
Je suis prêt à tout pardonner à un film de super-héros, assumant pleinement ma subjectivité lorsqu’il réussit à réveiller cette étincelle d’émerveillement pur, cette joie enfantine qu’on pensait réservée aux pages des comics de notre jeunesse. Et c’est exactement ce que m’a fait ressentir The Fantastic Four: First Steps, éclatante célébration de l’héritage de Stan Lee et Jack Kirby. Réalisé par Matt Shakman (WandaVision, Game of Thrones), ce film marie le merveilleux cosmique à une intimité familiale touchante. Il s’appuie sur un casting brillant — Pedro Pascal (The Last of Us, The Mandalorian), Vanessa Kirby (The Crown, Mission: Impossible – Fallout), Joseph Quinn (Stranger Things, Warfare), Ebon Moss-Bachrach (The Bear) — sur des visuels rétro-futuristes éblouissants, une direction artistique audacieuse, et une bande-son signée Michael Giacchino (Up, Rogue One). First Steps donne enfin aux Fantastic Four une place de choix à l’écran, tout en insufflant une énergie nouvelle au MCU. Le film adopte dès le départ un rythme effréné, usant de nombreux montages pour condenser les scènes initiales. Cette cadence soutenue laisse parfois peu d’espace à la respiration narrative, comme si le studio, marqué par les échecs commerciaux récents de Thunderbolts et Captain America: Brave New World, doutait de son réalisateur issu de la télévision, ou de la direction même du projet pourtant dès les premières scènes, Matt Shakman démontre sa compréhension de l’essence des Quatre Fantastiques. Loin des tentatives manquées du passé, il capte parfaitement l’esprit d’aventure, l’optimisme scientifique et la dynamique familiale propres au groupe. Le film s’impose non pas comme une simple adaptation, mais comme une lettre d’amour sincère aux créations de Lee — et surtout de Kirby. La citation de Jack Kirby qui clot le film souligne l’idée que chaque personnage porte une part de son créateur, une philosophie qui imprègne tout le travail des scénaristes Josh Friedman (Terminator: The Sarah Connor Chronicles, Avatar: The Way of Water), Eric Pearson (Thor: Ragnarok, Black Widow), Jeff Kaplan (Overwatch, World of Warcraft) et Ian Springer.
L’introduction du film — une scène intime entre Reed et Sue — installe immédiatement un conflit émotionnel : la grossesse de Sue face aux rayons cosmiques. L’enjeu devient alors personnel, et même tragique lorsque Galactus propose d’épargner la Terre en échange de l’enfant à venir. Ce dilemme bouleverse la mécanique classique du super-héros pour introduire des sacrifices profondément humains .La distribution est le cœur du film. À l’annonce de son casting, j’étais loin d’être convaincu, mais Pedro Pascal m’a totalement fait changer d’avis : il incarne un Reed à la fois brillant et maladroit, avec une justesse désarmante., Vanessa Kirby une Sue Storm à la fois forte et sensible. Johnny Storm, reste fidèle à son image flamboyante mais bénéficie ici d’un traitement plus nuancé : il cherche activement à prouver sa valeur intellectuelle face à ses coéquipiers brillants, ajoutant une dimension attachante et moderne au personnage. Joseph Quinn lui insuffle une énergie sans caricature, tandis qu’Ebon Moss-Bachrach absolument parfait est bouleversant en Ben Grimm, touchant malgré son apparence rocailleuse avec des références subtiles à sa tristesse de ne plus être humain, un thème cher aux comics traité avec délicatesse. Leur alchimie donne enfin corps à cette fameuse “famille” des Quatre Fantastiques. Ralph Ineson (The Witch, The Green Knight) prête sa voix et incarne Galactus et parvient à insuffler en peu de dialogues la profondeur existentielle du personnage. Sa voix résonne avec une puissance et une solennité qui renforcent l’aura de divinité et de menace inéluctable du Dévoreur de Mondes, rendant chaque confrontation avec les Quatre Fantastiques d’autant plus mémorable et chargée d’émotion. Julia Garner (Ozark, The Americans) livre une interprétation captivante de la version alternative du Silver Surfer du film (Shalla-Bal au lieu de Norrin Radd). Sa performance saisi la mélancolie et la noblesse du héraut de Galactus. Elle insuffle une humanité poignante au personnage, malgré quelques variations dans le rendu CGI, faisant de son Silver Surfer un des points forts du film.

