LES DIX FILMS FAVORIS DE CHRISTOPHER NOLAN

DKR-27039 Director CHRISTOPHER NOLAN sets up a shot for Warner Bros. Pictures’ and Legendary Pictures’ action thriller “THE DARK KNIGHT RISES,” a Warner Bros. Pictures release. TM & © DC Comics.

D’ordinaire discret lorsqu’il s’agit de décrypter ses propres réalisations, Christopher Nolan se confie avec une tout autre générosité dès qu’il évoque les œuvres qui ont nourri son imaginaire. À travers son Top 10 personnel, découvrez une sélection de ses films fétiches, enrichie de ses commentaires et de ses analyses les plus éclairantes.

2001 l’odyssée de l’espace (2001 A Space Odyssey) – 1968

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« Quand vous regardez la science-fiction au cinéma, il y a des incontournables, « Metropolis. Blade Runner. 2001. Chaque fois que vous parlez de quitter la planète, 2001 est quelque peu inévitable. Mais il ya un seul 2001. Donc, vous ne voulez pas être trop proche de lui « . Christopher Nolan au moment de la sortie d’Interstellar

Cette déclaration de Christopher Nolan met en lumière le défi ultime auquel il a dû faire face en réalisant Interstellar : comment s’attaquer au space opera philosophique sans être écrasé par l’ombre titanesque de 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick.Pour sa génération, le chef-d’œuvre de Kubrick n’est pas seulement un film de science-fiction, c’est le mètre étalon, la boussole absolue qui a défini la grammaire visuelle et métaphysique du voyage spatial au cinéma. En qualifiant le film d’« inévitable », Nolan admet qu’il est impossible de filmer le silence de l’espace, la solitude d’un vaisseau ou la confrontation de l’humanité avec l’infini sans dialoguer avec l’héritage de Kubrick. Pour éviter le piège du pastiche stérile ou de l’hommage écrasant, Nolan a volontairement cherché à inverser la polarité émotionnelle de son film par rapport à son modèle :L’humanisme contre la froideur clinique : Là où 2001 adopte une perspective divine, presque désincarnée et glaciale, observant l’évolution humaine avec une distance philosophique, Nolan injecte une chaleur viscérale dans Interstellar. Son film ne parle pas de transcendance technologique ou extraterrestre, mais de survie intime, de deuil et d’une promesse entre un père et sa fille. Pour Nolan, le moteur de l’exploration spatiale n’est pas la curiosité froide, c’est l’amour, qu’il conceptualise presque comme une force physique. La rupture avec HAL 9000 : Le traumatisme collectif laissé par HAL 9000 a rendu suspecte toute intelligence artificielle au cinéma. Nolan prend le contre-pied parfait avec TARS et CASE. Au lieu de créer des robots humanoïdes parfaits ou des menaces latentes, il conçoit des blocs de métal géométriques au design brutaliste, dotés d’un cynisme et d’un humour paramétrables, qui s’imposent comme les alliés les plus fidèles et sacrificiels de l’équipage.L’analogie technique : S’il y a un point sur lequel Nolan s’est rapproché au plus près de Kubrick, c’est dans son exigence formelle. Tout comme Kubrick avait repoussé les limites des effets spéciaux photographiques en 1968, Nolan a insisté pour utiliser un maximum d’effets physiques, de projections réelles sur le plateau pour les fenêtres du Ranger, et a collaboré avec le physicien Kip Thorne pour que la visualisation du trou noir Gargantua soit scientifiquement exacte, créant ainsi son propre choc esthétique pour le XXIe siècle. En acceptant l’inévitabilité de 2001 tout en trouvant sa propre voix par le prisme de l’intime et de la science moderne, Nolan a réussi avec Interstellar le plus difficile des paris : signer un classique instantané qui s’assoit aux côtés du maître, sans jamais chercher à prendre sa place.

