GODZILLA VS KONG (Critique)

Il y a toujours quelque chose d’enthousiasmant dans un combat de monstres géants bien mis en scène, le spectateur perçoit quand le réalisateur aime vraiment ce genre de choses, on l’a ressenti devant le Pacific Rim de Guillermo Del Toro où les scènes du premier acte du King Kong de Peter Jackson et on peut affirmer au regard de ce Godzilla vs Kong qu’Adam Wingard en fait partie. On sent qu’il ne peut à peine contenir sa joie d’avoir les moyens de mettre en scène ce type de chaos sur une telle échelle. On peut évacuer rapidement la question du versant humain de l’histoire de Godzilla vs Kong : comme souvent les protagonistes humains, scientifiques, militaires ou mercenaires malgré un casting international composé de comédiens de qualité (Alexander Skarsgård, Rebecca Hall, Demian Bechir) ont peu à jouer en dehors de la gravité, de la stupéfaction ou dans le cas de Bechir, le vilain industriel aussi subtil qu’un méchant de cartoon. Ils servent de vecteur à l’exposition de l’histoire et de narrateur des actions de créatures muettes. Le mécanisme narratif mis en place par Max Borenstein qui sert de facto de showrunner au Monsterverse de Legendary/ Warner (il est impliqué dans tous les films à l’exception de Godzilla King of Monsters) et Eric Pearson (Thor Ragnarok) repose sur deux trames parallèles, une qui suit les personnages qui orbitent autour de Kong, pour la plupart nouveaux dans la franchise puisque le Skull Island se déroulait 50 ans en arrière et ceux autour de Godzilla parmi lesquels on retrouve des protagonistes de Godzilla King of the Monsters, Millie Bobby Brown ou Kyle Chandler qui sont rejoint par Julian Dennison (Deadpool 2) et Brian Tyree Henry en podcasteur conspirationniste qui sert de comic-relief assez maladroit voire assez agaçant sur le modèle de ceux vus dans les films catastrophes de Roland Emmerich. Dans la team Kong Rebecca Hall incarne la scientifique qui surveille Kong, détenu dans un centre-enclos virtuel situé sur Skull Island dont l’écosystème a presque été détruit depuis 50 ans, elle entretient par ailleurs une relation presque maternelle avec une petite fille de la tribu des Iwi qui a la particularité de pouvoir communiquer avec le géant. Les deux intrigues mettent en place les circonstances et préparent le terrain pour la vraie raison pour laquelle vous regardez le film, les batailles entre les deux personnages du titre. Dans l’ensemble aussi léger que soit leur développement il ne retire rien au spectacle sans doute car les comédiens semblent avoir compris exactement la nature du film dans lequel ils jouent, Alexander Skarsgård en particulier semble toujours avoir une pointe d’ironie dans le regard, ils trouvent toujours la bonne distance entre implication et légèreté. Ce qui n’est pas toujours le cas avec ces superproductions surtout avec un ton aussi particulier et inhabituel.

