SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX (Critique)

Shang-Chi adaptation du comic-book « The Hands of Shang-Chi Master of Kung-Fu » créé par Steve Englehart et Jim Starlin (un titre conçu pour profiter de l’énorme popularité des films d’arts martiaux dans les années 1970, en grande partie grâce à la célébrité internationale de Bruce Lee et à la série Kung-Fu) est un des projets cinématographiques les plus anciens de Marvel sans doute car ces aventures d’arts martiaux semblaient les plus faciles à adapter avec un budget moyen. Mais bientôt le triomphe des films du MCU et des problématiques de droit et de contenu de certains comics vont retarder l’arrivée du personnage à l’écran. Les responsables éditoriaux de l’époque avaient en effet acheté les droits d’usage du personnage de Fu Manchu, génie du mal créé par le romancier britannique Sax Rohmer afin d’épaissir la personnalité de Shang-Chi, en faisant de Fu-Manchu  son père, que le fils cherchera donc à arrêter. Mais Marvel ayant perdu les droits de Fu-Manchu et le personnage de Sax Rohmer apparaissant   aujourd’hui carrément raciste, un gros travail d’adaptation allait être nécessaire. Mais la phase 4 du MCU laissant la place à des personnages plus obscurs (les Eternels à venir en novembre) et à plus de diversité voici donc débarquer Shang-Chi mis en  images  par le réalisateur Destin Daniel Cretton (Short Term 12  et  Le château de verre– deux films avec la future Captain Marvel Brie Larson, La Voie de la justice) qui a co-écrit le scénario avec son collaborateur régulier Andrew Lanham  et Dave Callaham (Retour à Zombieland, Mortal Kombat)  avec un casting majoritairement asiatique et l’ambition de réaliser pour cette communauté un film aussi marquant que le fut Black Panther pour la communauté afro-américaine. Contre toute attente Shang-Chi et la légende des dix anneaux en mêlant cinquante ans d’action HK à la formule des Origin-stories du MCU aboutit à un résultat très satisfaisant.

Le film s’ouvre à San Francisco avec deux amis Shang-Chi, qui se fait appeler Shaun (Simu Liu) et Katy (Awkwafina) heureux de travailler comme voiturier pour un grand hôtel et de passer leurs soirées dans les bars de karaoké jusqu’à l’aube. Mais quand « Shaun » est attaqué dans le bus par une escouade d’assassins qui cherche à lui arracher un collier que lui a donné sa défunte mère Jiang Li (Fala Chen) ,il est forcé de se défendre et à révéler qu’il est en fait le fils prodigue d’un super-vilain millénaire connu dans les comics sous le nom du Mandarin que les auteurs ont adapté pour en faire une version plus respectueuse incarné par une légende du cinéma HK Tony Leung qui rejoint la longue liste des figures paternelles maléfiques du MCU. De retour à la tête d’une organisation criminelle internationale appelée les Dix Anneaux après la mort de sa femme bien-aimée, il veut réunir sa progéniture Shang-chi qu’il a formé depuis son plus jeune âge pour prendre sa suite et sa sœur Xialing (Meng’er Zhang) . Shang-Chi et Katy se lance à la recherche de sa sœur pour l’avertir que l’armée de leur père vient de l’attaquer et qu’elle est probablement la prochaine cible. Arrivés à Macao, ils trouvent Xialing dirigeant un club de combats clandestins situé dans un gratte-ciel en construction et Shang-Chi doit l’affronter avant d’être capturés par les hommes de Wenwu. La confrontation entre Shang-chi et son père est inévitable quand ce dernier veut déchaîner des forces obscures qui pourraient libérer sa mère présumée morte.