Blade Runner – 1982

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« J’ai toujours été un admirateur de Ridley Scott et quand j’étais enfant Alien, Blade Runner m’ont ébloui car ils avaient créé ces mondes extraordinaires qui étaient complètement immersifs. J’étais également un énorme fan de Stanley Kubrick pour les mêmes raisons. » – Christopher Nolan

Lors de la préproduction de Batman Begins en 2004, Christopher Nolan a réuni toute son équipe technique ainsi que les acteurs principaux dans une salle de projection privée pour leur montrer le chef-d’œuvre de Ridley Scott. À la fin de la séance, sa punchline légendaire tenait en une phrase : « C’est comme ça que nous allons faire Batman. ». Par ce geste, Nolan ne cherchait pas à copier l’esthétique cyberpunk ou les androïdes de Blade Runner, mais il voulait leur transmettre une note d’intention cruciale sur la méthode et l’échelle : le réalisme par la texture : Nolan voulait prouver qu’on pouvait créer un monde immense, immersif et totalement fictif (Gotham City) en utilisant de vrais décors tangibles, des maquettes géantes et des effets physiques plutôt que des fonds verts numériques. Blade Runner est le maître absolu en la matière. La noirceur contemporaine : Il s’agissait de rompre définitivement avec le style pop et cartoonesque des films de Joel Schumacher. Nolan voulait que Gotham ait de la boue, de la pluie, de la patine et une pesanteur sociale, exactement comme la Los Angeles dystopique de Ridley Scott. C’est cette projection fondatrice qui a posé les bases de ce qui allait redéfinir le film de super-héros moderne.

Le Trou Noir (The Black Hole) – 1979

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« Même aux yeux du fanatique de Star Wars de 9 ans que j’étais le film semblait inégal toutefois certains effets spéciaux impressionnent encore et il contient une des fins les plus inexplicablement bizarre de l’histoire du cinéma. J’ai dû louer le film,  adulte,  pour m’assurer que je n’avais pas inventé cette fin. » – Christopher Nolan

Cette analyse traduit parfaitement l’honnêteté cinéphilique de Nolan, capable de reconnaître les faiblesses structurelles d’un film tout en restant profondément marqué par son audace visuelle et conceptuelle. L’impact de ce long-métrage sur son imaginaire est indéniable, et on en retrouve des échos directs dans son propre chef-d’œuvre spatial, Interstellar : Malgré les inégalités du récit, The Black Hole utilisait des techniques de pointe pour l’époque (notamment le système ACES pour les mouvements de caméra contrôlés par ordinateur et des miniatures massives). Pour le jeune Nolan, ce mélange d’effets physiques tangibles et d’ambition graphique a posé les jalons de son amour pour les effets spéciaux artisanaux et monumentaux. À la fin du film de 1979, le vaisseau traverse le trou noir pour déboucher sur une séquence purement métaphysique, quasi-surréaliste, évoquant une imagerie de l’Enfer et du Paradis digne de Dante, avant une renaissance mystique. C’est précisément ce saut dans l’inconnu abstrait et philosophique qui a traumatisé et fasciné Nolan. Des décennies plus tard, lorsqu’il réalise Interstellar, Nolan choisit lui aussi de plonger son héros, Cooper, à l’intérieur du trou noir Gargantua. Plutôt que de proposer une explication purement scientifique ou une fin de blockbuster conventionnelle, il livre sa propre version de cette « fin bizarre » : le Tesseract, une construction multidimensionnelle où le temps devient une dimension physique et géométrique. En louant ce film à l’âge adulte pour vérifier ses souvenirs d’enfance, Nolan prouve que les œuvres qui osent risquer le ridicule ou l’incompréhension pour proposer des visions plastiques radicales sont souvent celles qui s’ancrent le plus profondément dans l’esprit des futurs grands créateurs.

