Le Crime de l’Orient-Express [Critique]

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A l’instar du célèbre détective belge à bord de l’orient express, une multitude de question assaillait l’auteur de ses lignes quant à l’intérêt d’une relecture en 2017 du classique d’Agatha Christie.Comment apporter quelque chose de plus à la mécanique redoutable de ce parfait « whodunit », là ou l’adaptation de Lumet avait déjà échoué à retranscrire la qualité d’écriture de l’enquête ? Est ce que Kenneth Branagh, réalisateur (et interprète principal) acclamé puis décrié s’était ressaisi après les faiblards Thor et Jack Ryan.Est ce que son style théâtral se prêterait bien au récit déjà haut en couleur d’Hercule Poirot ? Bref, était ce un projet parti sur les bons rails ou un pari casse gueule qui avait tout pour dérailler ?

La réponse se situe quelque part entre ses deux interrogations, en effet, Kenneth Branagh livre une adaptation sympathique de la plus grande enquête de Poirot mais ne transcende jamais son matériel de base, la faute à une mise en scène pas assez percutante et à un script qui n’effectue pas toujours les bons choix aux bons moments.Pourtant, le film commence de manière intéressante en ne tombant pas dans le piège des précédentes adaptations qui attaquaient directement sur l’élément déclencheur de l’histoire (et en gâchaient la révélation lors de l’enquête) plutôt que d’ouvrir, à l’instar du roman, sur Hercule Poirot himself.

Et pas un Hercule Poirot bedonnant et old scool comme la version d’Albert  Finney dans la version de Sidney Lumet mais un Poirot flamboyant, n’hésitant pas à prendre sa part d’action ! Il s’agit d’ailleurs du gros point positif de ce film : cet Hercule Poirot est passionnant… Il est le héros du film, quasiment de toutes les scènes, joué avec un plaisir non dissimulé par un Branagh qui s’amuse beaucoup derrière la moustache (qui rentre déjà dans les annales des plus belles moustaches au cinéma) et l’accent belge du détective à peindre un personnage plein de panache mais aussi vieillissant et pétri de doute.

On pourrait reprocher qu’il est la grande attraction du film au détriment du crime commis, mais cette idée de le transformer en détective névrosé, finalement proche d’un Docteur House donne une profondeur au personnage qui manquait aux versions précédentes ou Poirot donnait plus l’impression d’être le dernier wagon que la locomotive qui entraînait le film.Cela étant dit, ce parti pris créé un déséquilibre en défaveur des autres personnages et de la troupe de stars que Branagh a réuni pour le seconder. Cela est regrettable de choisir des acteurs/trices de la trempe de Judi Dench ou Pénélope Cruz pour leur donner des partitions aussi faibles. Devoir jongler avec autant de personnages (pour rappel il y a 12 protagonistes principaux sans compter l’omniprésent Poirot) n’est déjà pas chose aisé et le film qui confond trop souvent rythme et vitesse ne laisse pas beaucoup respirer les sous intrigues de ses éventuels coupables du fameux meurtre. D’autant plus dommage que le casting se révèle plutôt bon et investi avec quelques surprises (Josh Gad a milles lieues de ses rôles précédents, Daisy Ridley qu’on découvre enfin dans un autre rôle que le personnage de Rey) et une crainte dissipée de voir des acteurs comme Johnny Depp au Willem Dafoe pouvant facilement partir en roue libre rester (relativement) sobres dans leurs partitions.

Si l’on peut comprendre ce qui a pu intéressé Branagh dans cette relecture de Christie : lui l’homme de théâtre, féru de Shakespeare, qui s’entoure d’une troupe d’acteurs sur une scène délimitée (le train), dans une histoire dialogué aux petits oignons et traitant de la mort et des conséquences qu’elle peut avoir (pêle-mêle : vengeance, regrets, justice…) on saisit moins ses notes d’intentions dans la mise en scène. Le réalisateur a pourtant mis les petits plats dans les grands en filmant dans un sublime 65mm qui capture les moindres détails l’âge d’or des voyages en train, avec on le devine une certaine nostalgie pour cette période bohème.

Le soin apporté aux costumes ou aux décors nous immerge immédiatement dans l’époque mais la photographie coloré du film et la mise en scène de Branagh donne un aspect « fake » à l’ensemble (pas aidé non plus par certains effets spéciaux catastrophiques) qui dessert le film. Si l’on peut comprendre le parti pris de vouloir se jouer des apparences, on ne ressent jamais la moindre paranoïa  qui monte dans cet espace exigu, la violence contenue dans ces quelques wagons, la peur des révélations à venir…En annihilant cette ambiance glaciale au profit du show Poirot, le réalisateur britannique passe totalement à côté d’un des éléments central du récit et empêche son film d’espérer n’être plus qu’un bon divertissement du dimanche soir (il suffit de voir la manière dont est filmé la découverte du meurtre de Rachett pour comprendre le manque d’impact qu’à le film). Si Branagh a toujours eu une mise en scène qu’on pourrait qualifier de « classique », on peut toutefois regretter qu’il tombe dans certains travers comme les flash-back en noir et blanc ou l’appui parfois pas très subtil sur certains set-up/pay-off. Cela est d’autant plus dommage que le film est parfois traversé de beaux moments formel comme ses plans séquences installant la géographie du lieu et de ses occupants au début du film ou la scène de la révélation finale, certes grandiloquente au possible mais tellement bien amené.

Le script signé Michael Green (Logan, Blade Runner 2049) est au diapason de la mise en scène de Branagh, jonglant entre bonnes et mauvaises idées.On peut saluer le fait que le film n’est jamais ennuyeux malgré son côté bavard et qu’il tente de sortir de l’image vieillotte que peut avoir en 2017 les enquêtes d’Hercule Poirot.En ajoutant des sous intrigues un peu plus moderne comme les questions raciales et du féminisme, en rajeunissant certains personnages ou en jouant avec l’aspect huis clos de l’intrigue (aucun interrogatoire ne se déroule dans la même pièce, on sort à l’extérieur du train à multiple reprises), le film tente de moderniser son récit. Mais cela se fait au détriment de certains personnages complètement passé à la trappe ou très mal exploité (le couple de diplomate qui n’évite pas le ridicule), d’un récit qui va tellement vite que certaines révélations sont privées de leurs effets « wow », donnant l’impression de sortir de nulle part et de l’ajout d’un dilemme moral final douteux pour notre détective dont on peut interroger la pertinence tant du point de vue dramaturgique que de la fidélité à l’œuvre originelle.

Conclusion : Si cette nouvelle lecture du roman d’Agatha Christie est divertissante, a son charme et que l’on ne serait pas contre une suite pour retrouver cette nouvelle version d’Hercule Poirot, on est en droit de regretter un film qui se révèle au final anecdotique, ne tirant jamais totalement parti de son sujet en or massif ni de son casting 5 étoiles.

Ma Note : B

Le crime de l’orient express de Kenneth Branagh (sortie le 13/12/2017)

 

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