Mission: Impossible – Fallout [Critique] The Last Action Hero

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Trois  ans après sa dernière mission Ethan Hunt (Tom Cruise) revient pour affronter  à une nouvelle organisation terroriste qui naît des cendres de son précédent adversaire le Syndicat et il n’est pas le seul puisque pour la première fois dans l’histoire de la franchise un même réalisateur signe deux volets consécutifs. Mais après avoir signé un des plus gros succès critique et commercial de la saga à ce jour Christopher McQuarrie   peut il faire mieux ? La réponse s’autodétruira après le jump…

The Last Boy Scout

Dès les premières minutes de Mission: Impossible – Fallout on comprend mieux pourquoi Christopher McQuarrie se retrouve de nouveau  aux commandes d’un film d’une franchise dont la signature était justement de donner à chaque fois les clés à un réalisateur différent qui installait son univers. Si le réalisateur de Jack Reacher  (et scénariste oscarisé d’ Usual Suspects) revient, c’est que ce  sixième volet est  la suite directe (une autre première pour la série) de Mission: Impossible – Rogue Nation . Après l’arrestation  de Solomon Kane (Sean Harris) leader du Syndicat -une organisation terroriste constituée d’anciens agents secrets- par l’équipe de l’IMF, un groupe dissident « Les Apôtres » émerge sous la direction d’un  mystérieux chef dont on ne connait que le nom: John Lark. Au cours d’une opération Ethan Hunt pour sauver la vie d’un membre de son équipe, laisse Lark s’emparer de trois globes de plutonium nécessaires à la fabrication de  bombes atomiques portatives. En réaction la directrice de la CIA Erica Sloan (Angela Bassett) impose à l’IMF  la présence de son agent l’assassin August Walker (Henry Cavill) pour récupérer le plutonium avant l’apocalypse. Une course contre la montre s’engage à travers le Monde où Hunt va retrouver  de vieux alliés comme Ilsa Faust (la somptueuse Rebecca Ferguson) et Alan Hunley (Alec Baldwin), croiser des ennemis familiers comme le reptilien Solomon Lane et de nouveaux visages comme la mystérieuse courtière en armes  connue sous le nom de White Widow (jouée à la perfection par Vanessa Kirby vue dans The Crown sur Netflix).

Jusqu’alors Ethan Hunt restait un personnage « vierge » (malgré les efforts de J.J Abrams dans le troisième volet pour lui donner une vie en dehors des missions) McQuarrie poursuit l’exploration du personnage entamée dans Rogue Nation mais dans une direction différente, si dans le précédent volet il bâtissait une figure légendaire ici son travail se fait plus introspectif  explorant  les motivations intimes du personnage. Si le spectateur a toujours tenu pour acquis qu’il choisira d’accepter toutes les missions qui lui sont assignées, Mission: Impossible – Fallout met ce choix en perspective. Il  fait de Hunt un héros profondément moral dans un monde qui en est dénué. Sa vie est la seule qu’il est prêt à sacrifier même pour en sauver des millions car c’est en fait le sort d’une  seule personne qui le pousse à sauver le Monde. Cette thématique renvoie au Dark Knight de Christopher Nolan, dont le style sombre et majestueux est une des principales influences de Mission: Impossible – Fallout (la B.O de Lorne Bafle arrange d’ailleurs les thèmes de Lalo Schifrin avec une orchestration aux accents « Zimmeriens ») qui traitait lui aussi des conséquences (fallout en anglais) des sacrifices intimes que font les  héros au service du bien commun.  McQuarrie  établit une mythologie qui donne une cohérence à la franchise tissant des liens avec  les épisodes précédents  pour les intégrer à un ensemble incluant même un hommage direct à la série télévisée qui lui donna naissance. Ainsi on comprend mieux pourquoi McQuarrie n’est pas chaud pour réaliser un film de super-héros: il vient de le faire !

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Action Maximum

Même si il y a de très belles scènes d’action dans sa filmographie,  nous n’aurions jamais considéré Christopher McQuarrie, plus porté vers la tension et le suspense,comme  un réalisateur d’action… jusqu’à Mission: Impossible – Fallout ! Il l’aborde de manière viscérale à contre courant  des modes actuelles, peu de retouches numériques, peu ou pas de ralenti, au contraire tout est fait pour accentuer  la sensation de vitesse et donc de danger, on pense dans les scènes de poursuite automobiles au Ronin de John FrankenheimerMission: Impossible – Fallout enchaîne les morceaux de bravoure à un rythme insensé, on ressent un sentiment d’urgence à chaque minute, mis en scène avec une précision diabolique : un saut HALO à travers un orage au dessus de Paris,  un combat à mains nues dans les toilettes du Grand Palais au seul son de l’impact monstrueux des coups portés, l’extraction d’un prisonnier qui se poursuit en demolition-derby à travers les rues de la capitale, une course poursuite sur les toits de Londres et un final proprement hallucinant qui enchaîne les cliffhangers façon poupée russe enterrant dix-ans de films action dopés aux effets numériques, renvoyés  à leur condition de cinématiques de jeux vidéos.

