Spider-Man Homecoming [Critique] La Folle Journée de Peter Parker – (B+)

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Spider-man revient dans sa troisième réincarnation cinématographique toujours chez Sony mais cette fois ci sous le contrôle créatif des équipes de Marvel Studios ce qui lui permet de retrouver son univers d’origine. Que vaut ce retour au bercail pour le tisseur ?

Octobre 2014, Amy Pascal dirigeante de Sony Pictures reçoit une offre inédite du PDG de Marvel Entertainment Ike Perlmutter  : laisser Marvel Studios (propriété de Disney) produire pour Sony, propriétaire des droits cinématographiques du personnage, une nouvelle série de films Spider-man. D’abord hésitante les résultats d’Amazing Spider-man 2 pas à la hauteur des attentes du studio (708 millions là au lieu du milliard espéré)   puis  le président de Marvel Studios Kevin Feige finissent par la convaincre  : Sony conserve les droits , finance, distribue et assure la promotion du film mais Marvel prend en charge  l’aspect créatif et peut utiliser le personnage dans son univers partagé. Quand le scandale du « Sony Hack » provoque le départ d’Amy Pascal  elle hérite du titre de productrice sur les futurs films en solo. Marvel Studios ne perd pas de temps et caste le nouveau Spider-man en la personne de l’anglais Tom Holland  (The Impossible) et l’utilise dans Captain America : Civil War tout en préparant le nouvel opus confié à Jon Watts (Cop Car). Pour marquer l’entrée de Spidey dans le MCU  Robert Downey Jr. reprend son rôle d’Iron Man et  c’est l’ex Batman Michael Keaton qui endosse le rôle du  bad-guy le Vautour.

Deux refrains se font immédiatement entendre à propos du film « Spider-man sans Sam Raimi ne vaut rien » et  « Marvel Studios c’est du « junk cinema » ». Aussi grand que soit le talent de Sam Raimi, Spider-man est un personnage qui a vocation a être interprété, comme il le fut durant cinquante cinq ans ans dans les comics, par différents artistes sans que ces nouvelles visions ne remettent en cause la place de sa trilogie. Indubitablement les films Marvel Studios ont des lignes directrices artistiques qui leur donnent un  style commun qui a quand même garanti jusqu’à présent un niveau de qualité que peu de franchises peuvent se targuer de soutenir si longtemps.

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On retrouve donc un Spider-man d’à peine quinze ans ans qui,  après son expérience dans Captain America Civil War , que Watts nous résume  au travers de vidéos prises de son point de vue avec son smartphone,  a bien du mal à revenir dans son lycée du Queens,  rêvant de rejoindre les Avengers plutôt que de se coltiner les préparations du club de débat, ses cours et les moqueries de Flash Thompson. Mais le crime dans le Queens se résume à des vols de vélos mais  bientôt  le braquage d’une banque va le mettre sur la piste d’un gang mené par Adrian Toomes (Michael Keaton) qui trafique des armes dérivées de technologies alien récupérées sur le site de la bataille de New York contre Loki…

Le Homecoming du titre est un jeu de mots qui fait référence à une tradition américaine où  collégiens et  lycéens se retrouvent , généralement  fin septembre ou début octobre, pour accueillir les anciens élèves puisque cette nouvelle trilogie chronique les années lycées de Peter Parker. C’est aussi un clin d’œil  à l’arrivée du personnage dans l’univers Marvel sa « maison ». Une note d’intention suivie à la lettre pour  définir ce que sera le personnage au sein du Marvel Cinematic Universe (MCU) reprenant une formule que le studio emploie  régulièrement : filtrer les tropes du film de super-héros à travers le prisme d’un autre genre très codifié – film de casse pour Ant-man, thriller paranoïaque pour Captain America Le Soldat de l’Hiver, space-opera pour Les Gardiens de la Galaxie –  ici  le teen-movie tel que l’a défini John Hughes (un gag visuel basé sur un extrait de La Folle journée de Ferris Bueller lui rend un bel hommage). La dualité du super-héros reflète celle de l’adolescent qui cherche à concilier ce qu’il est avec ce qu’il voudrait être : il ne trouve pas la force de parler à la fille qu’il aime Liz (Laura Harrier ) comme Peter Parker  mais une fois en costume , il a soudainement la confiance nécessaire pour flirter avec la mort. Si le film n’est pas une nouvelle « origin story » il n’en reste pas moins, teen-movie oblige, une histoire de passage à l’age adulte qui permet tout de même au jeune héros de recevoir une leçon sur les (grandes) responsabilités qui viennent avec ses (grands) pouvoirs et son nouveau super-costume désigné par son mentor Tony Stark, un Robert Downey Jr. que le film contrairement à ce que laisse penser son marketing sait utiliser avec parcimonie et donc efficacité.

