THE LAST BOY SCOUT (Critique) 30e Anniversaire

Quand le tournage de Le Dernier Samaritain (The Last boy Scout) débute en mars 1991 tout laisse à penser que c’est la chronique d’un carton assuré : la plus grande star du moment, Bruce Willis, le héros de Die Hard qui tourne sous la direction de Tony Scott le réalisateur de Top Gun, le nouveau script de Shane Black, le jeune prodige auteur de l’Arme Fatale (acheté pour un prix record à l’époque de 1.75 millions de $) pour le plus grand producteur d’action Joel Silver (Die Hard, Predator). Mais contrairement aux apparences le projet a tout d’une bouée de sauvetage pour ses participants, désespérés de retrouver un peu de leur crédit après une série d’échecs retentissants. Willis depuis les cartons successifs des deux premiers Die Hard et de Allô maman, ici bébé (où il double le fameux bébé) accumule les flops. Si ceux de ses tentatives dramatiques (Le Bûcher des vanités, Billy Bathgate ou Pensées mortelles) ne peuvent lui être directement imputés, celui du coûteux Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur dont il est à l’initiative pèse sur sa réputation. Joel Silver qui a produit le film a lui aussi grandement besoin de se refaire, ses autres productions du moment Les Aventures de Ford Fairlane, Predator 2 et Ricochet s’étant elles aussi crashées au box-office. Quand à Tony Scott , après l’enchainement de hits Top Gun- Beverly Hills Cop II l’année 90 et les fours de Jours de Tonnerre et Revenge le laissent lui aussi cabossé. Mais le plan ne se passe pas du tout comme prévu, avec un tournage catastrophique miné par des conflits entre ces mâles alphas au bord de la crise de nerfs. Joel Silver est omniprésent sur le plateau en état de rage permanent face aux méthodes de Tony Scott qui tournent des kilomètres de films avec plusieurs caméras simultanées. La rancœur de Scott à l’époque est si forte qu’il fera de Silver le modèle du ridicule producteur cocaïné incarné par Saul Rubinek dans son True Romance . Il reviendra peu avant sa mort sur le film qu’il juge inférieur au script du fait de l’absence d’une seule force créative, Bruce Willis et Joel Silver ayant le pouvoir de prendre des décisions, entravant sa propre capacité à contrôler le film. Silver et Warner voulaient un nouveau Die Hard pour Willis mais le script de Shane Black est à la base une histoire de détective plus proche du roman noir que du film d’action, obligeant Black a de multiples réécritures sur le tournage pour ajouter des scènes d’action et un final spectaculaire. Willis est mécontent de ces révisions car il juge les motivations de son personnage trop proches de celles de John McLane provoquant d’autres réécritures. Comble de malheur les relations entre Willis et Damon Wayans, jeune acteur de comédie révélé par Saturday Night Live et le show comique In Living Color (qui révéla également Jim Carrey) que le studio voit comme le prochain Eddie Murphy, sont calamiteuses. La post-production est également catastrophique les deux monteurs Mark Goldblatt (Terminator, Commando , Terminator 2 – Le jugement dernier, Armageddon, Starship Troopers) et Mark Helfrich (Predator, Rambo II) sans doute deux des meilleurs monteurs d’action de tous les temps et collaborateur réguliers de Silver ne parviennent pas à donner du sens à la la montagne de pellicule produite par Scott. Inquiet par le budget galopant Warner Bros. démarre les projections tests du film avant qu’il ne soit fini, elles sont catastrophiques, le public ne comprend pas l’intrigue et trouve le personnage de Willis antipathique. C’est un autre grand monteur de film d’action Stuart Baird (L’arme fatale, 58 minutes pour vivre, Demolition Man, Casino royale et Skyfall ) qui est appelé au secours et remonte le film de bout en bout mais ne parvient pas à le sauver alors qui sort à Noël et déçoit gagnant moins que l’Arme Fatale malgré un cout de production supérieur. Pourtant le film va trouver son public en vidéo et va développer bientôt un culte, beaucoup le considérant comme l’un des meilleurs films de Scott. L’explication est paradoxale, c’est sans doute les éléments que le studio a essayé de retirer du script de Black qui explique sa longévité.

