sortie le 25/01/2017)

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