En terme d’action « physique » McQuarrie, Cruise et le coordinateur des cascades Wade Eastwood placent la barre si haut qu’il n’y a plus de barre !

Christopher McQuarrie, dans cette volonté d’offrir au public un  spectacle d’action compétitif dans la saison cinématographique estivale, ne cède en rien sur ses parti pris esthétiques et narratifs ancrés dans l’écriture paranoïaque des thrillers des années soixante-dix qu’il affectionne. Ses personnages troubles aux allégeances changeantes, ces doubles ou triples jeux renvoient au Trois jours du Condor ou Marathon Man. La photographie ténébreuse de Rod Hardy (Annihilation, Ex-Machina) participe de cette ambiance de film noir même si elle sait dans le final sublimer les vistas incroyables de la Nouvelle-Zélande (qui double le Cachemire). Si les enjeux dramatiques restent omniprésents le réalisateur de Jack Reacher  sait aussi que tout bon blockbuster d’été se doit d’être ludique, l’humour naît ici de manière organique des interactions entre les personnages, de leurs échanges de regards au milieu de situations extraordinaires, à ce petit jeu Cruise, Cavill, Pegg et Ferguson sont tous au diapason. En s’appuyant  sur les relations établies dans les films précédents, en particulier le lien d’Ethan avec son ex-femme, Julia (Michelle Monaghan) et sa tension sexuelle non résolue avec Ilsa Faust son alter-ego féminin toujours aussi fatale, Fallout  a un vrai souffle romantique « old-school » absent de bien des blockbusters.

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Risque  Maximum

A l’image de son personnage prêt à se sacrifier pour la sécurité de tous, la star de cinquante-six ans (!) semble prêt à risquer sa vie pour le divertissement du spectateur. La star kamikaze dans la lignée de Buster Keaton, Jean-Paul Belmondo et Jackie Chan entreprend des cascades qui font passer la séquence du Burj-Khalifa de Mission: Impossible – Protocole fantôme pour une ballade de santé. Il utilise presque tous les moyens de locomotion :  à tombeau ouvert à moto  dans les rues de la capitale française, bondissant de toits en toits à Londres (dans une séquence qui inclus le plan où l’acteur s’est brisé la cheville lors d’une cascade) ou suspendu à un hélicoptère avant d’en prendre seul les commandes frôlant des montagnes à la poursuite d’autres hélicos (note il pilote seul et ne savait pas piloter avant le tournage). Mais c’est le talent de l’acteur Cruise qui parvient à humaniser son héros invincible rendant ses exploits acceptables quand il  se précipite vers le danger avec pour seul plan son mantra « I’ll figure it out  » (je vais me débrouiller). Cette impression d’improvisation permanente et de doute fait oublier l’improbabilité de ses succès. Il  a aussi une mélancolie dans le regard, celle du personnage face à la vie qu’il a laissé derrière lui, mais sans doute aussi celle de l’acteur qui a débuté cette franchise il y a 25 ans.

Henry Cavill arborant la moustache dont l’effacement numérique à coûté des millions à Warner Bros pour Justice League (ironie de l’histoire c’est un personnage qu’il a découvert dans un comic-book de Superman qui a inspiré ce look) est la révélation du film. Son August Walker présenté comme un marteau là où Hunt est un scalpel est un tank avec une moustache ! Arrogant,  parfaitement ambigu en allié récalcitrant et rival aux loyautés douteuses de Hunt. Son look d’employé de bureau des années 70  sa grosse moustache, ses costumes et pardessus ternes contrastent avec sa stature herculéenne. Cavill démontre encore après  Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E la finesse de son jeu , il est ici en tout cas incroyable. Après six films, Mission: Impossible – Fallout  constitue l’application la plus efficace de la « formule « Mission: Impossible à ce jour  – un mélange enthousiasmant d’humour, d’action et d’aventure, distillé dans sa forme la plus pure.

Conclusion :  Film d’action absolu à la sensibilité de thriller paranoïaque des années 70, Mission: Impossible – Fallout est le meilleur blockbuster de cet été, sans doute de l’année, peut-être (avec Mad Max Fury Road) de la décennie .

Ma Note : A

Mission Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie (sortie le 1/08/2018)

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