FAST & FURIOUS 9 (CRITIQUE)

Quatre ans après le précédent volet (en partie pour cause  de COVID le film devant sortir initialement en avril 2020) la franchise familiale et motorisée fait donc son grand retour sur nos écrans pour un opus qui est à la fois celui des ruptures et celui des retours. Ruptures avec  le départ du scénariste Chris Morgan arrivé sur le troisième volet Tokyo Drift qui était parvenu à bâtir, films après films, sur les ruines des suites d’une série B de street racing & tuning abandonnées par le studio,  une franchise d’über-blockbusters d’action d’échelle internationale, qui n’a plus guère sur ce créneau d’autres concurrents que les James Bond ((ironique quand on sait que c’était l’ambition de Vin Diesel et Rob Cohen réalisateur de l’original quand ils désertèrent le deuxième épisode pour le raté xXx). Morgan est parti sur le spin-off Hobbs & Shaw  amenant avec lui Jason Statham et Dwayne « The Rock » Johnson dont les relations avec l’autre « pape » des Fast and Furious Vin Diesel étaient devenues houleuses. Si cela peut prêter à sourire, le travail de Chris Morgan qui parvenait  à jongler avec une quinzaine de personnages  élaborant une intrigue toujours plus rocambolesque avec des révélations digne des feuilletonistes du XIXe était essentiel . Mais si Morgan s’en va, la saga retrouve l’autre architecte de sa résurrection depuis Tokyo Drift le réalisateur Justin Lin qui avait quitté le navire après le sixième volet et qui faute d’avoir pu retrouver des projets équivalents après les scores mitigés de son Star Trek Beyond se retrouve réalisateur et coscénariste , aux cotés de Daniel Casey, de ce 9e volet , premier de la trilogie finale de la saga . Ironie du sort Lin avait à son départ en 2013 re-tué le laconique Han (Sung Kang) dans Furious 6  et ce dernier fait ici son grand retour dans la tradition des résurrections improbables de la franchise. Justin Lin conserve l’esprit telenovela de Fast and Furious avec l’introduction d’un frère de Dominic Toretto (Vin Diesel) dont on a jamais entendu parler auparavant qui entraîne une refonte de l’histoire du personnage – et construit un récit qui oppose  Dom et sa « famille » à une véritable armée menée par son son frère Jakob (John Cena)  financée par le fils d’un dictateur Otto (Thue Ersted Rasmussen) et bénéficiant du savoir-faire technique de l’infâme Cipher (Charlize Theron) la méchante du précédent volet avec pour enjeu l’acquisition d’une technologie militaire de pointe.

Inventer un nouveau frère dont on a jamais entendu parler avant est un de ces twists improbables dont les soaps opéras façon Amour Gloire et Beauté  sont coutumiers que la franchise n’a jamais eu peur de reproduire, les deux frères ont physiquement si peu en commun qu’un  dialogue sur la diversité de la lignée des Torreto fait sourire.  Dans le film original, Dom  expliquait comment la mort de son père dans une course l’avait conduit hors du droit chemin, Fast 9 met en scène cette mort via des flashbacks qui  font du film le Parrain 2 de la franchise en y intégrant Jakob, transformant un accident tragique en trahison fatale. Mais tout cela fonctionne  assez bien,  Diesel n’est jamais aussi bon que quand il semble aux prises avec des tourments de tragédies Shakespearienne et Cena est le premier antagoniste depuis Dwayne Johnson dans  Fast 5  capable de représenter une menace physique  pour Diesel et avoir  un réel  impact visuel. Comme pour les Mission Impossible ou les Bond , la chasse au mac-guffin apocalyptique n’est qu’un prétexte à un tour du Monde (la Thaïlande qui sert de doublure à la jungle sud-américaine, Londres, Edinburgh et la Georgie) au cours duquel l’équipe se divise  pour des missions distinctes et sert de cadre à des séquences d’action titanesques .  On est content de retrouver le savoir-faire musclé et l’œil pour l’action de Justin Lin dans la mise en scène de cet immense barnum qui nous avait manqué dans le précédent volet.  Si James Wan avait su se glisser sans effort dans ce contexte de surenchère permanente, le pourtant talentueux  F.Gary Gray n’avait pas su  trouver sa place  cet univers et son film versait dans une pixelisation de l’action à outrance  privant les séquences spectaculaires de leurs côté viscéral en substituant les effets numériques aux cascades physiques, l’humour aux combats à mains nues faisant craindre un virage à la « Roger Moore » pour la franchise. Avec  F9 on retrouve des morceaux de bravoure démentiels dans la tradition du « y en a un peu plus je vous le met quand même ? »  élaborés comme de mini-films dans le film dont le scénario se déploie tel des poupées russes. Si leur échelle augmente ici de façon exponentielle Justin Lin , son réalisateur de seconde équipe et coordinateur des cascades le « taulier » Spiro Razatos (en poste depuis Fast 5 )  formé à la rude école des séries B des 80’s et son équipe de montage  Greg D’Auria (Fast 6 mais aussi les films de S. Craig Zahler)  , Dylan Highsmith (Fast & Furious 7, Star Trek Sans Limites) et Kelly Matsumoto (Fast 5) donnent à l’action des bases suffisamment solides pour être ressentie  viscéralement par le spectateur plutôt que de se dissoudre dans une cacophonie de zéros et uns. Les poursuites en voitures sont parmi les plus dynamiques et spatialement cohérentes de la série et si  l’emploi d’effets numériques est massif il se mélangent à de nombreuses  cascades et effets physiques.

