THE RUNNING MAN (2026)

Le retour d’Edgar Wright derrière la caméra pour un projet de cette envergure avait de quoi susciter la curiosité. Après avoir longtemps été considéré comme un petit prodige du cinéma pop, capable d’allier virtuosité visuelle et sens du rythme, Wright semblait enfin prêt à affronter un matériau plus sombre, plus politique, plus exigeant : l’adaptation du roman de Stephen King. Pourtant, dès les premières minutes, The Running Man révèle une fracture profonde entre les ambitions affichées et la réalité du film. Malgré les efforts évidents de Glenn Powell, son charisme et son physique impeccables, rien ne fonctionne. Le film ne parvient jamais à installer l’urgence de la chasse à l’homme, n’offre aucune empathie pour un héros réduit à un cliché ambulant, et s’effondre totalement dans un dernier acte catastrophique où Josh Brolin et Colman Domingo semblent livrés à eux-mêmes, en roue libre, sans direction claire. Ce constat, déjà sévère, s’aggrave lorsqu’on replace The Running Man dans la trajectoire du réalisateur. Wright n’est pas, dans l’esprit du grand public, une signature comparable à Spielberg, Scorsese ou Tarantino. Dans le microcosme des cinéphiles, on aime le considérer comme un auteur majeur, mais la réalité industrielle est plus froide : Wright n’a jamais porté un film de studio de très gros budget avec succès, et ce projet confirme qu’il n’a pas encore les épaules pour le faire. On peut citer une dizaine de réalisateurs comme influences évidentes sur ce film, le jour où l’on citera Wright comme influence majeure de dix autres œuvres, il aura franchi un cap décisif. Pour l’heure, The Running Man ressemble davantage à un exercice de style désordonné qu’à une œuvre maîtrisée.

Le développement de The Running Man a été marqué par une série de réécritures, de repositionnements et de changements de direction artistique. Wright a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une adaptation du roman de King, et non d’un remake du film de 1987. Sur le papier, cette distinction promettait un retour à la noirceur du matériau original : une dystopie brutale, une critique acerbe des médias, une exploration de la violence systémique. Mais le film semble constamment hésiter entre fidélité au roman et volonté de moderniser le concept. Cette hésitation se traduit par un scénario confus, qui ne parvient jamais à articuler clairement les enjeux. L’urgence de la traque, élément central du récit, n’est jamais ressentie. Les motivations du héros restent floues, les règles du jeu télévisé sont mal définies et la dramaturgie se délite au fil des séquences. Ce manque de cohérence narrative est d’autant plus problématique que le film repose sur un concept simple : un homme traqué en direct par un système médiatique totalitaire. Wright, pourtant habitué aux structures narratives millimétrées, semble ici incapable de donner une colonne vertébrale solide à son récit. Wright a toujours été un cinéaste référentiel, mais ici, la citation devient un refuge plutôt qu’un outil. On retrouve des traces évidentes de cinéma d’anticipation des années 70/80, des échos à Rollerball ou Soleil Vert, des clins d’œil à Network ou Le Prix du danger, des emprunts visuels à Children of Men ou Mad Max: Fury Road. Le problème n’est pas tant la référence que son absence d’intégration. Wright juxtapose des styles, des idées, des gimmicks, sans jamais les fondre dans une vision cohérente. Le film ressemble à un catalogue d’influences plutôt qu’à une œuvre dotée de sa propre identité. Cette impression est renforcée par les choix de mise en scène : plans-séquences ostentatoires, angles de caméra hyper stylisés, décors saturés de détails. Wright semble vouloir prouver qu’il peut faire du cinéma « sérieux » tout en conservant ses tics visuels, mais le résultat est un mélange instable, où la forme écrase constamment le fond. La mise en scène de Wright, habituellement précise et son inventive, paraît ici en perte de contrôle. Le réalisateur multiplie les effets, les ruptures de rythme, les transitions stylisées, comme s’il cherchait à compenser la faiblesse du scénario par une agitation permanente. Le problème est que cette agitation ne sert jamais la narration. Les scènes d’action manquent de lisibilité, les enjeux dramatiques sont noyés sous les artifices, et la tension ne monte jamais. Wright confond vitesse et urgence, mouvement et intensité. Les allers-retours incessants entre la traque sur le terrain et la régie télévisuelle brisent systématiquement l’élan dramatique. Le film refuse les pauses contemplatives nécessaires pour installer la lourdeur du régime totalitaire, et finit par ressembler à une succession de clips montés à la hâte.