Chinatown – 1968

Chinatown

 » Avant de tourner The prestige ce que je voulais c’est projeter le public au début du siècle mais en faire une histoire contemporaine afin qu’il n’est pas l’impression d’être dans un film d’époque nous avons étudié pour cela des films comme Chinatown.” –Christopher Nolan

Cette réflexion de Christopher Nolan sur Chinatown (1974) de Roman Polanski éclaire sa méthode pour désacraliser le film historique. Pour Le Prestige, son objectif était d’éviter à tout prix le piège du « film en costumes » académique, figé et poussiéreux, qui crée une distance polie avec le spectateur. En prenant le chef-d’œuvre du néo-noir comme boussole, Nolan a trouvé la clé pour injecter une urgence et une modernité viscérales dans le Londres de l’époque victorienne. Dans Chinatown, Polanski filme le Los Angeles des années 1930 sans nostalgie ni romantisme. La caméra adopte une approche moderne, nerveuse, subjective (souvent à l’épaule de Jack Nicholson). Nolan applique exactement la même grammaire visuelle dans Le Prestige : la caméra est immersive, mobile, et capte le tournant du XXe siècle avec l’énergie brute d’un thriller contemporain, comme si les événements se déroulaient sous nos yeux. Chinatown brille par son refus du spectaculaire historique artificiel ; les décors et les costumes ont une texture, une usure quotidienne. Pour raconter la guerre psychologique entre Robert Angier et Alfred Borden, Nolan applique cette même rigueur. Le Londres du Prestige n’est pas une carte postale brumeuse, c’est une ville industrielle électrique, sale, nocturne et dangereuse. Au-delà de l’esthétique, Chinatown est le récit d’une machination implacable où le protagoniste s’enfonce dans un labyrinthe de faux-semblants qui le dépasse. C’est précisément cette trajectoire de thriller psychologique paranoïaque que Nolan transpose dans l’univers de la prestidigitation, transformant un drame d’époque en un puzzle moderne et cruel.

Star Wars – 1977

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Nolan avait 7 ans en 1977 lors de sa sortie au cinéma, et il a souvent raconté que l’expérience avait littéralement redéfini son rapport au monde. Cette dualité entre Han Solo et Luke Skywalker est d’ailleurs fascinante quand on analyse son œuvre de cinéaste. Le fantasme (Han Solo) : Le héros cool, cynique, solitaire et pragmatique, un peu à l’image de certains de ses protagonistes comme Cobb (Inception) ou le Batman de Christian Bale. La réalité intime (Luke Skywalker) : Le jeune homme idéaliste, propulsé dans un univers immense qui le dépasse, cherchant à comprendre sa place et son héritage familial. C’est le cœur émotionnel que Nolan injectera des décennies plus tard dans la quête spatiale de Cooper dans Interstellar. Au-delà de l’anecdote, cette « plus grande expérience de spectateur » est devenue le moteur de sa carrière : son obsession pour le format IMAX, le sound design immersif et le grand spectacle analogique n’ont qu’un seul but, celui de recréer chez le public d’aujourd’hui ce choc sensoriel absolu qu’il a ressenti, enfant, face à l’écran en 1977.

The Hitcher – 1986

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« Adolescent je n’ai jamais remis en question la logique de ce thriller des années 80, mais maintenant il semble complètement arbitraire au niveau du déroulement de l’intrigue. Pourtant il contient une performance sous-estimée de Rutger Hauer, à son meilleur dans le registre de l’euro-psychopathe. » – Christopher Nolan

Il est passionnant de voir Christopher Nolan s’attaquer à ce monument du cinéma de genre qu’est The Hitcher (Hitcher, 1986) de Robert Harmon. Cette analyse révèle une fois de plus sa dualité de spectateur : une admiration intacte pour la présence magnétique des acteurs, tempérée par un regard de cinéaste devenu exigeant sur la rigueur structurelle. Cette citation cristallise parfaitement l’appréciation de Nolan pour ce film, souvent considéré comme une œuvre culte de la série B. Le choix de Rutger Hauer est central. Dans le registre de l’« euro-psychopathe », Hauer apporte une dimension presque surnaturelle à son personnage de John Ryder. Il ne se contente pas d’être un tueur ; il devient une force de la nature, une abstraction de la malveillance qui hante les routes désertes. Nolan, qui accorde une importance capitale à la figure de l’antagoniste (pensons au Joker d’Heath Ledger), reconnaît ici la puissance de cette performance qui transcende un scénario parfois jugé bancal. Nolan souligne ici une évolution typique de son regard. Adolescent, le film fonctionnait comme un pur exercice de tension sensorielle et de terreur frontale. Adulte, il décèle les ficelles, le caractère « arbitraire » du déroulement cette manière dont le tueur semble être partout à la fois, défiant toute logique de temps et d’espace. Pour un réalisateur dont le travail repose justement sur des structures temporelles et logiques bétonnées, The Hitcher représente probablement un cas d’étude fascinant : comment un film dont la mécanique narrative est défaillante peut-il conserver, malgré tout, une telle force de frappe émotionnelle ? C’est cette capacité à isoler la qualité brute d’une performance celle de Hauer au-delà des lacunes d’un script, qui définit la cinéphilie généreuse de Nolan. Il ne cherche pas des films parfaits, mais des films qui possèdent une âme, une tension ou une image qui, une fois gravée dans la rétine, ne s’efface jamais.