Borenstein, Pearson et Wingard font le choix judicieux de faire de Kong le protagoniste principal du film, tout d’abord car son caractère anthropoïde permet au spectateur de s’identifier à lui et à Kong d’avoir des interactions complexes avec les personnages humains. Le film révèle d’ailleurs un secret qu’il a gardé et qui change la relation que le public entretient avec lui. Ses motivations, retrouver un foyer et ses origines nous sont plus accessibles que celles du lézard atomique. Sans aller jusqu’à le rendre trop « humain » cette décision permet, par contraste, de rendre mystérieux et terrifiant un Godzilla dont les motivations restent obscures jusqu’à ce que le plan d’Apex Industries ne soit révélé. Le « roi des monstres » conserve ainsi son statut de force de la nature, indiffèrent au sort des humains, dont nous contemplons impuissants le déchaînement. Ainsi dans le « match » qui l’oppose à Godzilla, Kong a le rôle de l’outsider et effectivement les créateurs du film ne se défilent pas et donnent un vainqueur sans ambiguïté à ce combat de titans. Le choix du vainqueur est cohérent et s’appuie sur les forces des deux personnages. Bien sûr, le film adhère aux conventions des films de « team-up » super-héroïques qu’on retrouve par exemple dans Batman v Superman (même si il n’est heureusement pas ici question du prénom de leurs mères respectives) : on se rencontre, on s’affronte avant de s’unir face à un ennemi commun, issu lui aussi du répertoire de la Toho. Autre choix judicieux, adosser la mythologie du monsterverse aux théories du complot les plus populaires et farfelues, les 1% qui bâtissent des liaisons maglev entre les continents et la théorie de la terre creuse évoquée dès Skull island. Hollow Earth est un écosystème primordial Jules Vernien au centre de la terre d’où serait issues les créatures et gisement d’une source d’énergie sans limites que convoitent les humains. Pour y parvenir ils souhaitent utiliser Kong comme guide lui offrant en retour un nouvel habitat. Ils le transportent donc à travers l’océan, territoire de Godzilla, lieu du premier affrontement du film avec ce coup de poing donné au lézard atomique autour duquel le marketing est bâti. Les séquences de combat de Godzilla vs Kong sont une réussite, inventives et spectaculaires. On ressent la jubilation de Wingard venu de la série B (You’re Next l’un de nos slashers favoris des dix dernières années et The Guest hommage fantastique aux films de la Cannon) qui utilise pleinement les CGI de pointe mis à sa disposition pour nous offrir des visions à la hauteur des attentes. Les séquences de combat sont sauvages, ponctuées de moments percutants et brutaux. Il se fait plaisir en intégrant des plans déments comme celui d’un vaisseau magnétique surgit du centre de la Terre, passant près de Kong, échappant au souffle atomique de Godzilla à travers un bâtiment, puis volant le long de son épine dorsale tout en étant du point de vue de l’intérieur du véhicule. Dans les séquences qui se situent dans la Terre Creuse il invoque des images dignes d’Avatar ou d’Interstellar et enrichi le bestiaire du monsterverse de nouvelles créatures.

Malgré un budget sans rapport avec ceux de ses films précédents et la machinerie incroyable du blockbuster, Adam Wingard semble parfaitement à l’aise pour mettre en scène ces gigantesques décors et créatures et filme chaque séquence comme si c’était la dernière fois qu’on allait lui confier un spectacle de cette envergure. Il déploie également cette énergie maniaque dans la narration qui devient de plus en plus folle, à l’image de ce qui finit par animer l’ennemi commun des deux créatures (ATTENTION SPOILER: c’est Mechagodzilla un Godzilla robotique mu par l’esprit de King Ghidorah le monstre tricéphal , grand méchant de Godzilla II dont Apex a volé le crane ). Comme ses prédécesseurs au poste le directeur de la photographie, Ben Seresin livre un travail abouti, donnant à chaque bataille une texture particulière. Tom Hammock (collaborateur de toujours de Wingard sur You’re Next et The Guest) et le vétéran Owen Patterson (la saga Matrix) signent des décors hi-tech ou sauvages, comme ces vestiges d’une civilisation de gorilles géants à une échelle monumentale. Le montage signé Josh Schaeffer soutient un rythme qui maintient l’équilibre entre la fluidité du récit et le chaos des combats. Chaos soutenu par la partition dantesque de Tom Holkenborg aka Junkie XL (Mad Max Fury Road).

Wingard évite un des écueils qui avait handicapé Godzilla King of the monsters une répétition des séquences d’affrontement dont la fréquence finissait par anesthésier le public leur faisant perdre en efficacité. Ici le combat entre Kong et Godzilla se joue en deux manches, une relativement brève bataille navale, puis la découverte de la Terre Creuse assure le spectacle jusqu’à un affrontement final gargantuesque où pour reprendre le vocabulaire du poker Wingard  « fait tapis ». Godzilla vs Kong sait exactement ce qu’il veut être et investit chaque minute de ses deux heures de métrage pour se montrer à la hauteur de cette promesse.  Le projet a beau être un pur produit  commercial, il est également sincère et  inspiré parce que c’est une lettre d’amour de fans authentiques à l’histoire collective de ces personnages emblématiques.

Ma Note : B+

2 commentaires

  1. Collection de beignets colossales qui semblent prometteuse en te lisant. J’avoue que je ne m’attendais pas à un tel emballement critique qui m’invite à reconsidérer ma position face à ce film. (à voir en salle 🤞)

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