Cinq ans après son retour à la S.F avec le controversé (pas ici en tout cas) Prometheus, Ridley Scott retrouve cet univers en lui donnant une suite qui assume pleinement sa filiation avec l’original de 1979.Mission réussie ?
Le retour de Ridley Scott il y a cinq ans avec Prometheus à l’univers qu’il créa en 1979 avait décontenancé les fans en s’attardant plus sur la figure mystérieuse des « Ingénieurs » que sur celle attendue des xénomorphes. Il avait saisi l’occasion de cette prequel pour rétablir l’origine qu’il avait toujours envisagé pour la créature celle d’une arme biologique ayant échappé à ses concepteurs plutôt que la race insectoïde décrite par James Cameron dans Aliens (le seul pourtant dont il reconnait la qualité du travail). Il y mêla sa passion pour les théories imaginant une origine extra-terrestre à la vie sur Terre, comme celle des anciens astronautes popularisée par l’ouvrage d’Erich von Däniken « Chariots of the Gods ». Cette approche lui permettait de donner à son film un sous texte métaphysique sur la création ainsi la fin de Prometheus voyait le synthétique David (Michael Fassbender) partir au coté de Shaw (Nomi Rapace) à la recherche de la planète des ingénieurs à bord d’un de leurs vaisseau afin de percer les mystères de leurs intentions . Malgré son succès commercial l’accueil mitigé de certains fans reprochant au film tout à la fois un manque d’originalité en empruntant la voie d’une prequel et de s’éloigner de la continuité des précédents films et de ses créatures. Sans doute en réaction à ces critiques et pour donner aux fans ce qu’il pense qu’ils attendent (mais aussi pour remercier ses financiers de la Fox) Sir Scott, bien qu’il ait déclaré au moment de la sortie du film que la créature avait fait son temps, de lui donner une suite qui la remet en scène et assume pleinement son appartenance à la saga jusque dans son titre : Alien Covenant.
Covenant est ici encore le nom d’un vaisseau, de colonisation et non d’exploration cette fois qui abrite plus de 2 000 colons en cryo-sommeil (et quelques fétus) en route vers Origai 6 une planète habitable. Après un prologue qui met en scène des personnages de Prometheus, nous faisons la connaissance du synthétique de bord Walter (Michael Fassbender) qui se voit contraint suite à un incident spatial de réveiller une partie de l’équipage ( constitué pour faciliter la colonisation de couples). Le commandant de la mission décède dans l’incident son second Oram (Billy Crudup) est contraint de le remplacer aux coté de la compagne du défunt Daniels (Katherine Waterston). Quand Tennessee (Danny McBride) capte une communication humaine qui semble émaner d’une planète inconnue semble t’il habitable plus proche que celle de leur destination, Oram décide d’y lancer une mission d’exploration. La vraie nature de la planète et de ses habitants va vite se révéler mortelle…

Avec Alien Covenant Scott tente d’avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre, en faisant du film une synthèse entre la suite directe de Prometheus qui révèle le sort de ses deux derniers survivants et une variation de l’original dont il reprend scrupuleusement la structure, les personnages archétypaux – l’officier Daniels incarnée par Katherine Waterston (Inherent Vice, Fantastic Beasts and Where to Find Them) est un avatar de la Ripley originale – et bien sur la créature conçue par H.R Giger. En ressort un film hybride en accord finalement avec les manipulations génétiques auxquelles se livre celui qui s’impose comme le protagoniste principal de ce cycle de prequel et que Scott essaie de positionner comme la figure majeure de la mythologie Alien : le synthétique David incarné par Michael Fassbender (un double rôle puisqu’il incarne aussi le modèle plus récent Walter).
Prometheus devait nous éclairer les origines des créatures mais nous avait désorientés quant au lien entre le liquide noir des urnes du vaisseau des Ingénieurs et le cycle de vie de l’Alien tel que nous le connaissions. Alien Covenant nous en explicite la nature et nous révèle l’origine du xénomorphe, qui devient de fait exagérément alambiquée par rapport à la simplicité initiale du concept. Les motivations de David sont elles aussi clarifiées, l’androïde y apparaît comme un démiurge déterminé à éliminer ses créateurs imparfaits (et leurs créateurs eux-même) pour y substituer sa propre création parfaite et mortelle.
Après une première heure intense et ultra-efficace qui voit l’équipage du Covenant confrontés aux mystères et dangers de la planète, ils sont recueillis par David qui a fait d’une ancienne nécropole son refuge, le film prend alors un tour plus étrange à l’ambiance quasi-médiévale, parsemé de scènes bizarres où Scott et ses scénaristes (John « Gladiator » Logan et Dante « Edge of Tomorrow » Harper) semblent tenter une synthèse de son oeuvre S.F comme celles entre David et son double Walter qui semble venir de Blade Runner. David trop exposé perd en ambiguïté pour apparaître comme un vilain de série B (renouant en quelque sorte avec les origines de la saga). J’ai à titre personnel apprécié cet aspect cinéma « bis » du film et certaines scènes assez excentriques comme le face à face entre David et ses créations. Alien Covenant est dans ces moments, à Prometheus ce que l’Hannibal de Scott fut au Silence des Agneaux . Le denier acte nous ramène en terrain (trop) familier renouant avec une action assez trépidante qui redonne la vedette après dix d’absence des écrans au xénomorphe jusqu’à une conclusion à twist attendu mais en accord avec l’ esprit pulp du film.