Shang-Chi et la légende des dix anneaux repose sur la tradition des films d’arts martiaux asiatiques classiques des années 70 mis au gout du jour avec les effets visuels des films de super-héros contemporains. On y trouve des échos des films des Shaw brothers à ceux de Yimou Zhang en passant par Tsui Hark dans la narration et les décors offrant aux non-initiés (dont l’auteur de ces lignes), un aperçu du genre, dont les influences et les inspirations seront amusantes à découvrir et à explorer dans de futurs visionnages. L’action dans Shang-Chi et la légende des dix anneaux est la meilleure vue dans un film du MCU depuis Captain America : le soldat de l’hiver. C’est rafraichissant de voir une grande proportion d’action « réelle» par opposition à l’action CGI (il y en a aussi énormément on reste dans un film Marvel ). La chorégraphie de l’action est top niveau variant les styles de combat du plus brutal (sans le sang) au plus élégant et poétique. La scène du bus qui a été fortement utilisée dans le marketing (et qui arrive tôt dans le film) est fantastique ainsi qu’une séquence d’affrontement sur un échafaudage sur le flanc d’un gratte-ciel évoquent les films de Jackie Chan. Shang-Chi et la légende des dix anneaux est d’ailleurs la dernière contribution du chorégraphe de combats Brad Allan (Kingsman, Scott Pilgrim) décédé le 7 aout 2021 protégé de Jackie Chan qui officie ici comme directeur de seconde équipe a su apporter l’authenticité de l’action Hong-kongaise à cette superproduction américaine. Allan et le réalisateur Destin Daniel Cretton veillent à ce que le spectateur ne perde jamais de vue, qu’il s’agisse d’un combat rapproché dans un bus ou d’une bataille massive la géographie de l’action, sa lisibilité et où se situent nos personnages les uns par rapport aux autres. Le recrutement de comédiens capables de réaliser beaucoup de leurs propres scènes de combat et cascades évite les plans de coupe pour masquer l’intervention de doublures et contribue à la fluidité de l’action. Après les séquences de Macao, le film vire dans une direction complètement différente – et inattendue car pas du tout mise en avant par le marketing incorporant des éléments de wu xia pian et de pure fantasy, rempli de bêtes fantastiques certaines issues du folklore asiatique, évoque l’animation japonaise.

Le trio de scénaristes s’efforce avec Shang-Chi de bâtir un personnage étoffé plutôt qu’un pastiche des icônes des arts martiaux, il est responsable, respectueux, charmant et insouciant, déchiré entre le besoin de tracer sa propre voie et le respect des traditions familiales. Ces thématiques doivent trouver un écho particulier chez les Américains d’origine asiatique apportant au film un sous-texte supplémentaire. Comme beaucoup de héros Marvel le personnage aspire à une vie ordinaire mais se trouve poussé vers une responsabilité super-héroïque mais Shang-chi cherche aussi un équilibre entre la soif de pouvoir de son père et la quête d’harmonie de sa mère, qu’il trouvera quand il parviendra à apprendre à travers le personnage incarné par Michelle Yeoh des techniques de combat unissant les philosophies de ses deux parents. Dans la tradition de ses débuts comme il le fit avec Chris Hemsworth pour Thor Marvel Studios confie le rôle-titre à un acteur canadien peu connu Simu Liu. Ce dernier est loin d’avoir le charisme d’un Chris Hemsworth ou d’un Chadwick Boseman mais est convainquant en tant que gars ordinaire et transmet le tiraillement de son personnage. Le fait qu’il soit un combattant capable ajoute à sa performance. Par chance Shang-Chi et la légende des dix anneaux est, comme Black Panther un film choral et Liu est entouré de solides seconds rôles. Awkwafina apporte l’humour du film jouant le rôle de substitut du spectateur, soulignant la nature incroyable de chaque nouvelle situation dans laquelle ils se trouvent, elle y parvient sans réduire le poids émotionnel d’une histoire qui doit rester sérieuse. Elle a avec Liu une alchimie de petit couple (platonique) très agréable. Dans la dernière partie plus fantastique le rôle donné à son personnage, le plus réaliste du film semble un peu artificiel mais l’actrice n’est pas vraiment en cause. La découverte du film est la nouvelle venue Meng’er Zhang qui déborde de charisme dans le rôle de la sœur de Shang-Chi, un personnage féroce tout aussi doué physiquement qu’émotionnellement blessé. Dans les comics on l’a vu le père de Shang-Chi était Fu-Manchu , le film en fait le fils d’un autre vilain Marvel « problématique » le Mandarin dont les scénaristes ont bâti une version plus respectueuse incarnée par une légende du cinéma HK Tony Leung (Hard Boiled, In the Mood for Love, The Grandmaster) qui rejoint la longue liste des figures paternelles maléfiques du MCU. Leung qu’on découvre dès l’ouverture du film, compose un des vilains les plus réussis de la firme car il aborde ce type de rôle d’une manière différente d’un acteur occidental utilisant son magnétisme pour exposer la vulnérabilité de son personnage plus que sa puissance. Il n’en fait jamais trop dans une scène et laisse poindre une forme de mélancolie qui le distingue du tout-venant des super-vilains. C’est un méchant motivé par la perte, avec en sa possession les Dix Anneaux, Wenwu a déjà atteint ce à quoi beaucoup de bad-guys aspirent : un pouvoir qui transcende toutes les capacités humaines et une influence occulte. Son seul désir et d’avoir à nouveau sa femme à ses côtés et pour cela il est prêt à prendre à condamner l’humanité entière Leung transmet une autorité naturelle mêlée d’une tristesse lointaine, ainsi quand le film bascule dans un climax pleins de créatures et d’enjeux apocalyptiques le spectateur reste investi dans le conflit qui l’oppose à son fils. Un conflit qui dépasse le classique affrontement du bien contre le mal, né de l’incapacité incapables de communiquer malgré leur souffrance commune. Certes notre héros devra au final combattre une entité gargantuesque menaçant le monde, mais le chemin pour l’atteindre est moins conventionnel que de coutume car Shang-Chi et la légende des dix anneaux est principalement l’histoire d’une famille où un parent endeuillé transmet son leur traumatisme à ses enfants. La présence de Michelle Yeoh comme celle de Leung contribue à la légitimité du film et apporte de la crédibilité au discours mystiques de la seconde partie du film.

