ÇA : CHAPITRE 2 (Critique)

Deux ans après le succès considérable du premier volet – plus de 700 millions de dollars de recette au box-office mondial-, qui a relancé une vague d’adaptations de Stephen King au cinéma, comme aux temps glorieux des années 80, débarque sur nos écrans le chapitre 2 de Ça, toujours mis en scène par Andy Muschietti (Mama) et scénarisé cette fois par le seul Gary Dauberman (Annabelle 1 & 2 & 3) – (le script du premier volet reposant en partie sur celui de l’adaptation avortée de Cary True Detective Fukunaga ) – adaptant la partie du roman de Stephen King qui confronte à nouveau vingt-sept ans après les membres du club des ratés devenus adultes à la créature qui terrorise la ville de Derry, toujours incarnée quand elle revêt la forme du clown Grippe-sou par Bill Skarsgård. Au casting d’enfants du premier volet, toujours présents par le biais de flashbacks succèdent des comédiens confirmés avec en tête Jessica Chastain dans le rôle de Beverly et James Mc Avoy (Glass) dans celui de Bill et Bill Hader ex pilier du Saturday Night Live et révélation de la série Barry sur HBO qui incarne la version adulte de Richie Tozier incarné dans le premier film par Finn Wolfhard de la série Stranger Things. Pour ce dernier chapitre, Muschietti montre une volonté de livrer une fin en forme d’apothéose avec un film de prés de trois heures débordant d’une imagerie spectaculaire. Si son pari d’un blockbuster horrifique tient toutes ses promesses visuelles il manque de l’impact émotionnel du premier film. En partie car il se confronte au problème récurrent des œuvres de King : leur conclusion. Même si il tente de l’exorciser par de multiples blagues à propos d’histoires aux fins insatisfaisantes, Stephen King lui-même apparaissant dans un cameo pour s’en moquer.

Vingt-sept ans après l’action du premier film donc, le club des ratés devenu adulte a laissé Derry derrière lui. La plupart se débrouillent plutôt bien en apparence – Richie (Bill Hader) est désormais un comique à succès, Bill (James McAvoy) un romancier-scénariste hollywoodien reconnu (malgré ses fins de romans jugées décevantes) et Beverly Marsh (Jessica Chastain) est devenue elle une créatrice de mode prisonnière d’une relation abusive qui fait écho à celle qu’elle entretenait avec son père. Pourtant ils sont immédiatement pris de nausée quand ils reçoivent un appel de leur vieux copain Mike (Isaiah Mustafa), le seul à être resté dans sa ville natale, leur demandant de retourner à Derry où Grippe-sou (Bill Skarsgård), tue à nouveau après presque 30 ans terrés dans les égouts. À contre-cœur, ils acceptent et reviennent, chaque membre ayant enfoui son enfance et ses souvenirs de Grippe-sou dans les profondeurs de sa mémoire. Dans ses recherches, Mike a découvert que la destruction de la créature passe par un rituel indien, obligeant chacun des Ratés à collecter un artefact significatif de son enfance et l’offrir en sacrifice au clown démon. Ils vont donc devoir revivre des souvenirs d’enfance douloureux que la créature va tenter d’utiliser contre-eux …