Laurence d’Arabie (Lawrence of Arabia) – 1962

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Pour sa défense du tournage sur pellicule (par rapport au tournage en haute def moins onéreux) , Nolan a déclaré : “Si David Lean était prêt à amener sa camera  65mm dans le désert pour obtenir un plan pour  ‘Laurence d’ Arabie’ je ne vois pas comment on peut me dire qu’il est trop onéreux d’en amener une sur un plateau de cinéma!”. Cette déclaration résume à elle seule toute la philosophie de Christopher Nolan : le refus du compromis technique au nom de la commodité ou des économies de studio. Pour lui, la pellicule argentique et tout particulièrement le grand format 65mm / IMAX n’est pas une nostalgie du passé, mais le sommet absolu de l’image de cinéma, une qualité qu’aucun capteur numérique ne peut encore égaler en termes de colorimétrie et de profondeur. En convoquant la figure de David Lean et le tournage titanesque de Lawrence d’Arabie en 1962, Nolan rappelle une vérité essentielle sur l’ambition artistique : si les pionniers ont surmonté des conditions extrêmes (la chaleur du désert de Jordanie qui faisait fondre la pellicule, le poids des caméras Super Panavision 70, la logistique insensée) pour offrir aux spectateurs une expérience visuelle immortelle, les arguments modernes sur le coût ou la lourdeur du matériel sur un plateau tout confort deviennent instantanément futiles. Pour Nolan, le cinéma est un art de l’impact et de l’échelle. Si un réalisateur n’est pas prêt à se battre pour offrir la plus belle image possible sur le plus grand écran possible, il renonce à l’essence même du grand spectacle.

Au service secret de sa Majesté (On Her Majesty’s Secret Service) – 1969
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Il a confié à David Goyer co-scénariste de la saga Dark Knight qu’il s’agissait de son James Bond favori, la séquence de la forteresse des neiges d’INCEPTION lui rend hommage. « George Lazenby n’est le James Bond préféré de personne mais pour moi c’est cet anonymat au centre d’une production aussi sophistiqué permet de montrer à quel point la machine Bond fonctionnait à plein régime: superbe montage et photographie, une musique incroyable, des décors somptueux. C’est le plus romantique de la série et a en plus, une fin tragique  » – Christopher Nolan L’hommage qu’il lui rend dans le troisième acte d’Inception est une évidence absolue pour les amateurs de la saga. La mission dans la forteresse enneigée, avec les combinaisons de ski blanches, les fusillades en haute montagne et l’assaut d’un complexe fortifié et isolé, est une transposition directe et revendiquée de la longue séquence se déroulant au sommet du Piz Gloria dans le film de Peter Hunt. Au-delà de la simple référence visuelle, cette admiration explique également la structure dramatique de l’œuvre de Nolan.À l’instar d’un James Bond brisé par la mort de sa femme Tracy à la fin d’Au service secret de Sa Majesté, les protagonistes noliens sont presque toujours hantés par le deuil ou la perte de l’être aimé. La trajectoire de Cobb dans Inception, incapable de lâcher prise sur le souvenir de Mal, est le prolongement direct de cette mélancolie inattendue dans le cinéma d’espionnage. Le film de 1969 est réputé chez les cinéastes pour son montage extrêmement moderne, nerveux et fragmenté lors des scènes d’action. Nolan et son monteur attitré de l’époque, Lee Smith, s’en sont largement inspirés pour dynamiser les différents niveaux de temporalité des rêves dans Inception.