The Fantastic Four: First Steps s’inspire d’un riche éventail d’influences, fusionnant l’esthétique des comics avec des références cinématographiques. L’hommage à Kirby s’exprime puissamment dans l’esthétique rétro-futuriste inspirée de l’optimisme spatial des années 1960. Les designs évoquent les planches vibrantes de Kirby et puisent dans des influences comme 2001 : L’Odyssée de l’espace ou Solaris. Sous la direction artistique de Kasra Farahani (Loki, Blade Runner 2049), le Baxter Building devient un symbole d’espoir où gadgets rétro et chrome fusionnent avec science-fiction vintage. Maquettes pratiques, objectifs d’époque, et la photographie rétro signée Jess Hall (WandaVision) renforcent cette texture palpable, loin du tout-CGI des productions récentes. Les séquences spatiales — en particulier celles avec Galactus et Silver Surfer — sont un vrai festin visuel. Galactus, majestueux et terrifiant, y est représenté avec une grandeur qui ne trahit en rien la vision mythique des comics. Ses apparitions sont, sans conteste, les moments les plus époustouflants du film. Sa présence est d’une majesté écrasante nous transporte directement dans les pages les plus grandioses de Kirby. La fidélité au comics constitue, pour moi, la pierre angulaire de sa réussite, une résurrection éclatante de l’esprit originel que j’attendais avec impatience. Le film ne se contente pas de cocher des cases ; il s’imprègne de l’ADN des Quatre Fantastiques, en particulier des premières années de Lee et Kirby, leur esprit d’exploration, les dilemmes moraux liés aux pouvoirs et les liens affectifs sont traduits à l’écran avec une fidélité rare. Shakman n’a pas seulement lu Kirby : il l’a ressenti. La représentation des pouvoirs des héros est inventive et saisissante : la plasticité de Reed, l’invisibilité de Sue, les flammes incandescentes de Johnny, la masse rocailleuse de Ben. Les effets spéciaux, d’une qualité retrouvée après des années de CGI bancals chez Marvel, apportent enfin une fraîcheur bienvenue.
Avec une durée de 1h55, le film est un des plus brefs du MCU heureusement, malgré les nombreux raccourcissements de scènes, le film ressort presque indemne des coupes opérées en amont, certains moments narratifs semblant précipités, il maintient un rythme soutenu et l’intrigue du film certes simple reste satisfaisante. Shakman et son équipe ont privilégié la caractérisation et l’établissement des dynamiques relationnelles plutôt que de multiplier des intrigues complexes. Cette approche permet au public de se connecter émotionnellement aux personnages avant de les voir affronter des menaces cosmiques. L’exécution est fluide, le rythme équilibré, alternant moments d’intimité et séquences d’action grandioses. Le film ne cherche pas à être le plus grand ou le plus bruyant, mais le plus authentique. Situé sur Terre-828 (autre clin d’œil à Kirby né un 28 aout), une réalité parallèle ancrée dans les années 1960, First Steps évite les complications multiverselles pour offrir une histoire autonome et cohérente. Ce choix narratif permet au film de respirer, de se recentrer sur ses personnages et de renouer avec une forme d’authenticité disparue dans certains titres récents du MCU. Le film se positionne comme un renouveau, un retour aux sources qui, paradoxalement, ouvre de nouvelles perspectives pour l’avenir du MCU.
Conclusion : The Fantastic Four: First Steps ne prétend pas tout révolutionner — et c’est précisément sa force. En renouant avec la simplicité des origines, en misant sur des personnages sincères, des émotions authentiques et une esthétique soigneusement pensée, le film redonne au MCU une saveur qu’on croyait perdue. Malgré quelques imperfections, cette déclaration d’amour vibrante aux racines mêmes du Marvel Universe réussit là où tant d’autres ont échoué : retrouver l’âme des Quatre Fantastiques. Ces premiers pas sont, vont sans conteste, dans la bonne direction.