Si le spectacle d’enfants menacés par une créature horrifique fait appel aux frayeurs ancestrales que nous inspirent les contes – amplifiées par l’apparence du clown qu’elle revêt dans Ça, une figure porteuse elle-même de phobies et de terreurs enfantines – celui d’adultes, qui plus est incarnés par des acteurs qui nous sont familiers, n’a pas la même intensité. Ce sont d’ailleurs les scènes où Grippe-sou remplit cette fonction de croque-mitaine comme la séquence où il s’attaque à une petite fille sous les gradins d’un match de baseball, qui évoque l’attaque du petit Géorgie qui ouvrait le chapitre un, qui se révèlent être les plus efficaces. On n’éprouve pas ici le même attachement -même si les comédiens sont tous bons- que l’on pouvait éprouver pour la petite bande dans lesquels on reconnaissait une part de l’enfant que l’on a été. Ainsi ce second film pâtit de certains choix d’adaptation faits par Muschietti et Dauberman, en particulier celui de démêler les deux chronologies parallèles du roman – l’une sur l’enfance des protagonistes et l’autre sur leur âge adulte – pour en faire deux parties distinctes présentées dans l’ordre chronologique là ou elles étaient imbriquées l’une dans l’autre dans le roman. Cette option d’une structure plus linéaire qui faisait la force du premier chapitre avec son casting charismatique d’adolescents tout en bénéficiant de la nostalgie actuelle pour les années 1980, handicape le film qui se voit contraint d’intégrer dans ce deuxième volet la majorité des aspects les plus complexes à adapter du roman (tout ce qui tourne autour du rituel de Chüd). Les règles qui régissent les apparitions de Grippe-sou, la façon dont il interagit avec le monde réel et dont on peut l’atteindre restent encore floues même après presque six heures de film. Il semble tour à tour tout-puissant ou vulnérable, il peut changer de forme à volonté et dispose de pouvoirs variés dans le temps et l’espace, mais est parfois contraint par certaines lois physiques. Dans une séquence, il ne peut pas atteindre nos héros, car il s’est fait gigantesque et ils se sont enfoncés dans une crevasse. Ne peut-il pas simplement rapetisser ? Et si on comprend que c’est en le privant de la peur qui semble le nourrir qu’on en vient à bout, l’exécution est plus confuse. Ce second volet perd aussi le sentiment d’urgence qui animait le premier film, circonscrit le temps d’un été. Une fois réunis à nouveau à Derry, les Ratés adultes semblent attendre leur tour d’être confronté à Grippe-sou jusqu’à l’inévitable confrontation finale dans les égouts. En dépit de sa durée, ces minutes supplémentaires ne contribuent pas vraiment au développement des personnages ou des thématiques du roman – le pouvoir de l’amitié, la nécessité de se réconcilier avec son passé et d’affronter nos peurs – restent en surface. Les protagonistes semblaient plus intéressants enfants, malgré les efforts d’une belle distribution en particulier James Ransone et Hader, qui parviennent à être à la fois drôles et terrifiés là où curieusement James McAvoy semble un peu perdu dans le rôle de Bill et que Chastain n’a pas grand-chose à jouer en comparaison avec la jeune Sophia Lillis dans le premier volet.

Pourtant on ne s’ennuie jamais durant les trois heures de métrage grâce à l’énergie de la mise en scène de Muschietti qui fait preuve à nouveau d’une authentique maîtrise visuelle. Le réalisateur argentin tire profit de son confortable budget (70 millions de dollars) et invoque une imagerie saisissante, composant de véritables tableaux horrifiques à la fois beaux, macabres et spectaculaires peuplés de créatures bizarres à une échelle rarement vue dans les films d’horreur, qui lui confère l’ allure d’un blockbuster. Ces séquences évoquent les épisodes les plus tardifs de la saga des Nightmare on Elm Street (qui firent la fortune de New Line et dont certains ont accusé King d’avoir plagié pour bâtir sa créature) , comme dans les aventures de Freddy Krueger , à la terreur primale succède un enchaînement de scènes qui fonctionnent à la manière des sketches horrifiques. Le réalisateur paye d’ailleurs son dû à la saga en faisant figurer dans un cinéma de Derry l’affiche de son cinquième opus The Dream Child (L’enfant du cauchemar en VF) après celle du troisième épisode aperçue dans le premier chapitre (une autre séquence rend un hommage direct à une des scènes les plus fameuses de The Thing de John Carpenter). Mais contrairement aux créateurs de la franchise Elm Street, Muschietti et Dauberman évitent le piège de la surexposition de leur clown-tueur qui lui ferait perdre de son aura menaçante. Ils tirent partie des autres formes qu’il peut revêtir (le lépreux , une vieille femme inquiétante) afin que chaque apparition de leur vedette soit marquante. Les scènes, comme l’attaque de la petite fille citée plus haut ou son introduction à la suite d’une agression homophobe filmée frontalement sont bien les plus traumatisantes et authentiquement effrayantes du Chapitre 2. Derrière les prothèses des légendaires Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis (Aliens) Bill Skarsgård est vraiment le MVP du diptyque : son Grippe-sou, qui bien que menaçant, apparaît parfois comme un enfant vulnérable et apeuré. Il injecte une complexité humaine à cette créature transdimensionnelle qui aime jouer avec ses proies.

Conclusion : Si il peine à exploiter pleinement son prestigieux casting et semble, en dépit de sa durée, paradoxalement précipité ou répétitif, Ça Chapitre 2 demeure un train-fantôme spectaculaire grâce à la maîtrise visuelle dont fait preuve Andy Muschietti.

Ma Note : C+

Ça : Chapitre 2 (It : chapter 2)  réalisé par Andy Muschietti

Sortie le 11/09/2019.

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