SPIDER-MAN : NO WAY HOME (2021)

Le cliffhanger sur lequel s’était achevée la précédente aventure de la version de Spider-Man incarnée par Tom Holland – née d’un accord historique entre Sony Pictures, détenteur des droits cinématographiques du personnage, et Marvel Studios (propriété de Disney) – la révélation de l’identité secrète du tisseur par son adversaire Mysterio au moment de sa mort, laissait augurer d’un prochain opus différent. Mais jamais on n’aurait pu imaginer, trois ans en arrière, que ce troisième volet prendrait une ampleur inédite grâce à la présence de Docteur Strange (Benedict Cumberbatch) et aux talents de négociatrice de la productrice Amy Pascal, avec le retour de personnages issus des précédentes incarnations de la franchise, notamment trois des méchants de la trilogie de Sam Raimi et deux vilains des films de Marc Webb. Spider-Man: No Way Home s’ouvre quelques minutes à peine après la conclusion de Spider-Man: Far From Home. Peter Parker est accusé du meurtre de Mysterio (Jake Gyllenhaal), qui a révélé au monde qu’il était Spider-Man par une campagne médiatique menée par J. Jonah Jameson (J.K. Simmons). En plus des problèmes juridiques auxquels il fait face, Peter, ses amis et sa famille voient leur vie entière plongée dans le chaos. Pour les sortir de cette situation, Peter demande de l’aide au Docteur Strange, son allié de la guerre de l’infini, qui se propose d’utiliser un sort pour faire oublier à tous l’identité secrète du héros. Malheureusement, l’incantation tourne mal, faisant pénétrer dans le MCU des adversaires de Spider-Man issus d’autres univers. Peter doit donc trouver un moyen de les y renvoyer, tout en leur donnant une seconde chance, la plupart ayant succombé face à leurs versions du super-héros.

Le concept de multivers, ironiquement plus souvent attaché à DC Comics qu’à Marvel, est devenu l’axe principal de développement du MCU post-saga de l’Infinité, inauguré avec la série Loki de Disney+ (et qui se poursuivra dans Doctor Strange and the Multiverse of Madness de Sam Raimi). Ce dispositif scénaristique permet de mélanger des franchises distinctes à un niveau jamais vu auparavant, mais présente quelques écueils. Bien qu’il soit formidable pour les fans de longue date de voir resurgir des personnages marquants et de continuer leur développement, on risque de perdre le fil de la version actuelle du personnage incarné par Tom Holland. Malgré les attentes démesurées qu’éveille le retour de personnages iconiques et de leurs interprètes, le scénario de Chris McKenna et Erik Sommers (Jumanji, Ant-Man et la guêpe) parvient à trouver le bon équilibre en se concentrant sur ce qui fait l’essence du personnage. Ils trouvent un angle astucieux dans le fait que la plupart des méchants des précédents films sont morts dans leur réalité respective en affrontant le héros. Le dilemme qui se pose ici à Peter semble sorti d’un comic-book classique : en voulant sauver ses vilains alors qu’il serait plus simple de les renvoyer dans leur dimension pour mourir, Peter décide de faire ce qui est juste plutôt que de choisir la facilité. Ses actions ont des ramifications pour lui et ses proches, mettant l’adolescent à l’épreuve comme jamais auparavant. La mise en scène de cette aventure, qui se déroule au moment où Peter va quitter le lycée, traduit la peur que chacun connaît de voir ses amis l’oublier, notamment lors de l’hésitation que Parker ressent au moment où Strange va jeter son sort. On a beaucoup critiqué le fait que la proximité de Peter Parker avec l’héritage de Tony Stark dans le MCU l’éloignait des racines du personnage. Cependant, sans cela, la conclusion de No Way Home n’aurait sans doute pas été aussi satisfaisante. Bien que la première partie soit moins fluide car elle doit mettre en place les enjeux et introduire ses antagonistes, lorsque le film abat enfin toutes ses cartes, il se montre à la hauteur des attentes. Malgré les multiples méchants, personnages principaux et intrigues, chaque protagoniste a son moment sans que le film apparaisse surchargé. L’humour y est très présent, mais il a toujours fait partie de l’essence de Spider-Man. Quand le film devient plus sérieux, l’humour s’ajuste en conséquence, naissant de la dynamique entre les personnages sans saper les moments émouvants du film. Évidemment, certains reprocheront au film son fan service, mais Watts et ses scénaristes utilisent ces références méta de manière à la fois drôle et émouvante. Bien que le film soit présenté comme un événement massif à l’échelle de la franchise Spider-Man, semblable à Avengers: Endgame, Jon Watts et son équipe ont l’intelligence de conserver sa légèreté et, malgré des moments de drame et d’émotion, aspirent à être avant tout un grand divertissement, un event-movie familial qui capture vraiment l’esprit des numéros doubles ou des annuals des comic-books.