La scène d’ouverture qui voit la « famille » poursuivie à travers une jungle sud-américaine à la fois par les mercenaires de Jakob et l’armée locale  est emblématique  avec une escalade constante qui parvient à conserver une logique interne même lorsque  une voiture s’ élance d’une falaise pour être attrapé dans les airs par un drone équipé d’un aimant géant. Le climax  qui combine  un « demolition derby » impliquant un véhicule blindé à plusieurs sections et des dizaines de voitures de sport  – avec une utilisation intensive d’électro-aimants surpuissants et d’arme lourde – avec une sortie  dans l’espace (vous avez bien lu) réussit l’exploit d’être à la fois  la séquence la plus ridicule  mais aussi la plus spectaculaire de la franchise à ce jour. Ces séquences qui peuvent déclencher  à la fois des applaudissements  pour leur efficacité et des rires pour leur aspect aberrant  sont emblématique de cette franchise.  Écartons par avance le procès en « irréalisme » l’univers de Fast & Furious  est plus proche des comic-books super-héroïques que du thriller – il y a même un gag  récurrent (qui plaira aux amateurs de meta) où certains personnages commencent à se demander, plaisantant  à moitié, s’ils ne sont pas littéralement immortels pour être sortis indemnes de tant de scénarios impossibles. La mise en scène  a définitivement laissé derrière elle les lois de la physique et de la physiologie privilégiant une approche qui vise à galvaniser le spectateur pour  rendre les moments les plus invraisemblables  « acceptables » et  éviter qu’il ne sorte du film.

Mais si il remet la série sur les rails , tout n’est pas parfait dans ce neuvième volet. Tout d’abord malgré quelques séquences spectaculaires entre la séquence d’ouverture et le final,  le rythme est moins soutenu , F9 aurait gagné à s’alléger d’une bonne dizaine de minutes. L’autre rebondissement majeur, la révélation du retour de Han (Sung Kang) qui a inexplicablement survécu à une explosion de sa voiture à la fin de Tokyo Drift  est le symptôme d’une de la faille de la série. où personne n’est jamais vraiment mort et où les ennemis mortels d’hier finissent par devenir des alliés. En s’affranchissant des conséquences de ses  propres rebondissements, la franchise n’a plus de réels enjeux dramatiques et  perd, malgré des qualités fantaisistes  qui peuvent être attachantes  un sens de la gravité (au propre comme au  figuré)  indispensable. Coté interprétation, les performances sont celles qu’on attend de la part des pensionnaires de la série : Vin Diesel fait du Vin Diesel toujours hiératique dans son rôle de paterfamilias,   Ludacris et Tyrese Gibson assurent la partie comique du film et parviennent même à rendre presque poignant le moment le plus extravagant du film. Nathalie Emmanuel (Game of Thrones) ne sert plus de caution sexy et s’intègre parfaitement au duo. Si étrangement le scénario ne semble pas s’intéresser à sa relation avec Jakob et sa place dans la dynamique familiale des Torretos,  Jordana Brewster est plus présente  et partage même une scène d’action avec Michele Rodriguez (toujours égale à elle-même) sa belle-sœur à l’écran.  John Cena  a une présence imposante mais se montre plus à l’aise au cinéma dans des rôles plus ouvertement comiques,  le rôle du  frère maléfique et tourmenté n’est pas vraiment taillé pour ses qualités. Les jeunes comédiens Vinnie Bennett et Finn Cole sont excellents dans les rôles de Dom et Jakob jeunes. Justin Lin prend également plaisir revenir quelques acteurs de son premier opus, comme Lucas Black qu’on retrouve 15 ans aprés Tokyo Drift  à pratiquer des expériences farfelues sur des  voitures. Si son personnage est ressuscité Sung Kang a bien peu à faire dans le rôle de Han.  Charlize Theron est de retour pour une apparition où elle peut jouer les Hannibal Lecter et Helen Mirren peut enfin comme elle l’avait demandé conduire un bolide dans un Fast & Furious. 

Conclusion : Pour le meilleur et le pire Fast & Furious 9 est un film Fast & Furious de bout en bout.  Le retour de Justin Lin à la réalisation remet de l’essence dans le moteur d’une franchise qui avait beaucoup ralenti avec son dernier film. F9 n’est sans doute pas le meilleur de la saga mais il retrouve le mélange  de  rebondissements qui dépassent les telenovelas les  plus sensationnalistes et la joie d’un enfant jouant avec ses petites voitures qui ont propulsé cette saga au rang de superpuissance du box-office.

Ma note : B

Fast & Furious 9 de Justin Lin (sortie le 14 Juillet 2021)

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