Ce retour de Ridley Scott à l’orthodoxie Alien se ressent naturellement dans sa direction artistique avec la réapparition de l’esthétique utilitaire « camionneur de l’espace » par opposition à l’extrême sophistication du design de Prometheus, c’est Chris Seager (X-Men: Le commencement mais aussi les cinq derniers films du regretté Tony Scott) qui succède au fidèle Arthur Max, son travail sur le vaisseau Covenant et les ruines de la nécropole des Ingénieurs est réussi. Scott et son directeur de la photo Darius Wolski (Pirates des Caraibes) – il travaille avec lui depuis Prometheus – composent des images plus sombres mais toujours sublimes qui privilégient des couleurs froides ou désaturées (sauf pour les scénes de la nécropole).
Comme à son habitude Scott prend un main plaisir à faire jaillir des éclats d’horreur dans un écrin somptueux, si il manque à Alien Covenant LA scène comme l' »avortement » de Shaw dans Prometheus ou le dernier repas de Kane dans l’original, il orchestre des séquences horrifiques particulièrement frontales et cruelles telles l’éclosion des « Backbusters » ou une attaque nocturne des Neomorphes créatures albinos ultra agressives. Ironiquement par contraste avec ces derniers la présence du xénomorphe semble confirmer le jugement que Scott portait sur lui à l’époque de Prometheus, il est devenu une figure trop familière pour inspirer la terreur même iconisé comme Scott le fait ici. Intelligemment il réserve la bête pour des scènes axées sur l’action plus que sur l’horreur. Et si Scott n’a pas, contrairement à James Cameron, cette fibre de l’action comic-booky, elles comptent parmi les scènes de pure ‘action les plus réussies de sa filmographie.

Les comédiens sont excellents (comme souvent chez Scott qui est on le souligne rarement un très bon directeur d’acteurs) même si la mécanique du film les empêche de développer l’équipage au-delà de leur fonctions comme Katherine Waterston. Mieux servi on ressent le plaisir ludique que prend Fassbender dans son double rôle de synthétique le raisonnable Walter et le Luciferien David.La musique de Jed Kurtzel est efficace mais anonyme car elle reprend les themes musicaux de Jerry Goldsmith pour l’original et celui composé Marc Streitenfeld pour Prometheus.
Paradoxalement parce que Ridley Scott joue pour la première fois le jeu du « cinéma de franchise » en voulant donner au public ce qu’il attend (ce qu’il s’était refusé de faire avec Prometheus) Alien Covenant est le moins réussi des films de ses films dans cet univers, il n’en possède ni la solennité ni le mystère mais malgré ses défauts , en particulier une impression de familiarité, on passe un excellent moment car il y démontre encore pourquoi il reste un des plus grands « visualistes » du cinéma moderne.
Conclusion : Bien qu’inférieur à Prometheus et Alien , Alien Covenant, étrange et sanglant, reste une entrée dynamique dans la saga renouant avec ses racines de série B sublimée par l’œil unique de Ridley Scott qui n’a rien perdu de sa maîtrise visuelle.
Ma note : B
Alien : Covenant de Ridley Scott (sortie le 10/05/2017)
La bande-annonce :