Comme toute bonne histoire de Spider-Man, No Way Home confronte Peter Parker à des défis toujours plus grands pour tester ses limites et éprouver ses valeurs, quel qu’en soit le prix. Cela donne à Tom Holland l’occasion d’explorer une large palette d’émotions, entre spontanéité juvénile et gravité. Il partage un lien crédible et chaleureux avec Jacob Batalon, et sa relation avec Zendaya, parfaite de naturel en MJ, est touchante et romantique. En se concentrant sur les principaux personnages présents dans le marketing, les vilains de la trilogie de Sam Raimi, Green Goblin (Willem Dafoe) et Doc Ock (Alfred Molina), sont ramenés à leur apparence d’il y a 20 ans grâce aux effets de maquillage numérique ou physiques. Les acteurs semblent prendre plaisir à ce retour inespéré, offrant des performances qui sont des extensions de leurs arcs narratifs dans leurs films respectifs. Le personnage d’Electro, toujours incarné par Jamie Foxx, connaît un relooking complet qui lui permet de s’inscrire dans cette nouvelle dynamique, l’expression de ses pouvoirs évoquant le visuel du méchant des comics. L’écriture de son personnage est également bien meilleure, le rendant crédible en tant qu’antagoniste.Les films de Spider-Man version Tom Holland ressemblent beaucoup à la série Marvel Team-Up, le premier titre dérivé d’Amazing Spider-Man, qui présentait à chaque numéro le héros en tandem avec d’autres personnages de la firme. Après Iron Man dans Spider-Man: Homecoming et Nick Fury dans Spider-Man: Far From Home, c’est au tour du Doctor Strange de faire équipe avec le tisseur. Benedict Cumberbatch joue son rôle avec plus de malice et d’humour que dans ses apparitions précédentes, mais cette version correspond parfaitement au ton du film. Strange n’est pas ici un mentor ou une figure paternelle pour Peter comme l’était Tony, mais ils ne sont pas tout à fait égaux non plus.

Bien que la mise en scène de son premier film, Cop Car, ait semblé très assurée, Jon Watts n’apporte pas ici d’identité visuelle propre à son film, reprenant les normes visuelles déjà en place dans les précédents films du studio. Aussi spectaculaire et réussi qu’il soit, l’affrontement entre Dr Strange et Spider-Man ne fait que reprendre les motifs établis par Scott Derrickson. Les séquences d’action sont massives et cinétiques, mais l’omniprésence des effets visuels numériques leur ôte de la viscéralité, à l’exception d’une confrontation brute et intense avec Green Goblin. Hormis quelques plans trop fugaces, le brillant directeur de la photographie Mauro Fiore (Avatar, Training Day) ne parvient pas à échapper à la malédiction de l’étalonnage des films Marvel, qui tend à uniformiser leur style visuel. Cependant, les attentes qui reposent sur le film se situent ailleurs, en particulier sur la représentation satisfaisante et les interactions de personnages familiers qu’on n’aurait jamais imaginé partager des scènes ensemble. Je parle bien sûr des précédents interprètes de Spider-Man, Andrew Garfield et le « OG » Tobey Maguire, qui font ici leur retour à l’écran. C’est un plaisir de les voir se glisser à nouveau dans le rôle (en particulier Garfield, qui n’a jamais été aussi bon dans le rôle que dans ces quelques minutes) et d’interagir avec la version de Tom Holland. Leurs échanges sont à la fois drôles, tendrement moqueurs et même émouvants lorsqu’ils évoquent le sort de leurs versions après les films. On est surpris de constater que les trois comédiens font preuve d’une telle entente ; le scénario leur donne à chacun un moment pour briller et offre une belle conclusion à leurs parcours. De ce point de vue, Watts confirme son talent pour la direction d’acteurs, que ce soit avec ses jeunes comédiens ou avec des vétérans comme Molina ou Willem Dafoe, qui semblent sincèrement s’amuser de leur retour dans l’univers Spider-Man, ramenant avec eux les tourments de Norman Osborn et la folie cruelle du Bouffon Vert. Évidemment, le retour de Tante May, incarnée par Marisa Tomei, trouve probablement son rôle le plus développé à ce jour. Elle contribue à ajouter un peu de gravité dans la deuxième partie du film pour amorcer le final. Le compositeur Michael Giacchino livre une partition formidable, mélangeant de façon harmonieuse tous les grands thèmes de l’histoire du personnage.

Conclusion : Spider-Man: No Way Home est un divertissement rythmé et léger. Malgré les multiples vilains et le poids du fan-service, le film parvient à trouver un bel équilibre entre la poursuite des aventures de Spidey dans le MCU et la célébration des 20 ans de l’univers cinématographique de Spider-Man.

Ma Note : B+

Un commentaire

  1. Un épisode à la croisée des générations qui réussit le pari de gérer harmonieusement la foule des personnages. Effectivement, la réalisation manque un peu d’audace visuelle (mais il y a ce superbe générique de fin) mais le scénario l’emporte largement, et surpasse dans le genre le poussif « Spider-Man 3 ».

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