LE SECRET DE LA CITE PERDUE (Critique)

On aurait sans doute pas parié après ses débuts de girl next door et son triomphe précoce avec Speed sur la longévité de la carrière de Sandra Bullock qui aura finalement traversé plusieurs décennies accrochant à chacune d’elle des numéros un du box-office, se taillant un univers dans la comédie romantique dans les 2000 puis parvenant à basculer dans le drame décochant même l’Oscar de la meilleure actrice, lui ouvrant alors la porte à des rôles comme celui qu’elle tient dans Gravity. C’est aussi une carrière atypique que celle de Channing Tatum émergeant par ses talents de danseur et un physique avantageux mais qui parvient à s’imposer en tordant son image sans jamais la renier passant de la comédie loufoque (21 Jump Street) au drame d’auteur (Foxcatcher). Leur rencontre a ainsi quelque de chose de logique et Le Secret de la Cité Perdue est un véhicule idéal pour celle-ci évoquant une époque où les stars de cinéma embrassaient leurs personnages charismatiques. Loretta Sage (Sandra Bullock) est donc une écrivaine à succès de romans d’amour torrides qui s’est enfermée dans une vie solitaire depuis la mort de son mari archéologue. Son agent littéraire (Da’Vine Joy Randolph) a décidé de l’envoyer en tournée pour promouvoir son dernier livre. Elle sera accompagnée d’Alan (Channing Tatum), le mannequin pas très futé qui dépeint son héros « Dash » sur les couvertures de ses romans. Lorsqu’elle est kidnappée par la millionnaire excentrique Abigail Fairfax (Daniel Radcliffe) qui est à la recherche du casque orné de bijoux qui figure dans son roman. Alan fait appel à son professeur de méditation – Jack Trainer (Brad Pitt) – qui est également un ex-Marine – pour sauver Loretta. Les choses ne se passent pas comme prévu et s Loretta et Alan sont bientôt poursuivis à travers la jungle par Abigail et ses hommes de main. Alors qu’ils luttent pour survivre, ils apprennent également à se connaître. Cela inclut une rencontre avec des sangsues qui va bien au-delà de tout ce à quoi Humphrey Bogart et Katharine Hepburn ont pû avoir à faire face dans The African Queen.

Le Secret de la Cité Perdue n’est pas un film particulièrement original, les frères Adam et Aaron Nee trouvent l’inspiration dans le catalogue des films des années 80 sous la lettre « Z » comme Zemeckis et Zucker, ce qui donne une comédie qui s’inspire clairement d’ À la poursuite du diamant vert mâtiné de Y a-t-il un pilote dans l’avion? On voit arriver ses punchlines de loin comme le volcan dominant l’île lointaine où se déroule la majeure partie de l’histoire, le spectateur a une idée claire du déroulement du film dès ses premiers instants mais paradoxalement ce n’est pas une critique, Le Secret de la Cité Perdue se reposant sur une formule très efficace on prend beaucoup de plaisir dans cette familiarité. Il n’y a peut-être pas de rebondissements fous, mais pas non plus de maillon faible dans le film, conscient de lui-même, qui parvient à se parodier le genre, tout en livrant une solide histoire de romance et d’humour du début à la fin. Malgré une légère baisse de rythme dans sa seconde moitié, il y a peu de scènes inutiles et le script co-signé par les réalisateurs avec Oren Uziel (22 Jump Street) et Dana Fox (Cruella) donne au casting le meilleur matériau avec lequel travailler. Le rôle d’Alan est parfaitement taillé pour Channing Tatum pour plusieurs raisons non seulement parce qu’il a tout à fait l’air de sortir de la couverture d’un roman à l’eau de rose mais c’est aussi un acteur qui comprend son propre attrait et a déjà prouvé qu’il n’a pas peur d’en jouer pour faire rire. Le timing est essentiel pour la comédie et l’acteur des Magic Mike fait mouche à chaque fois. Sandra Bullock passe une grande partie du film dans une combinaison à paillettes ridicule, pas vraiment idéale pour crapahuter dans la jungle. L’actrice de Speed est également plus qu’heureuse de jouer sur la maladresse physique de son personnage et l’abandon peu à peu de éventuelle de sa carapace deux emplois qu’elle maitrise à la perfection. Ce genre de film vit et meurt sur l’entente de ses interprètes et le duo dégage un plaisir de jeu palpable et un sentiment d’affection réel dans lequel il est facile de se laisser prendre.

Des personnages secondaires pittoresques parsèment le film ajoutant des moments d’humour décalé à un scénario plutôt prévisible, Beth l’agent de Loretta incarné par Da’Vine Joy Randolph (Mon nom est Dolemite) une femme qui essaie juste de bien s’occuper de sa cliente tentant à la fois de la sauver et de sauver la tournée de promotion du livre. Allison (Patti Harrison) community manager assignée à Loretta ou Oscar Nunez pilote d’avion cargo dont le meilleur ami est une chèvre. Le plus notable étant bien sur le cameo de Brad Pitt en soldat de fortune, volant presque le film à ses stars. On a dit de Pitt qu’il etait un « character actor » dans le corps d’un dieu grec et il est vrai qu’il n’est jamais aussi à l’aise que dans la comédie, sa filmographie comptant finalement plus de ses compositions loufoques que de héros d’action. Il parodie ici aussi bien un archétype récurrent du film d’action l’ »extracteur » comme le personnage incarné par Chris Hemsworth (autre acteur comme Pitt et Tatum n’hésitant pas à se moquer de lui-même) dans le récent Tyler Rake que sa propre image . »Pourquoi êtes vous si beau ? » lui demande le personnage de Bullock « Mon père présentait la météo » lui répond Pitt. Daniel Radcliffe est l’unique élément du film qui ne fonctionne pas aussi bien que le reste, son personnage est le seul où le film tente de changer les archétypes établis et on ne le sent pas à sa place dans une histoire où tout le monde s’intègre parfaitement dans son rôle ,sans doute à cause des limites de son jeu.

Le Secret de la Cité Perdue est aussi visuellement soigné, lumineux grâce à une belle photo du français Jonathan Sela (John Wick) . Les réalisateurs comprennent parfaitement le genre dans lequel leur film s’inscrit et savent rester simple. Le contraste est saisissant avec un film similaire Jungle Cruise sorti cet été avec une entente romantique au centre du film pas évidente entre Dwayne Johnson et Emily Blunt minée par des séquences d’action interminables plombées de CGI , là Le Secret de la Cité Perdue parvient à rester globalement « tactile » et un climax interminable. Les auteurs comprennent que la relation Bullock-Tatum fait leur film, la chasse au trésor et et la menace de Fairfax / Radcliffe ne sont que décoratives.

Conclusion : Certains films sont des «films parfaits», des chefs-d’œuvre qui élèvent ce que le cinéma peut faire, d’autres films sont des « versions parfaites d’eux-mêmes ». C’est le cas du Secret de la Cité Perdue .

Ma Note : B

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