IT FOLLOWS (2015)

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Le film de David Robert Mitchell, présenté en première au festival de Cannes, propose une variation inédite du slasher, mêlant drame indépendant et horreur à la manière de John Carpenter. L’histoire débute dans un quartier résidentiel paisible de la banlieue américaine, où une jeune fille en sous-vêtements s’échappe d’une maison, terrifiée par une présence invisible. Elle retourne brièvement à l’intérieur avant de reprendre la voiture familiale et de se rendre à la plage, où elle envoie un dernier message à sa famille. Au matin suivant, son corps brisé est découvert sur le rivage. Dès cette scène d’ouverture, It Follows établit les fondements d’une intrusion du surnaturel dans un cadre apparemment rassurant, accompagné d’une musique synthétique angoissante qui rappelle l’esprit des maîtres comme John Carpenter ou Wes Craven.

Avant même que le spectateur ait le temps de réaliser ce qui vient de se passer, il fait la connaissance de Jay (Maika Monroe), une jeune fille de 19 ans qui vit avec sa mère et sa sœur Kelly (Lili Sepe) dans la même banlieue. Elle entame une relation avec Hugh (Jake Weary), qui, après leur première nuit ensemble, la chloroforme et lui révèle qu’il lui a transmis une malédiction sexuellement transmissible. À partir de ce moment, Jay est suivie par une entité protéiforme, capable de prendre l’apparence de personnes familières ou de ses peurs enfouies. Cette entité se déplace lentement mais de manière inexorable, la retrouvant où qu’elle se cache. La seule façon pour Jay de se débarrasser de cette malédiction est de transmettre le fléau à un autre en ayant des relations sexuelles, comme Hugh l’a fait avec elle. Les règles de It Follows sont d’une simplicité terrifiante : l’entité, jamais nommée, vous suit toujours à pied. Bien qu’il soit possible de lui échapper brièvement en voiture, elle finit toujours par revenir. C’est dans l’exploration de ce concept que le film atteint son apogée, avec des plans larges impeccables où une silhouette se rapproche progressivement de l’héroïne, qui lui tourne le dos au premier plan.

Si It follows est si effrayant car le film (et c’est de plus en plus rare) fait PEUR c’est qu’il fait appel à une terreur primale enfouie qui n’a jamais rêvé d’être ainsi poursuivi dans ses cauchemars ? On sort de la salle soulagé tant Mitchell maintient la tension et le malaise malgré un dernier acte un peu bancal.Bien sur on peut voir dans It follows une allégorie des MST et une condamnation un peu puritaine de l’eveil à la sexualité même si celle-ci sauve ici autant qu’elle condamne.Le film ne se rattache pas à une catégorie précise du fantastique mais on y retrouve les empreintes thématiques et graphiques de nombreux maîtres.La démarche mécanique et la lenteur inexorable de l’apparition renvoie aux morts vivants de Romero.Le film lorgne vers le fantastique atmosphérique des débuts comme ceux de Jacques Tourneur   basé sur la suggestion , son film Rendez vous avec la peur adapté de l’histoire Casting the Runes fut un des premiers à traiter de la transmission « virale » d’une malédiction, qui nous renvoie à l’horreur japonaise de films comme  Ringu. On pense aussi aux  Griffes de la Nuit pour ses  jeunes banlieusard  Wasp confrontés à une menace surnaturelle et son aspect oniriqueou le passage du temps est flou , les figures parentales / adultes   quasi-absentes  qui rappellent le classique de Wes Craven.

Mais c’est évidemment l’ombre de John Carpenter qui domine le film sa grammaire visuelle (le décor rappelle l’Haddonfield d’Halloween, les apparitions bord-cadres ou en arriére plan de l’entité rappellent celle de Michael Myers) et sonore (le tres bon score retro-80’s au synthe de Disasterpeace ) est omniprésente dans It Follows. Il faut d’ailleurs noté l’emergence ces trois dernières années d’une véritable école de cinéastes qui se réclament de Carpenter Adam Wingard avec You’re Next et bientôt The Guest (avec aussi l’actrice Maika Monroe) ou Jim Mickle avec Cold in July. Mais l’esthétique que  Mitchell donne à son film , la façon élégiaque dont il filme ses jeunes protagonistes appartient tout autant à une certain cinéma indé américain de Gus Van Sant à Sofia Coppola. Grace aux talents de ses jeunes interprètes Mitchell donne à son film  beaucoup de cœur. Maika Monroe  à la fois  lumineuse et mélancolique dans le role Jay est entouré d’un groupe d’amis sympathiques qui tentent de l’aider donnant une ambiance à la Goonies parmi eux un ami d’enfance, Paul (Keir Gilchrist)  amoureux d’elle depuis toujours qui serait ravi de la débarrasser de sa malédiction !

Conclusion : It Follows avec son concept imparable est un parfait exemple de cinéma d’horreur atmosphérique, qui tout en faisant des clins d’ oeil aux maîtres du genre parvient à être à la fois sensible, dérangeant et authentiquement terrifiant.

Ma note : B+

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