Pour raconter la longue et tumultueuse histoire de la famille, Shang-Chi et la légende des dix anneaux traverse donc le temps et parcourt des mondes fantastiques, offrant un mélange de genres et d’influences, tantôt film d’arts martiaux, tout en chorégraphie méticuleuse, d’autres fois épopée de haute fantaisie. Destin Daniel Cretton navigue dans tous ces éléments avec élégance. Cretton préfère étudier d’abord les personnages et leurs motivations souvent à travers des flashbacks avant de les mettre à l’épreuve au risque parfois de saper l’urgence de ses enjeux. Mais il dirige le film avec une énergie si contagieuse, faisant toujours passer ses personnages en premier nous investissant dans leurs trajectoires individuelles, qu’elle permet d’excuser certains les éléments les plus prévisibles de l’intrigue. Il parvient à injecter à la lourde machine du blockbuster tout au long du film les thèmes du retour aux sources, de l’héritage et de l’équilibre des cultures et des identités. Cretton et son équipe, pourtant issus d’un cinéma plus indépendant ont réussi à se ménager un espace autour des exigences strictes du cadre Marvel et de s’aventurer dans une nouvelle direction tout en s’appuyant à distance sur cet univers familier désormais familier du spectateur. Il se se concentre sur ses personnages et la construction de ce nouveau monde sur un rythme mesuré qui montre qu’il souhaite raconter l’histoire à sa façon au lieu d’être un simple rouage dans une plus grosse machine. Pour autant il ne coupe évidemment pas les ponts avec le reste du MCU , Trevor Slattery l’acteur raté engagé pour se faire passer pour Le Mandarin dans Iron Man 3 qui avait été enlevé dans sa prison par un agent des Dix Anneaux se faisant passer pour un documentariste dans le court métrage All Hail the King (présent dans les suppléments du BR de Thor le monde des ténèbres) est de retour toujours interprété par Ben Kingsley (Ghandi) . Affublé d’un postiche ridicule et d’un petit acolyte sous la forme d’une boule de poil sans visage avec des ailes se joint à Shang-Chi dans sa quête. Apparaît également Wong (Benedict Wong) l’assistant du Dr Strange au coté d’un personnage plus aperçu depuis L’incroyable Hulk de Louis Leterrier. Nous déplorons souvent ici l’étalonnage des films Marvel qui tend à uniformiser et aseptiser leur style visuel, pour sa première participation au MCU le génial directeur de la photo génial Bill Pope (Matrix, Spider-man 2 , Le Livre de la jungle , Alita Battle Angel) impose sa patte pop donnant au film une texture et une identité distincte par rapport aux autres films du studio. Il fait des séquences de fantasy du film un tourbillon Technicolor vibrant d’une grande richesse chromatique et donne une atmosphères nocturnes métalliques et fluorescentes dans les séquences à Macao. La musique de Joel P. West mêlant musique traditionnelle chinoise et techno occidentale est très effective. Comme la plupart des films du MCU la dernière séquence, massive déborde de CGI mais Cretton parvient à la repousser tard dans le film et sa relative fidélité à la tradition wu xia pian la rend plus digeste. Les deux séquences post-génériques du film s’intègrent bien à la continuité de l’histoire tout en ouvrant vers la suite de l’aventure pour Shang-chi. Les fans de comics noteront que les auteurs s’appuient tout autant sur la mythologie du comic-book Iron Fist que de celle de Master of Kung-Fu, Matt Fraction un de ses scénaristes emblématiques a d’ailleurs droit à un remerciement spécifique au générique et le personnage de Wenwu cite parmi ses nombreux alias celui de Master Khan grand ennemi d’Iron Fist.

Conclusion : Shang-Chi et la légende des dix anneaux n’est pas le meilleur film Marvel, ni même la meilleure origin story mais c’est un très bon film la chorégraphie de combat explosive qui développe dans un scénario agile sa propre mythologie et pourra être une passerelle pour de nouveaux fans vers l’univers Marvel.

Ma Note : B+

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