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Tony Stark (Robert Downey Jr.) et son stagiaire Peter Parker (Tom Holland)

Si les films de Sam Raimi tiraient leur inspiration des comics de la période Steve Ditko et John Romita (et souffraient de s’en éloigner comme dans Spider-man 3) ce sont les Ultimate Spider-Man de Brian Michael Bendis  et leur relecture contemporaine des premières aventures de Spider-man qui servent de substrat au film de  Jon Watts – même si une séquence du film est directement inspirée par un des moments les plus célèbres de la période Lee/ Ditko (Amazing Spider-Man #33). On y retrouve la même volonté de réinterprétation ses premiers vilains (ici le Vautour bien sur mais aussi le Tinkerer et le Shocker), certains éléments comme une Tante May (Marisa Tomei) plus jeune (et sexy ce qui sert de base à un des gags les plus drôle du film) ou son meilleur ami Ned (Jacob Batalon) modelé sur le personnage de Ganke qui tient le même rôle auprès de Miles Morales le second Spider-Man, qui fera l’objet d’un film d’animation en 2018.

Pour se distinguer des films précédents et parce qu’ils savent que cette nouvelle série de films aura sans doute le temps de développer sur la durée les différentes facettes du personnage, Watts et ses scénaristes ont choisi de faire de Homecoming une comédie d’action plutôt que de  l’orienter vers le drame  comme le faisaient les films de Sam Raimi et Marc Webb, l’un par nécessité de faire une synthèse des grands arcs du personnage l’autre après une tentative de réviser les origines du héros dans le premier Amazing Spider-man  pour retrouver l’esprit des films de Raimi. On échappe ainsi pour la première fois en 17 ans, non seulement au spectre de l’oncle Ben  mais aussi à l’attraction qu’exerçait l’histoire des Osborns et de la mort de Gwen Stacy sur la franchise. De la même façon qu’il ramène Parker au collège mettant développant un nouveau groupe de personnages , il sort Spider-man des canyons de verre de Manhattan pour le placer  dans de nouveaux environnements : la banlieue new-yorkaise où les buildings pour tisser sa toile sont rares (ce qui donne lieu à un gag très efficace)  et même lui offre une excursion à Washington. L’inclusion du personnage dans le MCU facilite cette tache ouvrant d’autres perspectives de développement pour Spidey.

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Tom Holland, Michael Keaton et le metteur en scène Jon Watts

Mais cette intégration de Spider-man dans le MCU sert non seulement le film mais enrichi l’univers en retour, nous en donnant une vision du  point de vue de l’homme de la rue. Il montre des enfants qui grandissent dans un monde ou les super-héros existent, où la bataille de NYC de Avengers tel le onze septembre est un événement qu’ils étudient en classe et ou Captain America est la vedette d’hilarantes vidéos pédagogiques. Les conséquences des événements d’ Avengers donnent aussi sa motivation au méchant principal du film, un criminel en « col bleu »,  contremaître dont l’équipe  a été écarté des opérations de nettoyage. Michael Keaton lui apporte toute son intensité et sa rage contenue sans perdre son humanité même quand il endosse son costume de Birdm..Vautour.  La plupart des premiers ennemi de Spider-man dans les comics sont des voleurs et des gangsters bénéficiant de gadgets , les armes récupérées sur le site de la bataille de New York  justifient ainsi comment des armes aussi avancées ont pu atterrir dans les mains de petits criminels. Si le cadre et l’histoire sont familiers, le film trouve une fraîcheur nouvelle dans son casting:  Tom Holland fait en quelques sortes la synthèse des deux interprètes précédents  aussi à l’aise dans les deux facettes du personnage même si en dépit d’une présence attachante son Peter Parker manque encore de la gravité qui habite le personnage. Mais c’est aussi un des nombreux avantages de cette nouvelle trilogie qui s’annonce de pouvoir nous offrir film après film un Peter Parker qui va pouvoir évoluer. Il partage un lien crédible et chaleureux avec Jacob Batalon, Tony Revolori (Grand Budapest Hotel) est un Flash Thompson atypique mais drôle et Zendaya  actrice issue du Disney Channel  dans le rôle de l’ironique Michelle tire à chaque fois le meilleur de chacune de ses répliques et  réactions.

Nous avions apprécié la mise en scène de son précédent film Cop Car qui semblait déjà très assurée, Jon Watts confirme être un cinéaste talentueux qui a la capacité de coordonner à la fois l’action  (dont deux scènes majeures) et la comédie slapstick  , de tirer le meilleur de ses acteurs  tout en maintenant au cœur de cette immense machine malgré tous ses éléments une cohérence et une unicité de ton. Ce talent dépasse la simple technique et lui assure une place dans le domaine du cinéma de divertissement hollywoodien. La palette colorée de Salvatore Totino (L’Enfer du dimanche,Da Vinci Code) convient tout autant  à l’univers du comic-book que du teen-movie, le montage de Dan Lebendal (sociétaire de Marvel Studios puisqu’il a officié depuis Iron Man sur cinq films dont Ant-man le film du studio qui se rapproche le plus de Homecoming) assure un rythme tonique indispensable à l’ensemble. Le score de Michael Giacchino manque d’un thème vraiment marquant même si sa relecture orchestrale du générique du dessin-animé est fantastique.

Conclusion : Spider-man Homecoming est une comédie d’action enlevée dont l’humour omniprésent ne verse jamais dans la parodie et qui assume pleinement sa nature de « Marvel movie ». C’est même un des films du studio qui exploite le mieux l’univers partagé tout en étant parfaitement autonome. Spider-man est entre de bonnes mains il est chez lui!

Ma Note : B+

Spider-man : Homecoming de Jon Watts (sortie le 12/07/2017)

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