L’L’Homme qui voulut être roi (The Man Who Would Be King

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« Quand  je repense aux films qui m’ont  influencés  la plupart comme, The Man Who Would Be King – un film fantastique – ont été des échecs commerciaux. »- Christopher Nolan

Cette confidence de Christopher Nolan sur L’Homme qui voulut être roi (The Man Who Would Be King, 1975) de John Huston révèle une facette essentielle de sa vision du cinéma : pour lui, la valeur artistique et l’impact durable d’une œuvre ne se mesurent jamais à l’aune de son box-office. Ce film d’aventure colonial, porté par le duo impérial Sean Connery et Michael Caine (qui deviendra plus tard le talisman de Nolan), a été un échec commercial retentissant à sa sortie, mais il a profondément marqué l’imaginaire du jeune Nolan. On peut d’ailleurs tracer des lignes directrices très nettes entre ce chef-d’œuvre de John Huston et la filmographie de Nolan. L’hubris et la folie des grandeurs : Le film raconte l’histoire de deux anciens soldats britanniques qui décident de s’aventurer dans les contrées inexplorées du Kafiristan pour en devenir les rois, avant que leur propre ambition et leur sentiment d’omnipotence ne causent leur perte. Cette trajectoire tragique d’hommes brillants mais aveuglés par leur propre génie ou leur obsession est le cœur battant du cinéma de Nolan, de la quête obsessionnelle de Robert Angier dans Le Prestige à la dualité morale de J. Robert Oppenheimer ou Ulysse. En réhabilitant ces « échecs magnifiques », Nolan rappelle que l’ambition démesurée d’un cinéaste, même lorsqu’elle ne rencontre pas immédiatement son public, laisse une empreinte indélébile que le temps finit toujours par donner raison.

Topkapi – 1964

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« Je n’ai aucune idée du consensus critique sur ce film mais dans la catégorie des films ou la forme prime sur le fond celui-ci est parfaitement divertissant. Je l’adore non seulement pour la scène si souvent imité du cambrioleur suspendu au plafond par des câbles mais aussi pour la performance incroyablement comique de Peter Ustinov « – Christopher Nolan

Cette citation révèle son amour pour le pur divertissement mécanique et son appréciation du cinéma en tant qu’art de l’illusion et de la performance. On peut tirer plusieurs parallèles fascinants entre ce chef-d’œuvre de la comédie de braquage et la façon dont Nolan conçoit son propre cinéma. En qualifiant Topkapi de film où « la forme prime sur le fond », Nolan célèbre la mise en scène comme une fin en soi. Le plaisir du spectateur ne naît pas d’une grande thèse philosophique, mais de la virtuosité géométrique d’un plan. C’est précisément l’approche qu’il adoptera des décennies plus tard dans Tenet ou dans certaines séquences d’Inception, où la clarté conceptuelle d’une action physique devient le moteur principal de l’excitation cinématographique. La scène légendaire du cambrioleur suspendu au plafond pour voler la dague incrustée d’émeraudes sans toucher le sol sensible à la pression est le chaînon manquant du cinéma de braquage (qui inspirera directement Brian De Palma pour Mission: Impossible). Nolan, fasciné par la logistique, le timing et la préparation minutieuse, transpose cette obsession de la précision millimétrée dans l’architecture de ses propres casses mentaux, notamment lors du casse de la chambre forte au début d’Inception. Son admiration pour la performance de Peter Ustinov (qui a d’ailleurs remporté l’Oscar du meilleur second rôle pour ce film) montre que Nolan est sensible à la rupture de ton. Ustinov y incarne un petit escroc lâche et maladroit, dépassé par les événements. Même si le cinéma de Nolan est souvent perçu comme très sérieux, il a toujours veillé à ancrer ses récits les plus complexes par des touches d’humour ou de détachement ironique, souvent confiées à des figures de mentors ou d’alliés spirituels (incarnés par Michael Caine ou par les traits d’esprit de Tom Hardy dans Inception).

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