Why the Bruce Willis action film The Last Boy Scout is still a blast

Quand on découvre Joe Hallenbeck (Bruce Willis) dans le film il se réveille avec un groupe d’enfants qui essaye de voler sa montre et qu’il fait fuir en les menaçant de son arme. Il a la gueule de bois, il est dans sa voiture avec un écureuil mort sur lui et rentre chez lui pour trouver son épouse au lit avec son associé. Les spectateurs des projections test n’ont pas tort, c’est un personnage antipathique, en apparence un loser aigri. Mais Joe Hallenbeck n’est pas un action-hero mais une incarnation de l’archétype du privé au bout du rouleau, alcoolique et désabusé dont la vision cynique du monde vient d’un idéalisme déçu, un personnage de roman noir hard boiled cette littérature de gare que Black a toujours vénéré, dans la lignée de Raymond Chandler et Ross McDonald. Embauché pour protéger une strip-teaseuse Cody (Halle Berry), alors que Joe est brièvement distrait, par une bande de gangsters hargneux, elle rejoint son petit ami Jimmy Dix (Damon Wayans) un ancien quarterback de haut niveau suspendu pour usage de stupéfiants. Quand elle est abattue par une escouade de tueurs, les deux hommes décident d’enquêter et vont mettre à jour un complot visant l’assassinat d’un sénateur américain qui va s’opposer à la légalisation des paris sportifs. A travers cette enquête les deux hommes vont chercher la redemption. Jimmy va devoir surmonter le chagrin d’avoir perdu sa femme, son enfant et maintenant sa nouvelle petite amie, se débarrasser d’une addiction à la cocaïne et trouver une nouvelle direction à sa vie. Hallenbeck doit restaurer sa dignité, regagner l’approbation de sa femme infidèle, venger la mort de son associé, sauver sa fille adolescente grossière (jouée avec brio par Danielle Harris vue dans quelques suites d’Halloween) et déjouer le complot du méchant, en sauvant la vie d’un homme qui a brisé sa carrière dans le Secret Service. On peut rattacher Le dernier Samaritain au courant du film noir qui a pris le nom de L.A Noir fait d’enquêtes labyrinthiques sous le soleil de la Cité des Anges qui en cache toutes les turpitudes et dont la matrice reste le Chinatown de Polanski . Les machinations autour de l’arrivée de l’eau à Los Angeles sont remplacées ici par celles d’un propriétaires de franchise de football américain pour faire légaliser les paris sportifs et Black tente de le moderniser en y mêlant naturellement, lui qui avec l’Arme Fatale a contribué à poser les codes du buddy-movie, un duo à la fois familier et original. Il tort la dynamique du duo du film de Richard Donner, le père de famille professionnel sérieux mais rangé et la tête brulée au bout du rouleau aux dons mortels. Ici c’est le père de famille qui est un ancien soldat d’élite et l’homme « ordinaire » est un solitaire brisé (il poursuivra ces variations sur ce tandem dans presque tous ses autres scripts d’Au revoir à jamais, Kiss kiss Bang Bang ou The Nice Guys). Il ajoute ici une dynamique père-fils. Black soigne les dialogues non seulement de son duo mais aussi du moindre second rôle allant jusqu’au plus petit homme de main. Ils sont tous mémorables, drôles et percutants et contribuent à la longévité du film. On peut voir le script comme le brouillon de sa première réalisation l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, avec de nombreux points communs entre les deux comme une confrontation sur l’autoroute qu’il semble avoir voulu rectifier par rapport au film de Scott. La seule faiblesse du scénario se trouve sans doute dans son manque de rôles féminins forts (à l’exception notable du rôle de la fille d’Hallenbeck), le film sera d’ailleurs accusé de misogynie, ses personnages féminins souvent impuissantes, sacrifiées ou abusées se partagent entre femmes adultères et strip-teaseuse. Pour sa défense ce traitement correspond à l’univers du film noir et les personnages masculins ne sont guère plus gratifiants. Le traitement le plus problématique est sans doute celui de l’épouse d’Hallenbeck qui trompe son mari, l’humilie, puis devant ses actes héroïques le supplie de la pardonner et de la reprendre. Pourtant dans le script original la femme de Joe était plus active dans l’intrigue, c’est même elle qui abat le tueur Milo et sauve son mari. Mais elle fera les frais de la modification radicale de la seconde moitié du film et des changements demandés par Silver et la Warner. Comme pour corriger le tir, Black fera d’une femme forte la star de son scénario suivant l’excellent mais mésestimé Au revoir à jamais.

Le rôle de Joe Hallenbeck semble taillé sur mesure pour Willis qui pouvait à l’époque paraitre à la fois dangereux, goguenard, largué et être authentiquement drôle. Une scène synthétise ces qualités, celle qui le voit se moquer d’un homme de main qui le passe à tabac, menacer de le tuer, puis mettre sa menace à exécution : un seul coup de paume laisse sa victime humiliée et morte. Sa manières de dire les inimitables dialogues de Shane Black est parfaite. Damon Wayans pour ses débuts au cinéma parvient à tenir le rythme des échanges verbaux face à Willis, en dépit de la cadence infernale des dialogues staccato de Black (et des relations tendues avec son partenaire) et compose une figure attachante et même émouvante dans de beaux moments dramatiques comme le monologue sur son fils mort-né. Sans doute l’échec du film brisa une carrière prometteuse. Si le personnage de Milo le tueur psychotique dont le gimmick est d’appeler tous les personnages par leur prénom complet n’est pas aussi effrayant que le M. Joshua de Lethal Weapon, Taylor Negron en le jouant tout en retenu, impassible, en fait un adversaire inquiétant même si il ne présente pas une menace physique immédiate et son châtiment final dans les pales d’un hélicoptère quand enfin Hallenbeck parvient à lui faire perdre son sang-froid, est très satisfaisante. Seul élément décevant le méchant principal, Shelly Marcone (Noble Willingham) un magnat du football avide coiffé d’un stetson dont le plan visant à légaliser le jeu sportif pour accroître l’intérêt pour son équipe en déclin n’est tout simplement pas assez grandiose. Malgré un tournage difficile, en grand styliste qu’il était Tony Scott soigne le look du film auquel il donne une texture élégante de neo-noir, en particulier dans la première moitié du film. Même si style visuel de Scott s’efface à mesure que le film s’approche de son final, le rythme est si soutenu qu’on n’y prête pas forcement attention. Sur le front de l’action, Scott nous offre plusieurs scènes mémorables gérées de manière experte, de l’embuscade dans la ruelle qui rappelle le cinéma de John Woo qu’Hollywood découvre à cette époque à l’exécution dans la forêt, jusqu’au au chaos du troisième acte. L’action est inventive, amusante et violente avec un sentiment constant d’escalade.

Conclusion : Tendu, rapide, violent, plein d’action et animé par un superbe script qui vous fera sourire, rire et réciter longtemps ses dialogues Le Dernier Samaritain est l’un de ces joyaux sous-estimés du début des années 90, réalisé juste avant l’éclatement de la bulle du héros d’action classique, tué par les effets numériques et l’avènement du super-héros.

Ma note : A-

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