Dans la filmographie de Wright, The Running Man occupe une place étrange. Après les succès critiques de la trilogie Cornetto, l’audace pop de Scott Pilgrim, la maîtrise rythmique de Baby Driver et les expérimentations de Last Night in Soho, ce film devait être son entrée dans la cour des grands blockbusters. Mais il révèle surtout les limites du cinéaste lorsqu’il s’agit de porter un projet lourd, sombre, et politiquement chargé. Wright semble perdu, incapable de trouver le ton juste, oscillant entre satire, action, drame et commentaire social sans jamais stabiliser son approche. Le casting, pourtant prometteur, est l’un des grands gâchis du film. Glenn Powell en Ben Richards donne tout ce qu’il a. Son charisme, son physique, sa présence scénique sont irréprochables. Mais son personnage est tellement engoncé dans les archétypes du héros vertueux qu’il devient impossible d’éprouver la moindre empathie. Powell joue un cliché, et aucun acteur ne peut sauver un cliché. Josh Brolin et Colman Domingo, pourtant capables de performances nuancées, sombrent dans la caricature. Le dernier acte du film les laisse en roue libre totale, sans direction claire, et leurs prestations deviennent presque embarrassantes. Quant à Michael Cera, le décalage de casting recherché par Wright tourne au fiasco : habitué aux anti-héros loufoques, il semble parachuté là par réflexe amical, brisant le peu d’immersion restante par des interventions second degré qui tombent systématiquement à plat. Le montage de Paul Machliss, tente d’imposer un rythme effréné du début à la fin. Mais cette vitesse constante devient rapidement une précipitation fatale. Le film refuse tout temps mort, toute respiration, toute installation progressive de la tension. Les coupes incessantes entre les écrans de contrôle et la traque sur le terrain cassent systématiquement l’immersion. Le film devient paradoxalement poussif : extrêmement agité à l’image, mais dramatiquement stationnaire. Cette hyperactivité visuelle, qui fonctionnait dans Baby Driver devient ici un handicap majeur. Elle masque l’absence de progression dramatique et accentue la confusion du récit. a bande-son, composée par Steven Price, accompagne le film avec une énergie indéniable. Mais elle participe aussi à la saturation générale. Wright, habitué à utiliser la musique comme moteur narratif, semble ici en abuser. La musique souligne tout, accentue tout, commente tout. Elle ne laisse jamais le silence s’installer, alors que le silence aurait été un outil précieux pour renforcer la tension, la peur, la solitude du héros. Au lieu d’enrichir l’expérience la bande-son devient un élément de plus dans la cacophonie générale.

Conclusion : The Running Man est un film long, poussif, confus, saturé de références mal digérées, porté par un casting sous-exploité et un réalisateur qui semble avoir perdu ses repères. Wright n’a pas les épaules pour ce type de projet, et cela se voit à chaque scène. Malgré les efforts de Glenn Powell, malgré quelques idées visuelles isolées, malgré l’ambition affichée, le film ne fonctionne jamais. Il échoue à installer l’urgence, échoue à créer de l’empathie, échoue à stabiliser son ton, échoue à donner une identité propre à son univers. C’est un faux pas majeur, un film qui révèle les limites d’un cinéaste talentueux mais encore incapable de porter un blockbuster sombre et politique. Et c’est, au fond, un constat simple : Wright n’est pas encore un Spielberg, un Scorsese ou un Tarantino. Peut-être le deviendra-t-il un jour. Mais The Running Man n’est certainement pas le film qui le fera entrer dans cette catégorie.

Ma Note : D+

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